Deux Romands ont gagné une île: «On ne pourra pas y vivre»
On appelle ça un coup de comm’ et il est magistral. Un astucieux braquage marketing perpétré en début d’année par Visit Sweden, qui a dégoupillé une opération offrant aux vainqueurs la possibilité de vivre toute une année sur une île de Suède encore inhabitée. Parmi les conditions de participation, il fallait être majeur, produire une vidéo de présentation et surtout «ne pas être milliardaire», car l’objectif est de goûter à «la forme la plus authentique de luxe: le calme et la tranquillité de la nature».
Exit Jeff Bezos, donc.
Par chance, Daniella et Jonathan ne sont pas milliardaires. Mais cette Genevoise et ce Vaudois de 28 ans ont déballé d’autres atouts pour finir par taper dans l’œil du jury. Car, oui, ce jeune couple romand vient de «gagner une île». Dès le 1er juin, Tjuvholmen, l’une des cinq terres inhabitées mises au concours, sera donc à leur entière disposition (ou presque).
Autant dire que Daniella a pris peur avant de sauter de joie: «Il va me dire quoi bon sang? Il est 22 heures, pourquoi veut-il qu’on marche pour discuter, ça ne peut être que grave». Une fois l’information digérée, il a fallu comprendre ce qu’ils avaient véritablement remporté.
Une île, oui, mais pour en faire quoi? Comment? Et à quelles conditions? C’est là que le rêve annoncé se complique (un peu). Même pour nos deux Romands très excités par le projet, qui ont non seulement un certain goût de l’aventure, mais aussi eu droit à l’une des rares îles boisées du lot.
Second coup de bol pour le couple, Tjuvholmen est situé dans les eaux libres du lac Vänern. Un petit paradis certes inhabité, mais «beaucoup plus facilement accessible que les autres îles, situées en mer Baltique», explique Daniella.
Last but not least, ils ne seront pas trop loin de la civilisation, puisque le très élégant château baroque de Läckö les regardera camper au milieu de rien. Car, oui, c’est bien de cela qu’il s’agit. (Les allergiques à Koh Lanta peuvent fermer l’article ici.)
Vous l’aurez compris, le couple n’a pas vraiment gagné une île. Parlons plutôt d’une sorte d’adoption en CDD, qui ressemble surtout à un grand terrain de jeu pour des créatifs amoureux de la nature: «Nous ne pourrons rien construire en dur et il sera évidemment interdit de perturber la faune et la flore», nous explique Jonathan.
Tjuvholmen, qui est l’une des 267 570 îles du pays (la plus forte concentration au monde), devra rester accessible au public en tout temps. «Nous aurons aussi la possibilité de demander un permis de pêche et de chasse», complète Daniella.
En clair: vous auriez tout à fait le droit d’y planter une tente pendant un mois ou deux, sans même avoir remporté le concours (2242 postulations tout de même).
Pourquoi c’est intéressant pour les deux Romands?
Le couple a déjà tout pour devenir gardiens d’une île déserte en Suède. Un emploi du temps malléable, une sensibilité à la nature très prononcée, une accointance avec les valeurs prônées par les pays nordiques, des road trips en van dès qu’ils en ont l’occasion et des projets personnels qui appellent à ralentir.
Passionnés par tout ce qui touche au bien-être et à la santé alternative, ils perçoivent déjà le potentiel de leur petite île en matière de laboratoire à idées. Quoi, par exemple? Ancien tennisman qui a tout lâché pour la vidéo et la création de contenu, Jo rêve d’expérimenter la survie en milieu hostile. Ancienne médecin qui a tout lâché pour cause de maladie, Dani rêve notamment d’y organiser des retraites de yoga.
Sans compter qu’ils ont quand même de sacrées bonnes bouilles et une aisance naturelle face à la caméra. De quoi raconter cette folle aventure sur les réseaux sociaux.
Voici la vidéo qui leur a permis de remporter le concours et l’île:
Car l’objectif de Visit Sweden est évidemment que les gagnants de ce concours causent, à leur manière, de la Suède. Une promotion originale qui ne coûte au final pas grand-chose, puisque Dani, Jo et les autres auront droit à un aller-retour sur leur île aux frais de l’Office du tourisme. Le reste? Faudra se démerder. «On verra bien une fois sur place, se réjouit la Genevoise. On devra construire nos propres toilettes déjà, mais le défi ne nous fait absolument pas peur».
Le grand départ est pour quand? «Déjà, il faut savoir qu’on ne pourra pas y vivre à l’année, puisqu’on ne peut rien construire. Nous allons donc partir à la fin de l’été une première fois, conclut Jo. Pour l’heure, on envisage de s’y rendre chaque saison, pour en profiter un maximum, notamment avec des amis, des artistes etc... Les projets ne manquent pas!»
Pas de quoi stresser: le couple d'insulaires a jusqu’au mois de mai 2027 pour transformer cette petite île en... grand avenir.
