«Je n'ai rien reçu depuis février»: la galère du chômage continue
Début 2026, le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) a mis en place un nouveau programme informatique destiné aux caisses de chômage, l'ancien étant devenu obsolète. Il s'est toutefois planté au démarrage. Conséquence? Des milliers de chômeurs en Suisse n'ont pas reçu leurs indemnités, parfois pendant plusieurs mois. La «stabilisation complète» du système avait été annoncée pour cet été par les autorités fédérales.
Une promesse à laquelle deux employés de caisses de chômage ne croyaient pas. Interrogé en avril, l'un d'eux déclarait:
Début juillet, Louise* et Colin* (prénoms d'emprunt), au chômage depuis environ un an, attendaient encore leur argent. Désoeuvrés, ils pensaient que le retard était dû à l'implémentation du nouveau système informatique et espéraient que la situation se rétablirait prochainement.
Des documents «manquants»?
En 2025, tout allait bien, se souviennent-ils. Mais les choses ont radicalement changé début 2026. «Je ne reçois plus rien depuis février», déplore Louise.
L'expérience de nos deux témoins est similaire: leurs caisses réclament des documents soit-disant manquants, ce qui bloque le payement des indemnités durant plusieurs mois. Tous deux assurent pourtant que leurs dossiers sont à jour et que les justificatifs ont été envoyés dans les délais.
Mi-juillet, Louise découvre enfin l'origine du problème: les formulaires que les employeurs doivent remplir ont changé suite à la mise en place du nouveau programme informatique. Une ancienne version a été fournie en début d'année et tout a été bloqué depuis. Elle explique que seul un courrier récent apportait cette précision.
«Vous n'avez qu'à manifester à Berne»
Le manque de communication est, en effet, l'un des reproches principaux fait par les Romands. En mars, lorsque Colin comprend que le versement de l'argent risque de coincer, il essaie de joindre la caisse cantonale de chômage vaudoise pour obtenir des réponses. «Personne ne décroche l'après-midi. J'ai donc appelé le matin. Après avoir attendu 15 minutes, je me suis rendu sur place.» Au guichet, un employé lui confirme que les documents nécessaires ont bien été reçus.
Les choses semblent être rentrées dans l'ordre. Mais les semaines s'écoulent et les indemnités ne sont toujours pas payées. Colin retourne plusieurs fois sur site, car la situation devient pressante et que ses économies commencent à fondre.
Début juillet, l'assurance lui devait environ 3500 francs, selon ses calculs. «J'ai exprimé mon désarroi de façon calme et diplomatique, mais on ne pouvait rien faire pour moi», regrette-t-il. Une employée lui aurait même dit:
Les prises de contact de Louise ne seront pas plus fructueuses. Les guichets de la caisse de chômage Unia (VD) étant fermés l'après-midi depuis mars pour assurer les délais de traitement des dossiers, elle essaie de joindre quelqu'un par téléphone dans la matinée. Sans succès jusqu'à récemment.
Par chance, nos deux intervenants arrivent à s'en sortir grâce aux gains intermédiaires – une somme retirée d'une activité salariée pendant qu'ils sont chômage. Néanmoins, ils ont dû faire une croix sur certaines choses, comme les voyages, et restent préoccupés.
Louise regarde régulièrement son compte en banque et espère «un miracle». «Je dois amener mon chat chez le vétérinaire et cela me stresse.» Ce qui l'a met particulièrement en colère, c'est qu'elle a «droit à cet argent».
«Le personnel doit poursuivre ses efforts»
Interrogées sur ces retards de payement, les caisses cantonales de chômage romandes et Unia affirment que la situation s'est globalement rétablie, même si des problèmes persistent.
«Les importants retards générés au début de l'année ont été résorbés», assure la caisse cantonale vaudoise. Même son de cloche chez son homologue valaisan, qui précise toutefois que «le personnel doit poursuivre ses efforts pour maintenir un rythme soutenu et a recours a des heures supplémentaires pour pallier les absences liées aux vacances».
Les caisses cantonales de Genève, de Neuchâtel et du Jura, ainsi qu'Unia (VD), expliquent quant à elles que la situation est en cours de stabilisation, sans pour autant connaître un retour à la normale – c'est-à-dire avant l'implémentation du nouveau système. Et à la caisse cantonale genevoise de déclarer:
Toutes s'accordent, en revanche, sur le fait que certains dossiers prennent désormais plus de temps à traiter, en particulier les nouvelles inscriptions.
Concernant la difficulté d'entrer en contact avec les employés, Unia souligne que les «équipes mettent tout en œuvre pour répondre aux sollicitations» dans un délai de cinq jours ouvrables. De son côté, la caisse cantonale vaudoise reconnaît que «la réduction des horaires d'accueil a compliqué les démarches de plusieurs assurés» et annonce que les horaires habituels reprendront dès le 1er septembre.
A force d'insister, Colin a finalement obtenu gain de cause courant juillet et a reçu la totalité de ses indemnités. Louise est toujours en attente.
