«Mes voisins ont perdu leur fils»: Jean-Marc Richard a écouté les émotions
«Quelqu'un m'a dit: «Je ne comprends pas, ma voisine n'arrête pas de pleurer depuis le drame, mais elle ne connaissait personne». Je lui ai dit qu'il fallait peut-être l'écouter et aller voir comment elle va», explique Jean-Marc Richard, installé dans l'église Saint-François à Lausanne.
A ses côtés, des dizaines de personnes assises en cercle partagent leurs sentiments concernant la tragédie de Crans-Montana. La plupart ne sont pas directement concernées par les événements, mais elles ont ressenti «un besoin d'être entourées», explique Virgile Rochat, pasteur à la retraite.
Ne pas rester seule
Devant la table de communion de Saint-François, on arrange les chaises pour improviser un cercle de parole, une femme originaire de Pully raconte:
Son père enseignait à Champittet et tous les lieux concernés par le drame de Crans-Montana lui sont familiers. «Ce soir, je vais à un concert parce que j'avais besoin de me changer les idées. Mais quand j'ai vu que l'on pouvait passer ici pour discuter, je n'ai pas hésité».
Les langues se délient peu à peu, les participants, en majorité des femmes âgées, expliquent qu'elles sont parfois submergées par la tristesse. Dans les échanges, on relève la peine que peuvent avoir les familles face à la perte d'un enfant, des blessés et du courage pour «ceux qui restent».
Une autre retraitée prend le micro d'une voix tremblante:
Les témoignages se poursuivent et sont suivis parfois de longs silences, quelques personnes en pleurs sont restées sur les bancs de l'église.
Un besoin de rituel
«Dans ces moments dramatiques, nous remarquons que les gens ont un grand besoin de ritualité et tout à coup, on fait appel aux églises, car on se souvient qu'elles offrent cette ritualité», explique Timothée Reymond, pasteur à l'abbatiale de Romainmôtier.
Le pasteur raconte qu'à Epalinges, où vivaient plusieurs victimes, tous les soirs depuis dimanche, de nombreux jeunes se réunissent à l'église des Croisettes. «Ils écrivent des mots sur des feuilles, des cailloux, ils viennent pour se recueillir et être ensemble», raconte Timothée Reymond.
Dans le chœur de l'église, des mots sont accrochés sur un mur de pensées. Une prière pour Joaquin que ses amis n'oublieront pas, une pensée pour Luka et du courage envoyé à sa maman, un remerciement à Dieu pour avoir sauvé la vie de Victoria de la part de sa maman. Des mots de condoléances, des vœux de rétablissement et de nombreux «pourquoi» adressés au divin.
A cette question, point de réponse. «Dans notre société, nous arrivons à définir rapidement les causes réelles des événements, mais ce qui nous touche, c'est l'absurdité et le sentiment d'injustice», souligne Timothée Reymond. Il poursuit:
