«Ça marche mieux si on n'y croit pas»: il soigne 40 victimes grâce au secret
Le tragique incendie du bar Le Constellation, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier à Crans-Montana, a fait 40 morts et 116 blessés, gravement brûlés pour la plupart. Les coupeurs de feu, qui soulagent les douleurs et travaillent sur la cicatrisation de la peau, ont énormément été sollicités. Georges Delaloye, 70 ans, originaire de Martigny, est l'un d'eux. C'est en 2005 qu'il a reçu le secret par son frère. Il nous raconte son quotidien depuis le drame.
Comment se sont déroulés ces derniers jours?
Georges Delaloye: La nuit du Nouvel An, je fêtais avec mes amis lorsque le téléphone a sonné. J'apprends qu'il y a eu une explosion, des brûlés, des morts...
Puis dans les heures, les jours qui ont suivi, ce sont principalement les parents qui nous ont sollicités.
Quelle est votre méthode de travail?
Je réponds aux SMS six heures par jour, je reçois environ 300 appels en une journée – encore plus depuis la tragédie de Crans-Montana. Les demandes peuvent être faites par téléphone, par SMS, par note vocale ou par message WhatsApp. J'ai simplement besoin du prénom, de la date de naissance et de savoir de quoi souffre la personne. Plus c'est précis, mieux c'est. Ensuite, je fais une prière dans ma tête.
Ces soins se font sur la longueur – 21 jours au total. Après, j'arrête. Si on me demande de poursuivre, je recommence. Rappelons toutefois qu'il ne suffit pas de lire une prière pour que le secret se fasse: il faut avoir un don, être prédestiné à cela.
Est-ce que les soins fonctionnent, en particulier auprès des grands brûlés?
C'est particulier. Il n'y a pas de promesse, pas de miracle. Nous ferons le maximum pour aider ces personnes. Des fois ça fonctionne, des fois non. C'est selon le plan divin. Ce n'est pas moi qui choisis. Je n'ai aucun pouvoir, uniquement une disposition particulière pour faire passer l'énergie soignante. Nous sommes une antenne pour transmettre les demandes des gens.
Est-ce que vous vous rendez dans les hôpitaux?
Non, je fais tout à distance. Les hôpitaux ont une liste de faiseurs de secret. Mais c'est aux patients ou à l'entourage de faire la demande.
Combien de victimes de l'incendie du Nouvel An soignez-vous actuellement?
Quarante.
Pour certains, j'ai reçu plusieurs appels. Entre 10 et 20 pour une personne, par exemple, car plusieurs compagnons de classe connaissaient des faiseurs de secret et voulaient aider.
Dans ce genre de cas, quelle est votre réponse?
Puisqu'il s'agissait d'amis, j'ai dit que j'avais déjà reçu la demande. Mais le secret est fait pour toutes celles et ceux qui en ont besoin.
Faut-il y croire pour que le secret fonctionne?
Non. D'ailleurs, je vous dirais presque que ça marche mieux lorsqu'on n'y croit pas.
Pourquoi?
Parce que quelqu'un qui y croit est dans l'attente et pense que le soin fonctionnera à chaque fois. En revanche, faire la demande en étant sceptique est une démarche forte. La personne a quand même envie d'avoir une réaction et en général, le résultat est positif.
Avez-vous déjà fait face à une telle tragédie?
Oui. En 2015, une discothèque de Bucarest a pris feu, avec à l'intérieur près de 400 personnes, principalement des jeunes. Plus de 60 personnes sont décédées et près de 200 ont été blessées. A l'époque, j'étais ambulancier et j'avais rencontré une infirmière au CHUV. Elle venait de retourner en Roumanie lorsque l'incendie a eu lieu. Elle m'a appelé en me disant:
J'ai donc contacté les faiseurs de secrets de ma liste pour les mobiliser. (Réd: En 1999, Georges Delaloye a créé un registre qui regroupe les faiseurs de secret de Suisse, de France et du Luxembourg.)
Est-ce que ça a fonctionné?
A nouveau, je crois, j'espère. Nous nous impliquons en temps, en énergie, en écoute.
Aujourd'hui, comment vous sentez-vous?
Travailler sur un drame comme celui de Crans-Montana me fatigue beaucoup. Après, je ne suis pas le seul à être mobilisé, d'autres collègues prodiguent leurs soins. J'ai toujours la tête qui tourne, je pense constamment à ces gens... Je suis impacté, émotionnellement notamment. Heureusement, les différents métiers que j'ai faits – ambulancier, sapeur-pompier, croquemort – me servent pour me protéger. Lorsqu'on soigne, un retour énergétique s'opère. Nous avons un petit cœur, nous ressentons les douleurs, les angoisses, les détresses. Il est nécessaire d'avoir une protection supplémentaire afin de ne pas se laisser emporter.
