Suisse
Incendie

Il peut sauver les grands brûlés de Crans-Montana avec un ver

French scientist and CEO of Hemarina Franck Zal, poses on the beach in Saint-Jean-du-Doigt, western France, on May 25, 2022. Hemarina a Brittany based company, discovered that the blood of a simple ma ...
Le Dr Franck Zal en train de pêcher des vers marins sur une plage bretonne.Image: AFP

Ce Français veut sauver nos grands brûlés grâce à son ver miracle

Le Dr Franck Zal est à l’origine d’un traitement innovant à base d’hémoglobine de vers marins, qui a sauvé la vie d'un patient brûlé à 85%. Il propose ses services aux victimes de Crans-Montana. «Nous avons suffisamment de stock», affirme-t-il à watson.
06.01.2026, 05:3207.01.2026, 22:32

Au bout du fil, le Dr Franck Zal apparaît touché par les événements de Crans-Montana, bien qu’il vive en Bretagne, à 1 000 kilomètres de la station valaisanne. Ses enfants sont en âge de sortir, et il le sait: un tel drame aurait pu atteindre sa famille.

«Je n’ai pas dormi de la nuit. Tout cela me travaille. Cela aurait pu être eux»
Dr Franck Zal

Si ce scientifique est à ce point concerné, c’est aussi parce qu’il est l’auteur de l’une des découvertes les plus remarquables de ces dernières années, une avancée ayant récemment permis de sauver un grand brûlé en France.

Notre live spécial Crans-Montana

Depuis jeudi, il se mobilise donc pour proposer ses services et aider les blessés de Crans-Montana. «J’ai passé la journée du 1er au téléphone avec des médecins, des politiques. J’ai averti les autorités françaises, surtout après avoir appris que des patients allaient être rapatriés en France. Ils savent que nous avons traité ce grand brûlé. Je suis en contact avec le Sénat, l’Elysée, les ministres: il faut agir», explique-t-il.

Franck Zal est également en lien direct avec la Suisse. «Nous créons des groupes WhatsApp, partageons des informations. Je monitore, je me propose.»

«Nous avons du stock: 5000 pansements. S'il faut en apporter, nous avons ce qu'il faut»
Dr Franck Zal

Un ver champion de l'apnée

Si ce docteur en biologie marine peut secourir les grands brûlés de Crans-Montana, c'est grâce au ver marin présent sur les plages bretonnes: Arenicola marina. «Je me suis aperçu qu'il arrêtait de respirer à marée basse et vivait grâce à sa molécule d’hémoglobine, qui agit comme sa bouteille d’oxygène. Il la charge sous l’eau, puis reste six heures sans respirer», détaille-t-il.

«C’est le champion du monde d’apnée»
Dr Franck Zal
A lugworm or sandworm (Arenicola marina) is pictured on a sandy beach in Saint-Jean-du-Doigt, western France, on May 25, 2022. Hemarina, a Brittany based company, discovered that the blood of a simple ...
Arenicola marina.Image: AFP

40 fois plus d'oxygène

Cette molécule d’hémoglobine, appelée M101, est un puissant transporteur d’oxygène: elle fixe 156 molécules d’O2, contre seulement quatre pour l’hémoglobine humaine. Il s’agit également d’une «hémoglobine extracellulaire, non encapsulée dans un globule rouge», ce qui la rend universelle, pointe le biologiste. Contrairement à d’autres hémoglobines animales, elle ne provoque ni vasoconstriction, ni hypertension, ni réaction immunitaire.

La molécule M101, extraite du ver marin par la biotech Hemarina, présidée par Franck Zal, a été employée pour développer divers produits. L’un d’eux s’est révélé efficace dans la conservation des greffons, tandis qu’un autre – utilisé dans 80 cas, avec «des résultats positifs à plus de 95%» – joue un rôle clé dans le processus de cicatrisation.

«Les plaies traitées sont diverses (réd: plaies du diabétique, liées à des problèmes de circulation, brûlures...) et peuvent mener à l’amputation. Elles ont un dénominateur commun: les vaisseaux de surface sont détruits et l’oxygène n’est plus acheminé vers les cellules de la peau. Or pour qu’une plaie cicatrise, l’oxygène est essentiel.»
Dr Franck Zal

Un gel issu de 25 ans de travail

Ces plaies ont été soignées à l’aide de la solution HEMHealing, fruit de 25 années de recherche. «C’est une seringue contenant 10 mL de gel. Celui-ci est composé de trois éléments: l’acide hyaluronique, un constituant de la peau, le xanthane, qui lui donne sa consistance, et notre molécule», informe le Dr Zal.

«Nous appliquons le gel et posons des pansements respirables changés tous les deux jours. Ils ne doivent pas être hermétiques. Le principe est simple et purement physique: nos pansements captent l’oxygène de l’air pour le délivrer aux cellules de la peau de façon naturelle et contrôlée.»
Dr Franck Zal

Première application sur un grand brûlé

Parmi ces 80 cas traités, celui de Thomas, hospitalisé au CHU de Nantes, retient particulièrement l’attention: ce jeune homme de 33 ans, brûlé à 85%, n’avait presque aucune chance de survie. Il a alors été décidé de recourir à la molécule M101 pour fournir l’oxygène indispensable à la réépidermisation.

«Je m'en souviendrai toujours. C’était en juillet 2023. Dès les premières 48 heures, nous avons observé ce que nous appelons une granulation: une sorte de bourgeonnement. La peau était passée de l’aspect cartonneux au rouge vif. Ce sont les prémices de la cicatrisation. Les cellules se divisent activement pour former une nouvelle peau.»
Dr Franck Zal
Le gel HEMHealing en seringue.
Le gel HEMHealing en seringue.image: Hemarina

Guérison rapide

Non seulement Thomas a survécu, mais en plus, sa guérison a été étonnamment rapide. En l’espace de quelques semaines, il a retrouvé une peau certes encore fragile, «mais normale», comme il le confie régulièrement aux médias. Une peau suffisamment régénérée pour permettre un prélèvement en vue d’une greffe.

«Avec les techniques classiques, les patients peuvent rester hospitalisés un ou deux ans. Contre toute attente, Thomas est sorti au bout de trois mois de l’hôpital en rééducation fonctionnelle», détaille le Dr Zal. Cette vitesse est d’autant plus remarquable que le facteur temps est déterminant pour éviter des conséquences graves et des séquelles durables.

«Si la peau est détruite, l’intérieur du corps devient comme l’extérieur, et le patient est exposé aux contaminations bactériennes, de l’extérieur mais aussi de l’intérieur. Des chocs septiques peuvent survenir. Ensuite, il y a les chéloïdes: des excès de peau qui se rétractent et forment des boursouflures. Certains doivent subir des dizaines d’opérations pour retirer ces excroissances à mesure qu’elles se développent. Il faut contrôler ce phénomène au départ, sinon il persiste.»
Dr Franck Zal
La biotech Hemarina élève ses vers dans sa ferme aquacole de l'île de Noirmoutier selon des standards pharmaceutiques stricts.
La biotech Hemarina élève ses vers dans sa ferme aquacole de l'île de Noirmoutier selon des standards pharmaceutiques stricts.
image: hemarina

En usage compassionnel

A l’heure actuelle, ce traitement à base d'hémoglobine de vers marins n’est pas commercialisé, en raison notamment des lourdes contraintes réglementaires en France et de son caractère novateur.

«C’est 40 000 pages, des années de documentation»
Dr Franck Zal

Il est uniquement indiqué en «usage compassionnel» dans l'Hexagone. «Cela signifie que ce sont les médecins qui, lorsqu’ils jugent qu’il n’y a plus aucune solution, peuvent en faire la demande aux autorités», informe cet ancien chercheur du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

En résumé, Franck Zal dispose d'une innovation majeure, capable de venir en aide aux victimes de l’incendie de Crans-Montana, mais dont l'usage demeure limité. Cette situation lui pèse.

«Sincèrement, j’en pleure: je sais ce que c’est, un gamin brûlé. Le traitement n’est pas encore enregistré, mais son efficacité a pu être constatée. Aujourd’hui, ne pas le proposer aux patients dans ce type de situation, ça serait criminel.»
Dr Franck Zal

Une dernière question se pose néanmoins: le traitement pourrait-il être utilisé en Suisse, de la même manière qu’il l’est en France, en usage compassionnel? «D’après les pharmaciens suisses avec qui je suis en contact, il existe un article de loi stipulant qu’en cas de catastrophe majeure, des dérogations peuvent être accordées, notamment pour importer des produits non disponibles sur le marché suisse», indique-t-il. Avant de conclure:

«C’est comme une guerre. Nous essayons de sauver les gens avant de nous préoccuper des papiers»
Dr Franck Zal
Pour aller plus loin
Le pansement non occlusif HEMHealing fonctionne «selon deux lois physiques: la loi de Fick et la loi de Henry», détaille le spécialiste. L'hémoglobine, qui «n’est jamais en contact direct avec les cellules et n’a ni action métabolique, pharmacologique ou immunologique», fixe l'oxygène de l'air et le libère aux cellules de la peau «dans un simple gradient de pression partielle».

Il poursuit de façon imagée: «Dans la pièce où vous vous trouvez, il y a une pression en oxygène correspondant à 160 millimètres de mercure, tandis qu’au niveau des cellules de votre peau, il n'y en a que deux. Ce sont des caractéristiques de pression. Nous amenons du plus vers le moins, de façon régulée et naturelle». Franck Zal insiste sur le terme «régulé». «C'est essentiel, car l'oxygène peut être toxique si sa libération n’est pas contrôlée et peut créer un stress oxydant délétère.»
L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)
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