Il révolutionne le patinage avec sa technique oubliée
Le Néerlandais Chris Huizinga, 28 ans, participe actuellement à ses tout premiers Jeux olympiques.
Pourquoi des débuts aussi tardifs? Ce n’est pas parce que cet excellent coureur a chaussé ses lames sur le tard. Au pays du patinage, Huizinga se heurtait simplement à des compatriotes plus forts que lui. C’est le lot des nations performantes.
Mais le patineur de vitesse originaire de Groningue a franchi un cap lors du dernier cycle olympique, une progression coïncidant avec sa décision d'adopter une nouvelle technique de déplacement.
Chris Huizinga a choisi de garder les deux mains dans le dos lors de ses virages, alors que, jusqu’ici, tous les autres athlètes viraient sur l’anneau un bras rétracté, l'autre effectuant des battements, un mouvement destiné à générer de la vitesse, impulser la direction et maintenir l’équilibre.
Huizinga, lui, a privilégié les gains aérodynamiques, les deux bras dissimulés réduisant la résistance à l'avancement. Un point loin d’être négligeable dans cette discipline rapide, où la force de résistance à l’air constitue une contrainte physique importante, contrairement aux frottements avec la glace, relativement faibles.
«Courir avec les deux mains derrière le dos, plutôt qu’avec un bras libre, permet de gagner environ quatre dixièmes de seconde par tour. La résistance à l'air est également 4% inférieure. C’est considérable», a expliqué Wouter Terra, expert en aérodynamique pour le TeamNL, à la chaîne de télévision néerlandaise NOS.
En dehors de l’aspect aéro, Chris Huizinga explique trouver dans cette posture un équilibre qui lui convient, ainsi qu’un certain relâchement. «Je peux exercer de la pression sur mes jambes, ce qui me permet de rester bien en appui et de pousser. C’est de là que je tire de la vitesse. Au final, cette position m'apporte une certaine détente. En tant que patineur, il faut savoir aussi être détendu pendant une course, et je le suis davantage lorsque j'ai les mains dans le dos dans les virages», déclarait-il fin 2024 auprès du média spécialisé Schaatsen.
Huizinga ajoutait à l'époque qu'il ne voulait pas que sa progression soit résumée à l'utilisation de cette technique. «Mais les gens pensent quand même que c'est lié.» Dès lors, après un certain temps d’apprentissage, de nombreux patineurs en quête de gains ont adopté sa méthode, avant même les premières recherches sur le sujet.
La technique a été tellement imitée qu'elle est devenue la norme sur les longues distances aux Jeux de Milan-Cortina. Elle était pourtant invisible il y a quatre ans à Pékin. Seuls les sprinteurs conservent aujourd'hui le traditionnel balancé.
Les récents records du monde comme ceux de Loubineaud et Eitrem, tous deux réalisés les deux mains dans le dos, ont fini par achever les derniers sceptiques.
Mais Chris Huizinga n’est pas réellement l’inventeur de cette position. Elle était utilisée il y a plusieurs décennies, notamment par Jaap Eden avant la Première Guerre mondiale. Cette posture est ensuite tombée dans l'oubli et n'a jamais réellement percé. C’est bien Huizinga, 7e du 5000 mètres aux Jeux de Milan-Cortina, qui l’a remise au goût du jour.
