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Droits humains

Esclavage à Genève: les Hinduja risquent cinq ans de prison

Esclavage à Genève: les Hinduja risquent jusqu'à cinq ans de prison

epa11401662 Ajay Hinduja (L) and his wife Namrata arrive with their lawyer Robert Assael at the court house for the resumption day of the trial against members of Indian billionaire family Hinduja, ch ...
Ajay Hinduja, son épouse Namrata et son avocat Robert Assaël. Keystone
A Genève, le procureur a requis des peines de prison de quatre à cinq ans et demi contre quatre membres de la richissime famille indienne jugée pour traite d'êtres humains. Le verdict sera prononcé vendredi.
17.06.2024, 21:1017.06.2024, 21:10

Le Ministère public a prononcé un réquisitoire sévère lundi au procès des quatre membres de la famille Hinduja accusés de traite d'êtres humains et d'usure par métier à Genève. Il a demandé des peines de prison allant de quatre ans et demi à cinq ans et demi. La défense a plaidé l'acquittement.

Le premier procureur Yves Bertossa a débuté par une comparaison: selon le budget de la famille, qui vit dans une villa à Cologny (GE), le montant dépensé pour les animaux de compagnie en 2014 était de 8584 francs alors que le salaire du personnel domestique se situait entre 220 et 400 francs par mois:

«Dans cette famille, on dépense davantage pour le chien que pour les employés domestiques. Ils ont fait tout ça pour économiser du fric»

Selon le Ministère public, ce procès est celui d'une famille multimilliardaire qui recrute du personnel en Inde pour le payer au lance-pierre:

«Et les prévenus, qui n'assument rien, ont tout fait pour échapper à ce procès»

Yves Bertossa a aussi rappelé la «situation asymétrique» de ces personnes qui n'avaient pas d'autres moyens de survie. Face à eux, il y avait la famille Hinduja, une des plus puissantes d'Inde: «on profite de la misère du monde», a-t-il lancé aux prévenus. Les passeports étaient «confisqués» et les employés étaient à la disposition de tous les membres de la famille, selon le premier procureur. L'abus de vulnérabilité ne fait, selon lui, aucun doute.

Créance de 3,5 millions

Il a requis une peine privative de liberté de 5 ans et demi à l'encontre du père, Prakash Hinduja (78 ans) et de son épouse Kamal (75 ans), tous deux absents pour des raisons de santé depuis le début de ce procès sous haute tension, et de quatre ans et demi à l'encontre de leur fils Ajay (56 ans) et de leur belle-fille Namrata (50 ans).

Une peine de trois ans, avec sursis partiel, a été requise à l'encontre du comptable de la famille, également sur le banc des prévenus, pour complicité. Tous sont accusés d'avoir exploité du personnel de maison durant une dizaine d'années, soit entre 2006 et 2018.

Le premier procureur a aussi demandé de prononcer une créance compensatrice de 3,5 millions de francs en faveur de l'Etat de Genève. Il justifie cette requête par le fait qu'un accord conclu jeudi dernier entre les parties ne dit pas un mot des salaires qui n'ont pas été payés. Il a aussi demandé de mettre les frais de procédure, soit un million de francs, à la charge des prévenus.

Réquisitoire «assommoir»

La défense a directement enchaîné avec les plaidoiries. Yaël Hayat, qui représente Ajay Hinduja, a d'emblée rappelé que devant le Tribunal correctionnel, il est question de «justice, et non pas de justice sociale». Elle a fustigé au passage un réquisitoire «excessif», «aux allures d'assommoir».

Son client n'a jamais participé au recrutement du personnel, une tâche logistique réservée aux femmes. Elle a appelé la cour à être dans la nuance et surtout à juger les prévenus individuellement.

Romain Jordan, qui défend la belle-fille Hinduja, a également plaidé l'acquittement. Lui aussi a fustigé le Ministère public qui, tel «un rouleau compresseur», vise à faire un exemple.

L'avocat a relevé des failles dans l'accusation qui a notamment passé sous silence des paiements en nature en plus des salaires en espèces. Il y a eu des billets d'avion payés, de la nourriture végétarienne à disposition en suffisance, des produits sanitaires fournis ou des frais médicaux payés. Selon la défense, les trois plaignants n'étaient pas isolés et pouvaient sortir de la villa.

Les plaidoiries se poursuivent mardi. Le verdict est attendu vendredi. (jch/ats)

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«Aujourd’hui, la Suisse est unie dans le cœur»: Parmelin prend la plume
Guy Parmelin s’exprime au nom du Conseil fédéral pour adresser ses condoléances aux proches des victimes de Crans-Montana. Il remercie les secouristes ainsi que les Etats venus en aide.
Permettez-moi, en cette période de profonde tristesse et de grande souffrance, de vous adresser, en toute humilité, quelques mots.

Au nom du Conseil fédéral, le gouvernement suisse, je tiens à exprimer mes plus sincères condoléances aux familles et aux proches des personnes décédées. A toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance de survivre à la catastrophe, mais qui ne sont désormais qu’au début d’un long et difficile chemin de guérison, nous adressons notre profonde compassion.

Je souhaite m’adresser tout particulièrement aux jeunes. Beaucoup des victimes étaient elles-mêmes jeunes, pleines de projets, d’espoirs et de rêves. Leur vie ne doit pas être réduite à la catastrophe, ni aux circonstances dans lesquelles elle s’est achevée. Elle doit être honorée pour ce qu’elle a été: une promesse, une énergie, une part de notre avenir commun.

Nous devons aux personnes touchées, aux familles et aux proches le respect, la mémoire – et l’engagement de tout mettre en œuvre pour qu’une telle catastrophe ne se reproduise pas. La justice examine actuellement dans quelle mesure des prescriptions de sécurité ont été enfreintes et en tirera les conséquences. C’est ce que nous devons aux victimes et à leurs proches.

Je tiens également à rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont apporté leur aide, sous des formes diverses. A la police, aux nombreux services de secours et aux sapeurs-pompiers de milice qui ont risqué leur vie lors d’opérations de sauvetage dangereuses et éprouvantes. Et à l’ensemble du personnel médical, dans les hôpitaux en Suisse comme à l’étranger, qui s’occupe depuis des jours, sans relâche, des nombreux blessés graves.

Dans le grand malheur qui nous a frappés et qui — j’ose l’affirmer avec force — a fait de toute la Suisse une communauté unie dans le deuil, nous avons, pour un temps, la possibilité d’être ensemble afin de partager le poids de cette épreuve. Cette solidarité ne rendra pas la charge plus légère, mais si elle peut ne serait-ce qu’un peu contribuer à apaiser la douleur, alors elle trouve pleinement sa raison d’être.

Il est évident qu’aucun pays ne peut affronter seul de telles situations exceptionnelles. La Suisse a donc, conformément aux mécanismes internationaux prévus, sollicité un soutien, après que plusieurs Etats ont proposé leur aide. Des patientes et des patients souffrant de brûlures extrêmement graves ont ainsi pu être transférés des hôpitaux suisses vers des cliniques spécialisées dans le traitement des grands brûlés, dans différents pays européens. Ils y reçoivent les meilleurs soins possibles. Ces traitements dureront des mois, ce qui représente une charge supplémentaire pour les proches. Au nom de la Suisse, je remercie l’ensemble des pays concernés pour leur solidarité.

Aujourd’hui, la Suisse est triste. Mais aujourd’hui, la Suisse est aussi unie dans le cœur. Unie dans le deuil, unie dans le soutien, unie dans la détermination à comprendre et à protéger.

(Ce texte a été publié dans la Schweizer Illustrierte, puis partagé au groupe CH-Media. Il a été adapté de l'allemand par watson)
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