Suisse
Crans-Montana

Crans-Montana: ce coupeur de feux soigne 40 victimes et raconte

«Ça marche mieux si on n'y croit pas»: il soigne 40 victimes grâce au secret

Georges Delaloye, d'origine valaisanne, est faiseur de secret. Il aide notamment à soigner les brûlures et s'occupe actuellement de 40 personnes hospitalisées après le drame de Crans-Montana.
07.01.2026, 18:4207.01.2026, 20:07

Le tragique incendie du bar Le Constellation, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier à Crans-Montana, a fait 40 morts et 116 blessés, gravement brûlés pour la plupart. Les coupeurs de feu, qui soulagent les douleurs et travaillent sur la cicatrisation de la peau, ont énormément été sollicités. Georges Delaloye, 70 ans, originaire de Martigny, est l'un d'eux. C'est en 2005 qu'il a reçu le secret par son frère. Il nous raconte son quotidien depuis le drame.

Georges Delaloye, faiseur de secret.
Georges Delaloye, faiseur de secret.Image: gedelaloye.ch

Comment se sont déroulés ces derniers jours?
Georges Delaloye:
La nuit du Nouvel An, je fêtais avec mes amis lorsque le téléphone a sonné. J'apprends qu'il y a eu une explosion, des brûlés, des morts...

«Les appels ont commencé à arriver, au début il s'agissait des amis présents sur place qui ont pu sortir du bar et contacter les faiseurs de secret»

Puis dans les heures, les jours qui ont suivi, ce sont principalement les parents qui nous ont sollicités.

Quelle est votre méthode de travail?
Je réponds aux SMS six heures par jour, je reçois environ 300 appels en une journée – encore plus depuis la tragédie de Crans-Montana. Les demandes peuvent être faites par téléphone, par SMS, par note vocale ou par message WhatsApp. J'ai simplement besoin du prénom, de la date de naissance et de savoir de quoi souffre la personne. Plus c'est précis, mieux c'est. Ensuite, je fais une prière dans ma tête.

«Le but est de soulager les douleurs, d'apaiser le feu et d'essayer d'activer la cicatrisation des plaies. Je travaille également sur le moral, c'est important»
Georges Delaloye, faiseur de secret.

Ces soins se font sur la longueur – 21 jours au total. Après, j'arrête. Si on me demande de poursuivre, je recommence. Rappelons toutefois qu'il ne suffit pas de lire une prière pour que le secret se fasse: il faut avoir un don, être prédestiné à cela.

Est-ce que les soins fonctionnent, en particulier auprès des grands brûlés?
C'est particulier. Il n'y a pas de promesse, pas de miracle. Nous ferons le maximum pour aider ces personnes. Des fois ça fonctionne, des fois non. C'est selon le plan divin. Ce n'est pas moi qui choisis. Je n'ai aucun pouvoir, uniquement une disposition particulière pour faire passer l'énergie soignante. Nous sommes une antenne pour transmettre les demandes des gens.

«L'une des victimes de l'incendie de Crans-Montana que je soigne actuellement, à la demande de la maman, était brûlée à 40%. Grâce aux soins des médecins – c'est d'abord la médecine qui soigne les corps, les faiseurs de secret accompagnent et soulagent –, son état s'est amélioré. En deux jours, avec l'aide du secret, je crois, j'espère, elle est passée à 15%. C'est positif.»
Georges Delaloye

Est-ce que vous vous rendez dans les hôpitaux?
Non, je fais tout à distance. Les hôpitaux ont une liste de faiseurs de secret. Mais c'est aux patients ou à l'entourage de faire la demande.

Combien de victimes de l'incendie du Nouvel An soignez-vous actuellement?
Quarante.

«Tous les jours, les parents me font des retours sur l'état de santé de leurs enfants. Ils me disent comment la nuit s'est déroulée, si la situation s'améliore ou se péjore»

Pour certains, j'ai reçu plusieurs appels. Entre 10 et 20 pour une personne, par exemple, car plusieurs compagnons de classe connaissaient des faiseurs de secret et voulaient aider.

Dans ce genre de cas, quelle est votre réponse?
Puisqu'il s'agissait d'amis, j'ai dit que j'avais déjà reçu la demande. Mais le secret est fait pour toutes celles et ceux qui en ont besoin.

Faut-il y croire pour que le secret fonctionne?
Non. D'ailleurs, je vous dirais presque que ça marche mieux lorsqu'on n'y croit pas.

Pourquoi?
Parce que quelqu'un qui y croit est dans l'attente et pense que le soin fonctionnera à chaque fois. En revanche, faire la demande en étant sceptique est une démarche forte. La personne a quand même envie d'avoir une réaction et en général, le résultat est positif.

Avez-vous déjà fait face à une telle tragédie?
Oui. En 2015, une discothèque de Bucarest a pris feu, avec à l'intérieur près de 400 personnes, principalement des jeunes. Plus de 60 personnes sont décédées et près de 200 ont été blessées. A l'époque, j'étais ambulancier et j'avais rencontré une infirmière au CHUV. Elle venait de retourner en Roumanie lorsque l'incendie a eu lieu. Elle m'a appelé en me disant:

«Il faut faire quelque chose!»

J'ai donc contacté les faiseurs de secrets de ma liste pour les mobiliser. (Réd: En 1999, Georges Delaloye a créé un registre qui regroupe les faiseurs de secret de Suisse, de France et du Luxembourg.)

Est-ce que ça a fonctionné?
A nouveau, je crois, j'espère. Nous nous impliquons en temps, en énergie, en écoute.

«Et puis, je ne pense pas que les gens nous appelleraient autant si le secret ne fonctionnait pas»

Aujourd'hui, comment vous sentez-vous?
Travailler sur un drame comme celui de Crans-Montana me fatigue beaucoup. Après, je ne suis pas le seul à être mobilisé, d'autres collègues prodiguent leurs soins. J'ai toujours la tête qui tourne, je pense constamment à ces gens... Je suis impacté, émotionnellement notamment. Heureusement, les différents métiers que j'ai faits – ambulancier, sapeur-pompier, croquemort – me servent pour me protéger. Lorsqu'on soigne, un retour énergétique s'opère. Nous avons un petit cœur, nous ressentons les douleurs, les angoisses, les détresses. Il est nécessaire d'avoir une protection supplémentaire afin de ne pas se laisser emporter.

«Mais de manière générale, je suis bien. Car plus je soigne, plus on me donne de l'énergie. C'est une faculté merveilleuse. Et c'est grâce à ça que je peux soigner autant de monde chaque jour»
Georges Delaloye
L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)
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L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)

Un incendie s'est produit ce jeudi 1er janvier à 1h30 dans un bar de la station de ski de Crans-Montana (VS).

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Le résumé de la conférence de presse de Crans-Montana
Video: watson
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