«Le monde à l'envers»: l'Italie tape sur la Suisse après Crans-Montana
Le président de la commune de Crans-Montana venait tout juste de reconnaître les erreurs commises par les autorités que le quotidien italien La Repubblica publiait un commentaire cinglant sur le drame. Il y remettait en question l'image que la Suisse avait d'elle-même: «Nous pensions que la Suisse était le pays des règles, de la précision et des contrôles obsessionnels». Mais non. «Même le pays le plus vertueux peut échouer», écrit le journaliste, qui traite habituellement de corruption et de mafia.
Il oppose l'Italie, connue pour sa bureaucratie paralysante et son inefficacité, à la Suisse. Et parle d'un «monde à l'envers, dans lequel l'Italie se révèle plus sévère et la Suisse plus fragile».
D'autres journaux italiens dressent également le portrait d'un pays «parfait» qui s'effondre. Mercredi, le quotidien milanais Il Giornale parlait ainsi d'un «trou noir» qui semblait impossible en Suisse. Quelques jours auparavant, le portail en ligne Globalist avait déjà titré: «Un drame qui fait voler en éclats le mythe de la perfection». La Suisse doit regarder la réalité en face, ajoutait-on.
La couverture médiatique en Italie s'inscrit dans la lignée des propos virulents tenus par Matteo Salvini, qui avait exigé vendredi des peines de prison sévères «pour plusieurs personnes». Le ton était ainsi donné, notamment dans le contexte des six décès italiens désormais confirmés.
Une autre approche en France
Outre la Suisse, seule la France déplore plus de décès que l'Italie. Ici, cependant, les médias ont renoncé à toute attaque après que les autorités ont reconnu leurs erreurs. «Des manquements graves avérés», titrait ainsi TF1 dans son reportage consacré à la conférence de presse. Le Monde s'est entretenu avec des habitants de Crans-Montana au sujet des défaillances des autorités et a recueilli des réactions de «colère» et de «honte», mais s'en est tenu à ce reportage et à un article.
La couverture médiatique en Allemagne était tout aussi factuelle: «L'incapacité à effectuer des contrôles pendant des années suscite la consternation», a déclaré la présentatrice de la chaîne ARD dans le journal télévisé. Et le quotidien Frankfurter Allgemeine a écrit que le président de la commune était «profondément» affecté et «à bien des égards» inconscient, et qu'il avait reconnu ses erreurs.
Même les plus grands médias mondiaux, de la BBC au New York Times, ont rapporté que Le Constellation n'avait pas été contrôlé depuis cinq ans. Dès les premiers jours qui ont suivi l'incendie, ils ont publié plusieurs articles sur Crans-Montana et ont également relayé les derniers rebondissements.
Toutefois, à l'exception de la presse italienne, aucune analyse contextuelle ni aucun commentaire émotionnel n'ont été publiés. Dans la plupart des autres pays, le drame est déjà relégué au second plan par des dizaines d'autres actualités venues du monde entier.
