Lundi matin 11 août, gare de Neuchâtel, voie 3, dans l’attente de l’ICN de 8h03 pour Lausanne. Le quai est bien rempli, sans être bondé. Vacances obligent. Les usagers – pendulaires, touristes, militaires – patientent, l’ouïe dégagée ou occupée par des écouteurs. Soudain, voie 3 toujours, déboule à vive allure, côté est, un train de marchandises composé de wagons-citernes. Il ne fait que passer en gare. On l’a à peine entendu venir. La surprise est totale. Aucune annonce aux haut-parleurs n’a été faite pour prévenir les voyageurs présents sur le quai de son passage. Ce n’est pas la première fois que cela se produit en gare de Neuchâtel. Ni ailleurs.
Petite frayeur rétrospective: et si je m'étais tenu plus près de la bordure du quai? Et si, équipé d’une valise à roulettes, j’avais, à ce moment-là, décidé de dépasser, certes imprudemment, un voyageur par l’extérieur du quai plutôt que par l’intérieur? Et si, accompagné d’enfants, l’un d’eux s’était approché trop près de cette fameuse bordure? Dès 80 km/h, la vitesse des trains passant par la gare de Neuchâtel sans s'arrêter étant de 90 km/h maximum, un train produit un effet de souffle. Autrement dit, un tourbillon d’air, synonyme de possible danger pour les voyageurs qui n'auraient pas observé la distance de sécurité sur le quai.
Il suffit d’être attentif aux annonces des haut-parleurs, dira-t-on. Justement, si les entrées en gare des trains de voyageurs font bien l’objet d’annonces aux haut-parleurs, comme celle de l’ICN de 8h03 à Neuchâtel, la règle en vigueur aux CFF – il y a des exceptions – n'en prévoit pas pour signaler les passages des trains ne marquant pas l’arrêt.
C’est ce qu’explique Jean-Philippe Schmidt, porte-parole de la régie fédérale, joint par watson au sujet du train de marchandises évoqué plus haut:
En France, les passages de trains en gare ne marquant pas l’arrêt font l’objet de l’annonce suivante: «Voie 1 (s’il s’agit de la voie 1), attention au passage d’un train.»
Sur son site, la SNCF fait état de dix accidents mortels et de deux blessés grave en gare en 2022. Une position trop proche du quai fait partie des raisons de ces accidents.
En Suisse, en 2023, l'Office fédéral de la statistique (OFS) a recensé huit blessés graves (zéro mort) parmi les usagers des transports ferroviaires, CFF et autres. Sur les huit, l'un l'a été en raison d'un contact avec du matériel roulant en mouvement – ni l'OFS ni les CFF n'étaient en mesure de fournir plus de précisions à ce propos.
Alors oui, pas d’accidents, c'est certain, si l’on respecte la distance de sécurité*. Mais quelle est-elle? A Neuchâtel, quai des voies 2 et 3, elle est d'environ 80 cm. A La Neuveville, dans la canton de Berne, elles est de 1,20 m. Dans les deux cas, elle est signalée par des lignes blanches en relief, par ailleurs destinées aux personnes malvoyantes. Mais l’on ne fait pas toujours suffisamment attention à ce signalement. Et il est presque impossible de ne pas mordre sur la «zone interdite» lorsque les quais sont envahis de monde.
Puisque les annonces faites aux haut-parleurs avant l’entrée des trains marquant l’arrêt en gare participent de la sécurité des voyageurs en attente sur les quais, pourquoi ne pas en faire aussi pour les trains uniquement de passage et roulant vite, parmi eux des intercités, plus silencieux et plus rapides encore que les convois de marchandises?
*Le service de communication des CFF n'était pas en mesure de fournir une réponse définitive à ce sujet, en raison de l'absence de la personne pouvant donner cette information.