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Antisémitisme en Suisse romande: ces réalités qu'on préfère taire

Synagogue de Genève taguée d'une croix gammée en 2012.
Synagogue de Genève taguée d'une croix gammée en 2012.image: capture
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Hausse des actes anti-juifs en Suisse romande: ce qu'on ne dit pas

Le dernier rapport de la Cicad constatant une forte hausse des actes anti-juifs en Suisse romande à partir du 7 octobre, montre à quel point l'antisémitisme irrigue la société, bien au-delà des cercles néonazis.
17.02.2024, 18:5219.02.2024, 13:14
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Si seulement l’antisémitisme était le fait de la seule extrême droite néonazie. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Du balisé, du connu, du conforme. Du rassurant. Sauf que ce n’est pas le cas et que cela ne l’a jamais été. Rendu public le 15 février, le dernier rapport annuel de la Cicad, signalant une forte hausse des actes antisémites en Suisse romande, en apporte la démonstration si besoin était.

L’antisémitisme traverse toutes les couches sociales, de haut en bas, de bas en haut. Il est de deux ordres: communautaire et de classe. Communautaire, en établissant un «eux» juif et un «nous» qui ne l’est pas. De classe, en assimilant les juifs à la caste des privilégiés qui se nourrit de la sueur du peuple. L’antisémitisme a l’avantage, si l’on peut dire, de liguer contre un petit groupe, ou un petit peuple, l’ensemble des nations. L’antisémitisme est fédérateur et peu culpabilisant.

«Les juifs sont le problème»

Dans les années d’après-guerre et d’après Shoah, l’antisémitisme est devenu tabou. C’est pourquoi son expression en quelque sorte reconnue s’est cantonnée à l’extrême droite néonazie ou aux négationnistes. Mais cela n’a pas duré. A un moment donné, la Shoah, y’en a eu marre. Le conflit israélo-palestinien a donné des prétextes pour considérer que les juifs, aujourd’hui comme hier, sont le problème. Par extension, que ce qui leur est arrivé le 7 octobre dans le sud d’Israël s’inscrit dans une certaine logique, dont ils sont au fond les seuls responsables.

A partir des années 2000, avec la deuxième Intifada, toutes les digues ont sauté: l’antisémitisme est redevenu transversal au grand jour, il est entré dans les tendances. Il n’avait alors déjà plus rien de spécifiquement d’«extrême droite». Surtout lorsqu’on songe à l’évolution de l’extrême droite politique. On pense au Rassemblement national (ex-FN) qui, à compter de 2011, avec l’élection de Marine Le Pen à la tête du parti, se détourna des positions propalestiniennes du père pour embrasser la cause d’Israël – entre-temps, les actes antisémites en France s’étaient faits plus nombreux et une bonne part de leurs auteurs avait des origines maghrébines ou subsahariennes.

Dieudonné, Soral, islamisme: la grande jonction

La jonction gauche-droite, ou extrême gauche-extrême droite, eut lieu sous la conduite du duo Soral-Dieudonné. De l’antisémitisme dans le texte et sur scène. Les juifs étaient affublés de toutes les tares. Au même moment, sur fond de concurrence mémorielle et de conflit israélo-palestinien, l’antisémitisme islamiste était au plus haut, avec le concours du duo précité. On s’aperçut que ce qu’on appela le «nouvel antisémitisme», pour qualifier son expression islamiste puisant dans les bisbilles judéo-arabes des premiers temps de l'islam, recoupait en réalité les figures classiques de l’antisémitisme, longtemps en odeur de sainteté chrétienne jusqu'à Vatican II, à savoir la ruse et la déloyauté attribuées aux juifs à travers les âges. A quoi s’ajoutaient, pour être complet, la débauche sexuelle et le trafic d’organes, le tout formant un combo complotiste qui s'enrichirait plus tard de la problématique Covid.

On en vient à la période actuelle, où nommer les choses reste manifestement difficile en Suisse romande. A compter du massacre du 7 octobre en Israël, le nombre des actes antisémites dans notre coin de pays est monté en flèche: 150 par mois entre octobre, novembre et décembre, trois fois plus que la moyenne mensuelle jusque-là stable de 42,5 actes. A se demander si ce n’est pas le pogrom du 7 octobre, davantage que la répression militaire israélienne, de plus en plus meurtrière au fil des semaines, qui a libéré les pulsions antisémites de certains.

Mais voilà, on en est toujours à ne désigner nommément qu’un seul courant idéologique responsable de l’antisémitisme, l’extrême droite. Or nous savons que c’est une facilité, sinon une lâcheté. Il y a aujourd’hui un antisémitisme par omission, qui consiste à détourner les yeux ou les oreilles quand l’émetteur n’appartient pas aux identitaires bien blancs de chez nous. Il y a surtout, dans une partie de la gauche et dans le présent contexte, le refus de prendre en considération l’histoire juive.

«Shoah à l’envers»

Oui, ce que fait Tsahal à Gaza à des conséquences épouvantables, mais ce n’est pas une raison pour être à ce point insensible au récit juif. Combien, à gauche, n’ont pas réagi, sur leurs réseaux sociaux, au massacre du 7 octobre, n’en disant strictement rien ou en disant des choses de travers, enchaînant sitôt après sur le «génocide» à Gaza, une «Shoah à l’envers», comprenait-on. Quant à la droite PLR, qui forme historiquement le socle républicain et laïque de la Suisse moderne, elle s'est tellement désinvestie des questions idéologiques pour ne prêter attention qu'à l'économie, qu'elle apparaît à présent un peu larguée dans la «bataille culturelle».

Pour beaucoup, il y en a donc assez de la Shoah. La Shoah, au musée! Sauf qu’on ne peut envisager Israël sans la Shoah. C’est parce que l’histoire du peuple juif est jalonnée d’exils, de persécutions, de pogroms, in fine d’un holocauste, qu’Israël a vu le jour. On peut être solidaire des Palestiniens, exiger pour eux un Etat viable, affirmer que le sionisme religieux est spoliateur de la terre des Arabes en Cisjordanie, sans se montrer insensibles à la souffrance que les Israéliens et les juifs du monde entier ont éprouvée le 7 octobre. Cette insensibilité est peut-être ce qu'il y a de plus dur à supporter en termes d'antisémitisme ressenti. Et ce qui justifie le plus l'existence de l'Etat d'Israël.

La vidéo du LS avant le match contre Servette
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