Il a coordonné les secours à Crans-Montana, il raconte
Mardi 6 janvier, sixième jour depuis l’incendie de Crans-Montana. La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider s’est rendue à l’hôpital de Sion pour remercier infirmiers et médecins. «Le personnel soignant mérite de la reconnaissance toute l’année», dit-elle, «mais ces derniers jours ont été d’une intensité exceptionnelle». Elle a salué «le professionnalisme et la résistance» avec lesquels l’hôpital a, jusqu’ici, surmonté cette crise.
De fait, en un temps record, le Valais a activé une chaîne de sauvetage qui commence à Crans-Montana et s’étend bien au-delà des frontières. Il s’agit d’une opération d’une ampleur historique, mobilisant plus de 200 intervenants, 40 véhicules de secours et treize hélicoptères. Dans toute la Suisse, les hôpitaux ont déclenché leurs dispositifs de crise. 23 pays ont proposé leur aide à la Suisse, de la Norvège à la Turquie. Retour sur cet engagement extraordinaire.
Une organisation valaisanne aux commandes
La nouvelle année n’a que 90 minutes lorsque l’alarme retentit: incendie dans le bar Constellation, à Crans-Montana. En quelques minutes, les premiers pompiers et policiers arrivent sur place. Ils découvrent une scène chaotique: des personnes s’échappent du bar, certaines en flammes, beaucoup souffrant de graves brûlures aux mains et au visage.
C'est un phénomène particulier, l'embrasement généralisé éclair, qui leur a été fatal. Déclenché par des bougies étincelantes placées dans des bouteilles de champagne, un matériau d’insonorisation au plafond s’enflamme. Des gaz se forment, s’embrasent et dégagent une chaleur extrême. 40 personnes perdent la vie, 116 sont blessées, dont beaucoup grièvement. La plupart sont mineures.
Dans un premier temps, la coordination est assurée par l’Organisation cantonale valaisanne de secours OCVS, une spécificité du canton, qui regroupe les premiers répondants: médecins d’urgence, ambulances, hélicoptères et samaritains qui se connaissent, s’entraînent ensemble et travaillent en réseau.
L'OCVS gère la centrale d’appels d’urgence et est alertée, dans le chaos de la nuit du réveillon, en même temps que la police et les pompiers. Elle assume la direction sanitaire de l’intervention et mobilise, par simple pression d’un bouton, près de 200 personnes. Outre les cadres et les bénévoles, elle engage aussi des camions servant de postes sanitaires mobiles. Les blessés sont ainsi rapidement triés, soignés sur place dans la mesure du possible, puis transportés au plus vite à l’hôpital de Sion.
L’opération de sauvetage est également une intervention aérienne d’une ampleur rarement vue:
La Rega a déployé huit hélicoptères en Valais. Air Glacier et Air Zermatt transportent également des blessés toute la nuit, de Crans-Montana vers les hôpitaux: à Sion et Viège, mais aussi à Zurich, Genève, Lausanne et dans d’autres établissements à travers la Suisse. Partout, les plans d’urgence sont activés.
La solidarité européenne a été décisive
C’est à ce moment que la Confédération prend un rôle-clé dans la gestion de la crise. Plus précisément, le Réseau national de médecine de catastrophe Katamed, dirigé par Tenzin Lamdark.
Le chirurgien de formation est chez lui le matin du Nouvel An, de piquet. Vers 10 heures, il décide avec son équipe et les autorités compétentes d’activer le mode crise. Il nous explique:
Katamed dispose d’excellents contacts à l’étranger:
Un réseau qui s’est avéré décisif.
Le conseiller fédéral Martin Pfister autorise alors Tenzin Lamdark, dès l’après-midi du 1er janvier, soit quelques heures seulement après la catastrophe, à solliciter de l’aide auprès du Mécanisme européen de protection civile (UCPM) à Bruxelles. L’UCPM réagit immédiatement et transmet la demande suisse. Très vite, des offres d’aide substantielles affluent: avions de transport, places dans des cliniques spécialisées, équipes médicales entières expertes dans le traitement des brûlures. Et ce, bien que la Suisse ne soit pas membre de l’UCPM. Le directeur de Katamed souligne:
Ce soutien est alors crucial. Les hôpitaux de Sion et de Viège, mais aussi d’autres cliniques, ont un besoin urgent de décharge. «Les hôpitaux valaisans ont accompli un travail remarquable lors de la prise en charge initiale», reconnait Tenzin Lamdark. Mais ces établissements ne sont pas conçus pour traiter un nombre aussi élevé de grands brûlés. Pas plus que les autres hôpitaux suisses qui ont accueilli des victimes dans les premières heures.
Tenzin Lamdark fixe alors les priorités: d’abord soulager le Valais, puis transférer à l’étranger les patients hospitalisés dans des établissements sans service spécialisé. Dans les hôpitaux universitaires de Zurich et de Lausanne, qui disposent d’unités spécialisées pour les grands brûlés, la pression temporelle est un peu moindre, mais eux aussi sont surchargés.
La catastrophe a précédé le plan de crise
Des avions et hélicoptères sanitaires venus d’Italie, de France, de Roumanie et du Luxembourg arrivent en Suisse. Avec les jets de la Rega, ils transportent, les 2 et 3 janvier, 35 personnes vers des cliniques spécialisées en Europe: en Belgique, en Allemagne, en France et en Italie. D’autres transferts ont lieu le 4 janvier, notamment vers la France.
Tenzin Lamdark n’a pas dormi les trois premiers jours. Aujourd’hui encore, le travail se poursuit. Son service coordonne désormais l’échange de matériel médical et de produits nécessaires au traitement des brûlures entre les hôpitaux, en attendant que l’industrie puisse fournir de nouveaux stocks.
Le chirurgien tire déjà les enseignements de ce drame. Il devait, à l’origine, élaborer d’ici fin 2026 un plan d’action pour mieux préparer les institutions de santé aux situations exceptionnelles:
L’évènement a montré à quel point un plan de répartition des patients est indispensable. «Compte tenu du fait que nous avons dû organiser beaucoup de choses sous une pression extrême, nous pouvons être satisfaits», estime-t-il.
Comme l’a formulé la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider dans son discours de remerciement à Sion:
Traduit de l'allemand
