J'ai (encore...) la haine
Aussi loin que remontent mes souvenirs d'adulte, qui soupire devant la boîte aux lettres et qui paie ses factures, j'ai toujours vécu le fameux ras-le-bol de fin septembre. L'annonce de la hausse des primes maladie. Cette sensation aigre-douce qu'on nous la fait à l'envers, encore et encore.
Mais lisez: il y a de nouveaux paragraphes inédits juste pour votre vous de 2026. Allez, à l'année prochaine, bisous et ne tombez pas malade, merci.
J'ai 31 ans (hum, 32*, bon, 34**) et chaque année, ma prime augmente, entre quelques francs et quelques dizaines de francs. Pour autant, j'ai toujours fait ce qu'on m'a demandé: une franchise à 2500 francs, l'option médecin de famille et molo sur les rendez-vous.
Là encore, les rares fois où j'ai vraiment besoin de consulter, il n'y a pas de place avant plusieurs jours et dans l'intervalle, ça a fini par aller mieux tout seul. Je vais chez le dentiste en pestant parce qu'on vit dans un pays où les dents, du point de vue de l'assurance de base, ne sont manifestement pas rattachées au reste du corps. Je râle quand je prends rendez-vous chez ma gynécologue, étant «malheureusement» pourvue d'un utérus. J'ai toujours 2500 francs de côté, «au cas où». Et je me félicite d'avoir une complémentaire, car d'autres, plus âgés ou plus endommagés que moi, se voient refuser leurs demandes.
Je fais «tout comme on m'a demandé», et pourtant, chaque année, j'ai l'impression d'être punie. Et vous?
La faute à qui?
Même avec des explications plus ou moins rationnelles sous les yeux, difficile de comprendre, d'entendre pourquoi les primes augmentent chaque année. Pêle-mêle, voilà ce qu'en disent Chantal et Bernard, ce qu'on en dit vous et moi, quand ça cause de la hausse des primes maladie:
- «On a un système de soin performant en Suisse, ça a un coût, tu sais.»
- «On a dit non à la caisse unique, alors bon, faut pas s'étonner, hein.»
- «C'est à cause des gens qui ont une franchise à 300 francs et qui enchaînent les rendez-vous chez le dermato, chez Machin, chez Truc-muche dès qu'ils la dépassent, c'est normal...»
- «Tout ça, c'est à cause de Tarmed!»
- «C'est le principe de solidarité, c'est un peu comme avec les impôts, mais pas exactement pareil...»
- «De toute façon, c'est comme ça, faut aller voir sur Comparis où c'est moins cher.»
- ...
Et puis en même temps, taper sur les vilains assureurs, les vilains médecins surfactureurs, les vilains patients surconsommateurs et les vilains politiciens jacasseurs, ça ne fait pas avancer le schmilblick. On se fait juste tous un peu plus la gueule, sans solution.
Plein de projets, et toujours des hausses*
Depuis la première publication de cet article, il serait injuste de dire que rien n'a bougé. Laissez-moi faire du zèle, voici un chapitre tout neuf.
Depuis, donc, des votations ont eu lieu, des lois sont entrées en vigueur, des réformes ont été gribouillées, et probablement beaucoup de cafés ont été bus sous la Coupole (et chez watson). En juin 2024, les Suisses ont notamment rejeté l'initiative qui voulait limiter les primes à 10% du revenu. Son contre-projet est entré en vigueur début 2026, et les cantons doivent désormais consacrer un montant minimal aux subsides, et ils devront fixer une limite à la part du revenu que les primes peuvent engloutir.
Et ce mardi, précisément au moment où la Confédération nous annonce cette charmante nouvelle hausse de 5%, le PS remet une pièce dans le jukebox. Le parti lance une nouvelle initiative, qui vise cette fois à faire dépendre davantage directement les primes du revenu.
Pendant ce temps, le Conseil fédéral travaille aussi à relever la franchise minimale de 300 à 400 francs. L'idée est de renforcer la «responsabilité individuelle» et inciter les assurés à moins consommer de soins.
Si je schématise vulgairement, quand la facture augmente, la solution envisagée consiste à nous faire payer encore davantage, avant que l'assurance ne commence enfin à payer. J’admire la cohérence.
Je vais payer, tu vas payer,vous allez payer...
Lors de la précédente* mise à jour de cet article, je vous avais donné rendez-vous fin septembre 2025. J'ai manifestement loupé la date (j'étais sur un autre fuseau horaire si vous voulez tout savoir). La hausse, elle, était bel et bien de la partie. Et ça y est, pour 2027, la prime moyenne dépassera les 400 francs par mois.
Cette annonce ne changera sûrement rien à ma façon de fonctionner. Je continuerai à aller le moins souvent possible chez le médecin, je continuerai à me fâcher quand je dois aller chez le dentiste, je continuerai à avoir une franchise élevée en croisant les doigts, et je continuerai à avoir envie de jeter le téléphone contre le mur quand un peuso call center m'appellera pour me proposer une assurance «miraculeuse».
Enfin, comme vous, je vais peut-être changer de caisse, pour avoir une hausse «moins pire». Et au final, comparé à d'autres, «ça ira». On va baisser la tête et se la boucler en pensant à celles et ceux qui n'ont pas les moyens d'aller chez le médecin du tout, qui n'ont pas les moyens d'avoir 2500 francs de côté du tout, qui n'ont pas les moyens d'avoir une complémentaire du tout.
Et je ne sais pas vous, mais une fois de plus, je vais avoir la haine. Contre les assurances, contre les politiques, contre mon voisin hypocondriaque, contre la Terre entière. Mais pour autant, je n'aurai pas de solution, et j'aurai toujours l'impression d'être punie. Puis, ça passera et je paierai.
Allez, on en recause fin septembre 2024 2025 2026 2027*. D'ici là, courage et bonne chance. Et surtout portez-vous bien, sinon vous allez raquer.
