Ce Français veut sauver nos grands brûlés grâce à son ver miracle
Au bout du fil, le Dr Franck Zal apparaît touché par les événements de Crans-Montana, bien qu’il vive en Bretagne, à 1 000 kilomètres de la station valaisanne. Ses enfants sont en âge de sortir, et il le sait: un tel drame aurait pu atteindre sa famille.
Si ce scientifique est à ce point concerné, c’est aussi parce qu’il est l’auteur de l’une des découvertes les plus remarquables de ces dernières années, une avancée ayant récemment permis de sauver un grand brûlé en France.
Depuis jeudi, il se mobilise donc pour proposer ses services et aider les blessés de Crans-Montana. «J’ai passé la journée du 1er au téléphone avec des médecins, des politiques. J’ai averti les autorités françaises, surtout après avoir appris que des patients allaient être rapatriés en France. Ils savent que nous avons traité ce grand brûlé. Je suis en contact avec le Sénat, l’Elysée, les ministres: il faut agir», explique-t-il.
Franck Zal est également en lien direct avec la Suisse. «Nous créons des groupes WhatsApp, partageons des informations. Je monitore, je me propose.»
Un ver champion de l'apnée
Si ce docteur en biologie marine peut secourir les grands brûlés de Crans-Montana, c'est grâce au ver marin présent sur les plages bretonnes: Arenicola marina. «Je me suis aperçu qu'il arrêtait de respirer à marée basse et vivait grâce à sa molécule d’hémoglobine, qui agit comme sa bouteille d’oxygène. Il la charge sous l’eau, puis reste six heures sans respirer», détaille-t-il.
40 fois plus d'oxygène
Cette molécule d’hémoglobine, appelée M101, est un puissant transporteur d’oxygène: elle fixe 156 molécules d’O2, contre seulement quatre pour l’hémoglobine humaine. Il s’agit également d’une «hémoglobine extracellulaire, non encapsulée dans un globule rouge», ce qui la rend universelle, pointe le biologiste. Contrairement à d’autres hémoglobines animales, elle ne provoque ni vasoconstriction, ni hypertension, ni réaction immunitaire.
La molécule M101, extraite du ver marin par la biotech Hemarina, présidée par Franck Zal, a été employée pour développer divers produits. L’un d’eux s’est révélé efficace dans la conservation des greffons, tandis qu’un autre – utilisé dans 80 cas, avec «des résultats positifs à plus de 95%» – joue un rôle clé dans le processus de cicatrisation.
Un gel issu de 25 ans de travail
Ces plaies ont été soignées à l’aide de la solution HEMHealing, fruit de 25 années de recherche. «C’est une seringue contenant 10 mL de gel. Celui-ci est composé de trois éléments: l’acide hyaluronique, un constituant de la peau, le xanthane, qui lui donne sa consistance, et notre molécule», informe le Dr Zal.
Première application sur un grand brûlé
Parmi ces 80 cas traités, celui de Thomas, hospitalisé au CHU de Nantes, retient particulièrement l’attention: ce jeune homme de 33 ans, brûlé à 85%, n’avait presque aucune chance de survie. Il a alors été décidé de recourir à la molécule M101 pour fournir l’oxygène indispensable à la réépidermisation.
Guérison rapide
Non seulement Thomas a survécu, mais en plus, sa guérison a été étonnamment rapide. En l’espace de quelques semaines, il a retrouvé une peau certes encore fragile, «mais normale», comme il le confie régulièrement aux médias. Une peau suffisamment régénérée pour permettre un prélèvement en vue d’une greffe.
«Avec les techniques classiques, les patients peuvent rester hospitalisés un ou deux ans. Contre toute attente, Thomas est sorti au bout de trois mois de l’hôpital en rééducation fonctionnelle», détaille le Dr Zal. Cette vitesse est d’autant plus remarquable que le facteur temps est déterminant pour éviter des conséquences graves et des séquelles durables.
image: hemarina
En usage compassionnel
A l’heure actuelle, ce traitement à base d'hémoglobine de vers marins n’est pas commercialisé, en raison notamment des lourdes contraintes réglementaires en France et de son caractère novateur.
Il est uniquement indiqué en «usage compassionnel» dans l'Hexagone. «Cela signifie que ce sont les médecins qui, lorsqu’ils jugent qu’il n’y a plus aucune solution, peuvent en faire la demande aux autorités», informe cet ancien chercheur du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
En résumé, Franck Zal dispose d'une innovation majeure, capable de venir en aide aux victimes de l’incendie de Crans-Montana, mais dont l'usage demeure limité. Cette situation lui pèse.
Une dernière question se pose néanmoins: le traitement pourrait-il être utilisé en Suisse, de la même manière qu’il l’est en France, en usage compassionnel? «D’après les pharmaciens suisses avec qui je suis en contact, il existe un article de loi stipulant qu’en cas de catastrophe majeure, des dérogations peuvent être accordées, notamment pour importer des produits non disponibles sur le marché suisse», indique-t-il. Avant de conclure:
Il poursuit de façon imagée: «Dans la pièce où vous vous trouvez, il y a une pression en oxygène correspondant à 160 millimètres de mercure, tandis qu’au niveau des cellules de votre peau, il n'y en a que deux. Ce sont des caractéristiques de pression. Nous amenons du plus vers le moins, de façon régulée et naturelle». Franck Zal insiste sur le terme «régulé». «C'est essentiel, car l'oxygène peut être toxique si sa libération n’est pas contrôlée et peut créer un stress oxydant délétère.»
