Cette initiative des Verts et du PS a déjà été devancée
En politique suisse, il existe trois types d’initiatives. Il y a d’abord les initiatives idéologiques, souvent sans chance de succès. Elles sont généralement lancées par des partis ou des groupes d’intérêt et servent avant tout à soigner leur image, comme la récente initiative des Jeunesses socialistes pour un impôt sur les successions.
La deuxième catégorie regroupe les initiatives utilisées comme moyen de pression: leur objectif n’est pas forcément d’aboutir à une votation, mais plutôt d’influencer le processus parlementaire, ce qui se conclut fréquemment par un contre-projet acceptable. L’initiative sur le congé paternité ou celle pour les glaciers appartiennent à cette catégorie.
La troisième sorte est la plus rare. Elle concerne les projets visant à ancrer dans la Constitution suisse une revendication précise: une 13ᵉ rente AVS, une neutralité stricte ou encore un droit aux cornes pour les vaches.
Une initiative peu commune
Et puis il y a l’initiative pour un fonds climat. Celle-ci combine des éléments de ces trois types. Et dans chacun d’eux, la proposition a été dépassée par les événements.
L’idée d’un fonds climat de plusieurs milliards est née simultanément et indépendamment chez les Verts et au PS, portée par la volonté de surfer sur la vague écologique de 2019. Après les élections, les deux partis voulaient lancer une votation destinée à démontrer leur détermination en la matière jusqu’aux prochaines élections. Après des débuts marqués par une méfiance mutuelle, les socialistes et les écologistes se sont résolus à collaborer sur ce projet commun.
Un changement de cap
A l’époque, Balthasar Glättli présidait les Verts. Le Zurichois souhaitait positionner tôt son parti comme une force consensuelle après la victoire électorale de 2019, espérant ainsi ouvrir la voie vers le Conseil fédéral.
Sa successeur, Lisa Mazzone, a choisi une autre stratégie: elle entend conquérir un siège au gouvernement par une opposition marquée et rejette le rôle de second violon à gauche. Dans ce contexte, difficile de travailler en équipe avec le PS.
Un projet possiblement caduc
Plus étonnant encore: l’initiative pour un fonds climat est aussi devenue obsolète sur le fond. Roger Nordmann, alors conseiller national, avait été le principal artisan du projet pour le PS. Or, il a déjà concrétisé une grande partie de ses idées dans le contre-projet à l’initiative pour les glaciers, soumis au vote en juin 2023: un programme de remplacement des chauffages doté de plusieurs milliards à partir de 2025.
Il est alors difficile de comprendre pourquoi un fonds climat serait nécessaire, alors que la loi sur le climat n’a pas encore produit ses effets. L'initiative a déjà fait l'objet d'une contre-proposition acceptable.
Des temps qui ont changé
Le PS et les Verts comparent le fonds climat à l’époque où la Suisse a électrifié ses chemins de fer. La sortie de l’ère du charbon avait alors déclenché une poussée d’innovation incroyable et propulsé la population vers de nouveaux sommets de prospérité.
Cependant, le fonds climat ne peut tenir de telles promesses. Car aussi innovant qu’il prétend l’être, il ne l’est pas à y regarder de plus près. Les toits solaires recouvrent déjà les bâtiments suisses sans fonds national, les subventions cantonales suffisent amplement. Les économistes parlent d’effets d’aubaine pour désigner ces incitations superflues.
Après la suppression de la valeur locative, il est par ailleurs clairement établi que les propriétaires immobiliers ne doivent pas bénéficier de davantage de subventions publiques pour les rénovations énergétiques.
Là encore, d’autres votations ont devancé le fonds climat.
L’initiative pour un fonds climat apparaît, de manière générale, comme un vestige d’une époque insouciante lorsqu’on la confronte aux débats politiques actuels. Quand le PS et les Verts l’ont lancée, il n’y avait pas de guerre en Europe. Aujourd’hui, au lieu de discuter d’investissements pour le climat, la Suisse débat de milliards pour l’armée.
Une idée qui peine à convaincre
Les sondages le suggèrent: bien que la population suisse classe depuis plusieurs années la lutte contre le réchauffement climatique parmi ses principales préoccupations, l’initiative pour un fonds climat ne convainc pas comme solution. Et ce n’est pas dramatique. Avec la loi sur le climat et celle sur l’électricité, le peuple a déjà ancré deux jalons importants ces dernières années.
La politique doit désormais poursuivre cette voie avec détermination avant d’engager à fonds perdu de nouveaux moyens financiers.
