La Suisse a un souci avec l'immigration, mais les solutions existent
Les spécialistes expérimentés s’étonnent: la politique est aujourd’hui dépassée à plusieurs égards par la question migratoire. Les deux chambres du Parlement se contredisent sur les procédures d’asile appliquées aux délinquants, les faits montrent d’importantes lacunes d’action et les résultats en matière de formation se dégradent.
Au début du siècle, l’ambiance était encore à l’optimisme. Confédération, cantons et villes lançaient des programmes; le concept d’intégration bâlois, en 2000, fixait une référence avec le principe «encourager et exiger dès le premier jour», et la loi sur l’intégration de 2008 en renforçait le caractère obligatoire.
Du côté de l’encouragement, des dispositifs d’accueil et d’information ont été créés, des cours de langue proposés, et l'éducation préscolaire a été étendue et rendue obligatoire avant même l’entrée à l’école enfantine. Pour ce qui est des exigences, l’apprentissage de la langue et la familiarisation avec les conditions locales ont été inscrits comme devoirs, un instrument d’accord d’intégration a été introduit et, pour traiter les délinquants récidivistes, quatre juristes supplémentaires ont été engagés.
Le tout s’accompagnait d’une communication publique active et de la mise en place d’un service de lutte contre la discrimination. Une task force sur la radicalisation a également été créée pour combattre les phénomènes anti-intégration. 25 ans plus tard, un tout autre tableau.
Recentrer le système d'asile
La population migrante est largement surreprésentée dans les statistiques sur l'échec scolaire: lacunes éducatives, dépendance à l’aide sociale, chômage et délinquance. La hausse de la criminalité violente préoccupe fortement la population et les autorités; la part d’auteurs étrangers atteint 60%.
Le domaine de l’asile accentue encore ces problèmes: les jeunes hommes originaires du Moyen-Orient et du Maghreb sont fortement surreprésentés dans les statistiques criminelles. Leur éligibilité à la protection du droit d'asile est quasi nulle. En janvier 2026, seuls 42% des requérants ont été reconnus comme ayant droit à une protection, contre 58% de refus. Le système d’asile suisse traite ainsi majoritairement les «migrants aventuriers», soit environ 13 000 personnes par an. La lenteur dans l’exécution des renvois constitue un facteur d’attraction majeur.
Dans le contexte plus large du débat sur les migrations, ces faits sont un poison. Ils occultent le discours sur les 10 millions d'habitants de la Suisse et conduisent à une dangereuse confusion des enjeux. Afin de garantir un débat et une action impartiaux, dans l'intérêt à long terme du pays, nous devons écouter les acteurs de terrain et clarifier la situation.
Concrètement, cela signifie: recentrer un système d’asile devenu kafkaïen sur les personnes réellement en besoin de protection, en le débarrassant des incitations perverses et des blocages absurdes. L’exécution des expulsions relève aujourd’hui des cantons, mais ceux-ci n’ont pas le droit d’analyser les données des téléphones portables. Par des stratégies d’obstruction, les procédures peuvent ainsi être prolongées.
Il faut mettre fin à ces blocages: les requérants provenant de pays sûrs et les jeunes hommes originaires de pays avec des taux de reconnaissance très faibles – comme l’Algérie – devraient être dirigés, après une procédure accélérée, vers des centres de départ à créer. En cas d’infraction aux règles, ils devraient être soumis à des restrictions de mouvement, voire à une assignation à résidence en cas de récidive.
La Confédération devrait gérer ces centres et exécuter les renvois. L’obligation légale de collaborer devrait être appliquée de manière stricte, y compris par l’analyse des téléphones par des spécialistes en criminalistique. Cela réduirait l’attractivité de la Suisse pour les opportunistes et les sans-abris, tout en libérant des capacités pour soutenir et intégrer rapidement les personnes réellement en besoin de protection.
Ce n’est qu’à cette condition que le débat pourra se recentrer sur les véritables enjeux de fond: immigration et démographie. Car l’immigration ne fait que compenser le manque de relève: la Suisse vieillit, avec une croissance de la population de plus de 65 ans. Baisse des naissances et allongement de l’espérance de vie façonnent cette évolution.
Plutôt que de discuter de plafonds abstraits, il faudrait parler d’amélioration de la formation, de renaissance de la politique d’intégration et de mobilisation des personnes prêtes à travailler. Rien que chez les femmes et les seniors, un potentiel de 170 000 actifs en bonne santé reste inexploité. 57% des personnes de plus de 65 ans souhaiteraient continuer à travailler, si cela en valait la peine. Ce n’est pas encore le cas: impôts et charges sont trop élevés, et les structures d’accueil pour les familles sont insuffisantes.
Berne fédérale: au boulot!
(adapt. tam)
