Une décision de Berne révolte le cinéma suisse: «Un scandale»
L’Office fédéral de la culture (OFC) a supprimé à court terme l’un des quatre cycles de l’aide sélective au cinéma prévus en 2027, l’un des trois principaux fonds de soutien destinés aux professionnels du cinéma suisse. L’échéance de janvier a été annulée et la suivante a été avancée du 12 avril au 1er mars.
L’OFC justifie cette décision par une «évolution organisationnelle» de l’aide au cinéma. Dans un courriel adressé aux associations de la branche, il demande leur compréhension pour cette «mesure exceptionnelle». Le montant total des subventions, qui s'élève à environ 16,3 millions de francs, ne devrait toutefois pas changer.
Un «scandale» selon la branche
Le nombre de films soumis a fortement augmenté au cours des dernières années. A l’heure actuelle, seule une demande sur cinq reçoit une réponse favorable, contre deux sur cinq il y a encore quelques années. Cette décision provoque la colère de la branche cinématographique. Samir Jamal Aldin (connu sous le diminutif de «Samir»), cinéaste membre du comité de l’Alliance des producteurs suisses et coprésident de l’Académie du cinéma suisse, qualifie même cette annulation de «scandale»:
Il redoute que la concentration des demandes sur un nombre réduit de cycles n’accroisse la pression sur le personnel chargé de traiter les dossiers et sur les commissions d’experts. Pour les producteurs, manquer un cycle peut en outre entraîner plusieurs mois de retard, avec des conséquences sur le calendrier de tournage et le financement.
Les critiques de Samir dépassent toutefois la suppression de cette échéance. Il reproche aux deux personnes qui codirigent la section Cinéma depuis mars 2024, Nadine Adler Spiegel et Laurent Steiert, de réorganiser les structures d’encouragement sans échanger suffisamment avec la branche.
Un changement mal perçu
Nadine Adler Spiegel, responsable de l’aide sélective au cinéma au sein de la Confédération, veut réformer en profondeur les commissions d’experts qui évaluent le contenu des demandes. Jusqu’à présent, l'OFC les sélectionnait au sein d’un vivier de 44 spécialistes. Leur nomination pour un mandat de quatre ans était ensuite confirmée par le Conseil fédéral.
Selon Samir, la responsable du cinéma veut désormais constituer les commissions en combinant des membres permanents et des membres tournants. Contrairement à ce qui se faisait sous Ivo Kummer, son prédécesseur de longue date, les représentants de la branche seraient cependant trop peu associés à leur nomination.
Par ailleurs, des personnes expérimentées qui jouaient un rôle essentiel dans l’examen formel des demandes ne travailleraient plus à l’OFC et des engagements ont été faits dans le même temps. Samir poursuit:
Une version fortement contestée
La codirectrice de la section Cinéma, Nadine Adler Spiegel, conteste cette présentation des faits. Il est faux, selon elle, d’affirmer que la branche n’a pas été associée aux décisions. Quelques choix impopulaires ont certes été faits, comme la suppression de la possibilité de soumettre une deuxième demande dans le cadre du développement d’un scénario, mais affirmer que les représentants de la branche ne sont pas activement associés au processus décisionnel n’est pas justifié, estime-t-elle.
La suppression de l’échéance de dépôt n’a pas non plus de lien avec un manque de personnel au sein de la Confédération, assure-t-elle. L'OFC doit certes composer avec un départ à la retraite, un congé-maternité et un changement interne, mais il n’y a aucun poste vacant selon Nadine Adler Spiegel. Elle justifie la suspension de cette échéance par la mise en place d’une nouvelle équipe chargée du traitement des dossiers «de manière efficace et compétente»:
La réforme prévue des commissions a pris du retard en raison des discussions avec les représentants de la branche et n’a pas encore été mise en œuvre. L’année 2027 sera donc une année de transition. Un nouveau système, dont les modalités sont en cours d'étude avec la branche, sera introduit en 2028. Nadine Adler Spiegel conclut:
(btr/az)
