Après les couacs du Venoge, son directeur nous répond
Le Venoge Festival a soufflé ses 30 bougies cette semaine avec une édition qui a mis les petits plats dans les grands et, pour ouvrir les festivités, David Guetta. Mais tout n’a pas été aussi bien huilé que le show de la superstar française. Des problèmes techniques lors de la soirée «Remember Me», une eau parfois inaccessible sur le réseau, des vols et agressions ou encore les éternelles critiques autour du système cashless: on a fait le bilan avec le directeur du festival, Julien Finkbeiner.
watson: Pour les 30 ans du Venoge, vous aviez décidé de voir grand, avec cinq soirées et un budget de 6,5 millions de francs, soit un million de plus que l’année dernière. A chaud, quel bilan tirez-vous?
Julien Finkbeiner: C’est un bilan qui est au-delà de nos espérances. On a eu plus de 75 000 festivaliers, sous le soleil. Difficile de rêver mieux!
La soirée David Guetta, organisée avec QoQa, a été assez impressionnante en termes de production. Comment avez-vous travaillé pour accueillir un show de cette ampleur?
C’était la plus grosse production que le Venoge ait jamais organisée sur son site. Son show est énorme, il est dimensionné pour des stades, il fallait pouvoir accueillir toutes les exigences qu’un tel show impose.
Par rapport à ce qu’on fait habituellement, tout a été doublé ou triplé au niveau du son et des lumières. Pour les écrans LED, on était à plus de 500 mètres carrés, au lieu de nos 150 en temps normal. Ce soir-là, on a doublé la puissance électrique. C’était énormément de défis techniques.
Deux jours plus tard, en revanche, la soirée «Remember Me» a connu pas mal de couacs. Comment expliquez-vous une telle différence en 48 heures?
On ne maîtrise pas toujours la voix des artistes lorsqu’on les invite. Parfois, il y a aussi de petits défauts techniques. Et ce soir-là a effectivement été un peu plus compliqué. Il y a aussi une différence entre un show réglé pour des stades, avec des dizaines de personnes derrière la production, et des shows plus petits qui peuvent être plus difficiles à mettre en place techniquement.
Au-delà des couacs techniques, il y a aussi eu des imprévus ce soir-là, comme le retard de Gala ou le changement de scène de Fatal Bazooka à la dernière minute. Cette soirée vous a-t-elle échappé?
Non, pas du tout. Les autres artistes ont chanté sur leur bande-son, mais Gala était la seule à chanter avec des musiciens. C’est très rare d’avoir autant d’artistes qui s’enchaînent pendant 2 heures dans un festival. Habituellement, on dispose de 30 à 45 minutes pour installer l’équipement sonore d’un artiste. Là, nous savions qu’il faudrait environ 20 minutes pour Gala.
Pour Fatal Bazooka, c’est lui qui a décidé de changer de scène. Comme il n’avait pas beaucoup d’instruments, c’était possible, mais il nous a un peu pris de court. Après, évidemment, ce qui s’est passé ce soir-là n’est jamais ce que l’on souhaite proposer. On essaie toujours de bien faire et je crois que ça a été le cas les autres soirs. Jeudi, malheureusement, les pépins se sont enchaînés. On le regrette et on travaille pour améliorer tout cela.
Il y a également eu des problèmes d’eau, déjà relevés le mardi soir. Une festivalière m’a rapporté que jeudi, elle n’arrivait pas à remplir sa gourde sur le réseau d’eau. Au bar, lorsqu’elle a demandé de l’aide, on lui a expliqué que l’eau en bouteille était payante. Que s’est-il passé?
Nous sommes sur ce site au milieu des champs depuis quelques années et nous mettons en place notre propre réseau. Nous avons réalisé quatre batteries de tests ces dernières semaines. Les trois premières étaient positives, mais la dernière ne garantissait pas une eau potable à 100%. Nous avons donc dû fermer certains accès à l’eau, mais il y a toujours eu un point de distribution d’eau potable sur le site.
Parlons de la grande scène. Sa nouvelle configuration est très belle, mais lorsqu’elle est pleine, les passages sous les structures deviennent parfois des goulots d’étranglement. Des spectateurs disent ne pas avoir pu entrer et des cordons barraient parfois certains accès. Est-ce que sa capacité théorique correspond réellement à sa capacité pratique?
En nombre de mètres carrés, l’espace devant la grande scène pourrait accueillir jusqu’à 22 000 festivaliers. Nous nous sommes limités à 19 000 personnes par soir, donc il y a de la place. Ce qu’on a changé par rapport à l’année dernière, ce sont les points d’accès; nous les avons doublés, il y en avait plus de douze cette année.
Mais lorsqu’ils arrivent à la grande scène, la plupart des gens se dirigent d’abord vers le côté droit. C’est pour cela que nous fermons parfois certains accès de ce côté afin de faire entrer les gens par la gauche. Les cordons sont justement là pour orienter et répartir le public.
Mercredi soir, plusieurs festivaliers ont été victimes de vols et certains ont été aspergés de spray au poivre. Avec le recul, le dispositif de sécurité était-il suffisant?
Nous avons un dispositif avec plus de 80 personnes pour assurer la sécurité et effectuer les fouilles à l’entrée.
Malheureusement, un festival est aussi le miroir de la société. Il y a toujours quelques personnes mal intentionnées, plusieurs ont été interpellées et remises à la police, et des plaintes ont été déposées. Toutes les victimes ont été prises en charge sur place et personne n’a dû être hospitalisé.
Il y a un autre sujet sur lequel le Venoge est interpellé depuis des années: le cashless. Il faut payer deux francs pour activer la carte sur laquelle on charge de l’argent pour ensuite payer sur le site. Pourquoi faire supporter ce coût aux festivaliers?
Nous sommes sur un site au milieu des champs. Il y a tout un travail pour pouvoir exploiter ce terrain, notamment en matière d’électricité et de fibre optique. Nous sommes aussi dans un endroit qui n’est pas suffisamment couvert par tous les opérateurs pour pouvoir traiter normalement toutes les transactions par carte de crédit ou par Twint. Le risque serait que les gens ne puissent plus payer, ce qui serait encore plus problématique. Une partie des frais d’installation de cette solution technique est donc répercutée dans ces deux francs.
Après cette édition, qu’est-ce qui va changer en 2027?
On va continuer à travailler. Le festival a 30 ans, certes, mais cela ne fait que 5 ans que nous sommes sur ce site. Après les difficultés financières qu’on a connues, notamment en raison du Covid, nous avons testé de nouvelles configurations.
On en a trouvé une bonne en 2025, on l’a peaufinée en 2026 et on va continuer, notamment pour améliorer les flux de festivaliers. Nous avons désormais atteint une taille importante.
Est-ce que le Venoge va encore grandir ou avez-vous atteint une sorte de plafond?
On pourrait augmenter la capacité, mais ce n’est pas notre souhait. Nous avons décidé de la geler à 19 000 personnes sur le site. Maintenant, nous voulons offrir une bonne qualité d’accueil à tous. Il reste des adaptations à faire, mais le but n’est pas de grandir, c’est de faire mieux.
On a beaucoup parlé de ce qui n’a pas fonctionné. Malgré les critiques, qu’est-ce qui vous rend particulièrement fier de cette 30e édition?
Je trouve que, malheureusement, dans tout cela, on parle trop peu des artistes. Il y en a eu plus de 40 et nous avons vécu des moments fantastiques.
Il y a eu des performances fantastiques. Rilès, par exemple, mais aussi Mosimann, qui venait pour la cinquième fois. Pouvoir lui offrir la grande scène pour la clôture et le voir proposer un show magnifique, pointu, intelligent, avec beaucoup de finesse... La presse pointe les problèmes et oublie trop souvent qu’il s’agit avant tout d’un moment de partage entre des artistes et leur public. C’est ça que je veux retenir de cette belle édition anniversaire.
