La sécheresse et la canicule menacent vos grillades
La sécheresse et la chaleur persistantes augmentent le risque d’incendies de forêt. Y compris en Suisse.
Boris Pezzatti, Collaborateur scientifique à l’Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) et spécialiste des feux de forêt, liste les précautions qu'on devrait, selon lui, prendre dès aujourd'hui, et explique pourquoi un changement de nos habitudes est nécessaire, particulièrement en ce qui concerne les cantons situés au nord des Alpes.
La carte des dangers liés aux incendies de forêt est actuellement colorée de rouge, sur MétéoSuisse, et cela pour indiquer un danger élevé dans grande partie du pays. A quel point la situation est-elle véritablement préoccupante, selon vous?
Boris Pezzatti: La situation est tendue, oui. La Suisse connaît actuellement une sécheresse exceptionnelle. Le niveau de danger maximal pour les incendies de forêt est déjà indiqué dans certaines parties du Valais et des Grisons. La situation devrait encore se dégrader dans les prochains jours, en particulier sur le versant nord des Alpes et en Valais, où peu, voire aucune pluie n’est attendue.
Peut-on encore faire du feu en plein air?
Des interdictions totales de faire du feu sont déjà en vigueur dans de nombreux endroits en Suisse, notamment en Valais, dans le canton de Vaud, au Tessin ou dans certaines parties des Grisons. Dans de nombreux autres cantons, il est interdit de faire du feu en forêt ou à proximité.
L’été est aussi la saison des grillades. A quoi faut-il être particulièrement attentifs?
Avec l’aggravation de la sécheresse, nous devons de manière générale être de plus en plus prudents, lorsque nous faisons du feu en forêt. Il arrive régulièrement qu’un foyer soit éteint en surface, mais continue de couver dans le sol. Il peut alors provoquer un incendie un ou deux jours plus tard. Si l’on fait du feu sur un sol riche en matières organiques, il faut veiller, au moment de l’éteindre, à ce que l’eau pénètre en profondeur.
Quelles habitudes, par exemple?
Au Tessin, nous constatons par exemple que de nombreux incendies de forêt sont provoqués par des personnes qui passent leurs vacances dans un rustico (une maison traditionnelle tessinoise transformée en chalet de vacances, ndlr) et vident les cendres de leur cheminée à l’extérieur. C’est dangereux, car des braises peuvent rester incandescentes très longtemps dans les cendres et être dispersées par le vent.
J’ai l’impression que la population est, de manière générale, de plus en plus sensibilisée à ces risques. Mais j’observe aussi des différences culturelles. Au Tessin, la population a accepté qu’il ne faut pas faire de feu en forêt, même lorsqu’il n’existe pas d’interdiction totale. Dans les cantons du nord des Alpes, en revanche, les grillades en pleine nature sont profondément ancrées dans les habitudes. Il faudra du temps pour faire évoluer ces comportements.
Vous voulez dire que nous devons renoncer aux grillades?
Lorsqu’il n’y a pas de risque d’incendie de forêt, il est bien sûr tout à fait possible de faire des grillades, mais il ne faut plus considérer cela comme un acquis. Les périodes de sécheresse et les risques élevés d’incendie reviennent désormais régulièrement.
Le 1er août approche. Peut-on s'attendre à des feux d’artifice cette année?
Je crains que de devoir donner une réponse négative (rires). Même si des orages éclatent, une grande partie de l’eau ruisselle en surface. Il faudrait une longue période de pluie continue pour humidifier réellement la végétation susceptible de brûler. Et je ne vois pas la situation s’améliorer dans un avenir proche.
Faut-il craindre que des incendies de forêt se propagent aux zones habitées?
Ce risque est particulièrement important lorsque les habitations et les surfaces forestières sont étroitement imbriquées.
Autrement dit, l’agriculture réduit le risque d’incendie?
D’une certaine manière, oui. Lorsqu’on parle d’incendies de forêt, on pense immédiatement au changement climatique et à la météorologie, mais l’utilisation des sols est également déterminante. Avec le recul de l’agriculture, le risque de grands incendies de forêt augmente et les zones tampons autour des habitations diminuent.
Quel est l’impact du changement climatique sur les incendies de forêt?
Le changement climatique rend les étés plus chauds et plus secs, ce qui accroît le risque d’incendie. Les cantons situés au nord des Alpes prennent désormais davantage conscience de cette problématique. Par ailleurs, les périodes sans neige s’allongent en hiver, ce qui prolonge également la saison des incendies de forêt.
A quelle période alors?
Le pic se situe en mars ou en avril. Nous les appelons les «incendies hivernaux», car ils surviennent durant la période dite non végétative. Tant que les feuillus n’ont pas encore déployé leurs feuilles, le soleil atteint directement la couche de litière au sol et l’assèche rapidement, en particulier lorsque souffle le foehn. Cette matière devient alors extrêmement inflammable.
Il est probable qu’avec le changement climatique, nous observions plus tôt dans l’année des incendies déclenchés par la foudre.
Quelles différences existe-t-il entre les incendies de forêt au nord et au sud des Alpes?
Le nombre de départs de feu est à peu près identique des deux côtés des Alpes. En revanche, les cantons du sud et des régions alpines que sont le Tessin, le Valais et les Grisons comptent de plus vastes surfaces forestières continues. Les incendies de grande ampleur y sont donc plus fréquents. Cela nous a permis d’acquérir une solide expérience dans leur lutte, expérience que nous pouvons désormais transmettre aux cantons situés au nord des Alpes.
La Suisse est-elle bien préparée face aux incendies de forêt?
Une bonne coopération existe entre l’Office fédéral de l’environnement (Ofev) et les cantons en matière de gestion des incendies de forêt. Nous sommes sur la bonne voie. La prévention permet d’obtenir d’excellents résultats.
Il y a aujourd’hui de jeunes sapeurs-pompiers de montagne spécialement formés qui n’ont encore jamais participé à une intervention sur un incendie de forêt.
(trad. btr)
