Le parti du Centre a enfin un candidat à la succession de la conseillère fédérale Viola Amherd. Le conseiller national saint-gallois Markus Ritter a officiellement déposé mardi sa candidature, annoncée le week-end dernier. Et a clairement indiqué devant les médias qu'il ne s'intéressait en fait qu'à un seul département: le DDPS.
Rien que ça suffit à rendre sa candidature irritante. Celui qui est élu au Conseil fédéral doit prendre ce qui reste lors de la répartition des départements. Dans ce cas précis, certes, il y a une forte probabilité qu’il s’agisse du DDPS. Mais la manière dont Markus Ritter s'est quasiment déjà mis en scène en tant que ministre de la Défense avait néanmoins quelque chose de déconcertant.
Selon lui, le DDPS est un département dysfonctionnel qui a besoin d'une «main de fer». En affirmant cela, il désavoue Viola Amherd, ce qui ne plaira pas à beaucoup au sein du parti. Car les problèmes du DDPS sont complexes. On ne peut pas en rendre la cheffe du département seule responsable, et ils ne peuvent pas être résolus en «donnant des ordres».
Mais Markus Ritter possède sans aucun doute une «main de fer». En tant que conseiller national et président de l'Union suisse des paysans, il s'en est souvent servi pour faire passer les revendications de l'agriculture, sans se soucier des dommages collatéraux. Rares sont ceux qui, à Berne, maîtrisent le jeu du pouvoir aussi impitoyablement que ce Rhénan de 57 ans.
La nature en paie souvent le prix. Ces dernières années, Markus Ritter a torpillé plusieurs projets de protection et de promotion de la biodiversité, comme un contre-projet élaboré pour l'initiative populaire rejetée en septembre dernier ou une promesse faite lors de la campagne de votation contre les initiatives sur l'eau potable et les pesticides.
Dans de tels cas, la droite le suit docilement, car les paysans ont à Berne une influence disproportionnée par rapport à leur part de la population et de l'économie nationale. Cela se voit particulièrement en matière d'argent. Lorsque les agriculteurs expriment un souhait de subvention, la majorité bourgeoise du Parlement l'approuve.
Bien entendu, l'agriculture n'est pas un secteur économique comme les autres. En tant que productrice de denrées alimentaires, elle remplit une fonction essentielle pour la population. Et le système des paiements directs est meilleur que l'ancien système de subventionnement des produits, qui donnait aux gens le sentiment d'être doublement ponctionnés: en tant que consommateurs et en tant que contribuables.
Mais cela ne justifie de loin pas tous les souhaits financiers, par exemple pour une campagne de relations publiques financée par l'Etat pour les vins suisses. Les épicuriens peuvent voir les choses différemment, mais le vin n'est pas un aliment de base. De telles décisions sont discutables, notamment au vu des luttes croissantes pour la répartition des finances fédérales.
Au final, deux domaines ont non seulement été épargnés, mais ont même reçu plus d'argent que ce qui avait été demandé: l'armée - et l'agriculture.
Une fois qu'une subvention est accordée, il est très difficile de les supprimer. Et si un «chevalier des subventions» (réd. Ritter veut dire chevalier en allemand) devait être prochainement élu au Conseil fédéral, cela deviendrait encore plus difficile. Les conseillers nationaux et les conseillers aux Etats devront en tenir compte lorsqu'ils désigneront le 12 mars prochain le successeur d'Amherd.
Beaucoup dépendra de qui se présentera encore (Andrea Gmür, Christophe Darbellay, Philipp Kutter, un outsider?). Le délai d'inscription du parti court jusqu'à lundi prochain. Pour le conseiller aux Etats Beni Würth, Markus Ritter est une personnalité impressionnante «qui impose le respect», Mais un homme comme lui au Conseil fédéral? Difficile de l'imaginer.
Traduit et adapté par Chiara Lecca