Chômeurs suisses toujours pas payés: «Il se passe des choses bizarres»
Souvenez-vous: mi-décembre 2025, de nombreuses personnes au chômage en Suisse n'avaient pas reçu leurs indemnités. En cause? Un bug informatique lié au nouveau logiciel du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). Début 2026, Jérôme Cosandey, le chef de la direction du travail au sein du Seco, assurait:
Seulement voilà: nous sommes en mars et le problème n'est toujours pas résolu. Jeudi, Guy Parmelin a indiqué que près de 96% des indemnités dues depuis le début de l'année ont été réglées, ce qui représente environ 1,18 milliard de francs. Le retour à la normale est prévu pour juin.
Jeton Hoxha, président de l'association lausannoise de défense des chômeurs, est en contact avec des personnes touchées. Il se montre pessimiste pour la suite et demande plus de transparence de la part de la Confédération, qui ne s'exprime pas sur le nombre de personnes impactées.
Vous côtoyez des chômeurs. Combien sont actuellement concernés par des retards de payement?
Jeton Hoxha: Cette dernière semaine, une dizaine.
Après, certains n'ont pas pu recevoir leur argent, car ils n'avaient pas les bons documents, selon les dires de la caisse de chômage – les chômeurs assuraient cependant les avoir fournis. Je ne sais pas, il se passe des choses bizarres et il n'y a aucune communication. Je dénonce ce manque de transparence. Les caisses de chômage sont publiques, elles sont tenues de publier les chiffres qui indiquent le nombre de personnes concernées. Elles ont ces informations! Je pense qu'elles refusent simplement d'admettre la réalité.
Avez-vous envisagé d'intenter une action en justice pour réclamer ces données?
Du temps que l'on obtienne gain de cause, cette affaire sera terminée. Et puis, il est difficile de s'attaquer à un système aussi géant que la Confédération et le Secrétariat d'Etat à l'économie. Récemment, j'étais invité à l'émission Forum de la RTS. Pendant la discussion, des gens écrivaient pour dire qu'eux aussi étaient touchés. Selon moi, il y a plus de monde concerné que ce que l'on pense.
Comment vont les chômeurs avec qui vous êtes en contact?
Pas bien. Certains ont voulu se tourner vers l'aide sociale, comme nous leur avions conseillé en début d'année. Mais ils avaient trop de fortune. Ils ont donc été priés de dépenser cet argent avant de revenir. Et puis, il faut fournir beaucoup de documents, c'est infernal et pour la plupart, c'était trop. Rappelons toutefois que compenser ces retards n'est pas le rôle de l'aide sociale. Quant aux frais de rappel reçus, rien dans la loi ne prévoit que le Seco paie ces coûts.
Quelles solutions s'offrent à eux?
A l'heure actuelle, les gens préfèrent s'endetter ou emprunter à leurs proches plutôt que se tourner vers un système qui les maltraite. A ce propos, il y a dorénavant des securitas devant les caisses de chômage.
Je ne comprends pas pourquoi le Seco a implanté ce nouveau programme informatique sans prévoir de plan B. Il aurait, par exemple, pu garder les deux systèmes actifs afin de s'assurer que tout fonctionne.
Début janvier, des avances ont été accordées à une centaine de chômeurs. Ce n'est pas suffisant?
Cet argent a été débloqué pour calmer le jeu – certains ont d'ailleurs fait la demande, mais ils n'ont rien reçu. Des questions restent néanmoins en suspens: comment les chômeurs ont-ils été sélectionnés? Pourquoi eux et pas les autres? Et puis, même: je ne pense pas que ces sommes permettent de payer un loyer, par exemple.
Selon le Seco, la situation devrait être rétablie en juin. Vous y croyez?
Je sais que les employés des caisses de chômage sont poussés à travailler le samedi et jusqu'à 19 heures le soir pour rattraper ces retards. Leur bien-être est mis à mal. Mais même à ce rythme, je ne crois pas que ce soit possible. Une source m'a indiqué que le nouveau système implémenté était lent et que pour payer une centaine de chômeurs, il faut multiplier le temps par dix.
Il ne fait pas bon être au chômage en ce moment. Un climat malsain s'est installé. Les chômeurs sont méfiants, ils ont l'impression qu'on leur ment. La confiance qui régnait autrefois a été perdue et le dialogue est rompu. Qui sait: un miracle pourrait avoir lieu. J'y croyais fin janvier. Peut-être que la situation sera rétablie d'ici juin.
