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Les socialistes Baptiste Hurni et Olga Baranova croisent le fer.
Les socialistes Baptiste Hurni et Olga Baranova croisent le fer.Image: Montage watson
Duel

Confinement, vaccin obligatoire ou les deux? Le débat!

Coup de théâtre: l'Autriche reconfine et envisage une vaccination obligatoire pour février. En Suisse, ces scénarios ne semblent pour l'heure pas envisagés. Pourtant, la question se pose. Débat.
20.11.2021, 08:0321.11.2021, 17:33
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En Autriche, les choses vont vite. Les non-vaccinés sont déjà confinés; c'est désormais le tour de toute la population. Dès lundi. Mesure plus radicale encore: une vaccination obligatoire est prévue par le gouvernement pour fin février. En Suisse, le débat sur la vaccination obligatoire, bien qu'ancien, paraît tabou – et peu de personnes ne veulent entendre parler de reconfinement.

Après de nombreux coups de sonde, nous nous sommes aperçus que le Parti socialiste (PS) était particulièrement divisé sur cette question, tout comme leurs cousins des Verts. Place au débat entre Olga Baranova, membre du PS genevois, et Baptiste Hurni, conseiller national neuchâtelois.

1. La vaccination obligatoire générale est interdite en Suisse. Mais ne faudrait-il pas relancer le débat vu les circonstances?

Olga Baranova: Clairement. Les vaccins se sont avérés efficaces alors que le virus continue à tuer, à pousser le personnel de santé au bout, à impacter massivement tous les domaines de la vie. Nous mourons de soif alors que la bouteille d’eau est à portée de main. J’ai envie de dire que c’est le dernier moment pour passer de la phase «d’observation» à la phase où l’on prend enfin des mesures. L’argument principal pour retarder les mesures semble être actuellement que notre situation est moins désastreuse que celle de l’Allemagne ou de l’Autriche – alors que c’est maintenant que l’on devrait agir pour éviter d’arriver à leur niveau de crise! Si la vaccination obligatoire peut s’inscrire dans un train de mesures cohérentes à court et long terme, je n’ai rien à y redire. Je constate avec une certaine tristesse que le processus d’apprentissage qui aurait dû s’installer pendant la crise peine à porter ses fruits.
Baptiste Hurni: Aujourd’hui, les circonstances en Suisse ne justifient pas, de mon point de vue, une mesure aussi drastique. D’une part, la situation est moins grave qu’en Autriche. D’autre part, notre système hospitalier est certes sous tension, mais pas au bord de l’implosion comme l’automne passé. Dans cette crise, l’enjeu majeur est l’adhésion de la majorité la plus large possible de la population aux mesures sanitaires. Pour y parvenir, l’autorité doit faire systématiquement la pesée des intérêts entre la limitation qu’elle veut imposer et son effet. La vaccination obligatoire est une atteinte importante à la liberté, puisqu’elle touche à l’intégrité physique. Il ne faut y recourir qu’en dernier recours. Aujourd’hui, clairement, la Suisse a d’autres solutions à disposition. Cela dit, cette crise nous a appris à être modeste. Ce qui est vrai aujourd’hui peut changer demain. Mais j’espère sincèrement qu’on n’arrivera jamais à un tel procédé.

2. L'Autriche reconfine aujourd'hui et annonce que la vaccination sera obligatoire pour tous dès février. On croit rêver, non?

Olga Baranova: La situation en Autriche est dramatique: le taux de vaccination est à peine plus bas que celui de la Suisse et les mesures sanitaires adoptées jusqu'à présent se sont avérées insuffisantes. Pour le gouvernement, déstabilisé par les scandales autour de l’ancien chancelier Sebastian Kurz, c’était le dernier moment pour montrer à la population qu’il est toujours capable d’agir. L’annonce de rendre la vaccination obligatoire dès février 2021 n’aura pas d’effets sur la vague Covid en cours, mais elle a le mérite de montrer un certain volontarisme face à une crise majeure hors de contrôle.
Baptiste Hurni: C’est une mesure extrême qui répond à une situation épidémiologique qui, en Autriche, est aussi extrême. Avec 15 000 nouveaux cas par jour pour une population à peine plus élevée que celle de la Suisse et des hôpitaux qui sont au maximum de leur capacité, il convenait d’avoir une réaction forte. Le gouvernement a choisi les mesures les plus dures qu’il avait à disposition, à savoir non seulement le confinement immédiat, mais aussi la vaccination obligatoire.

3. La vaccination obligatoire, n'est-ce pas justement une alternative au confinement? Une atteinte à l'intégrité physique plutôt qu'une atteinte à notre esprit et à nos libertés sociales?

Olga Baranova: Non. Le confinement tel que nous l’avons vécu lors de la première vague a pour effet de ralentir rapidement la transmission du virus, alors que la vaccination met plus de temps à devenir efficace, mais son effet est durable. Les deux mesures peuvent d’ailleurs être liées: il y a l’hypothèse selon laquelle les vaccinés auraient moins de peine à accepter un nouveau confinement si à la sortie de celui-ci, le taux de vaccination progressait suffisamment pour empêcher une nouvelle vague.
Baptiste Hurni: L’Autriche a choisi le confinement immédiat pour 20 jours et la vaccination obligatoire dès le mois de février 2022. Les mesures ne se superposent donc pas. Néanmoins, il est vrai qu’un taux extrêmement élevé de vaccination doit permettre de réduire les limitations et, à l’inverse, un faible taux de vaccination implique soit des limitations de la liberté, soit une explosion du système hospitalier avec son cortège de décès et de drame.

4. Cette actualité autrichienne, c'est du pain béni pour les antivax et les anti-mesures sanitaires, non?

Olga Baranova: Ce qui me préoccupe, c’est la majorité vaccinée, consciente des enjeux et malheureusement bien plus calme, qui est en train d’assister bouche bée à la politique qui vise à ne surtout pas froisser celles et ceux qui refusent en bloc la science, la solidarité et, in fine, la société. Le droit à l’égoïsme fait certainement partie intégrante de nos démocraties libérales, mais lorsqu’il met en danger d’une manière aussi importante autrui, je me dis que l’on n’a pas d’autre choix que de le restreindre, du moins provisoirement.
Baptiste Hurni: Il n’y a pas de pain béni dans cette crise sanitaire ou d'occasion de se donner à cœur joie. Les mesures que l’Autriche a prises sont encore une fois extrêmes car la situation y est extrêmement préoccupante. Si les opposants à la loi Covid voulaient prendre l’Autriche comme exemple, ce ne serait pas honnête, car encore une fois la Suisse vit une situation différente et si les courbes d’infections remontent actuellement, ce qui n’a rien d’étonnant avec la vague de froid, cela n’imposera encore et toujours des mesures supplémentaires que si le système sanitaire menace de s’effondrer.

5. Le Covid est-il en train de redistribuer toutes les cartes politiques?

Olga Baranova: Je ne suis pas de cet avis. La croissance des inégalités ou le refus de l’évidence scientifique étaient déjà sur la table avant le Covid. La crise sanitaire a renforcé et mis en lumière différentes crises déjà présentes. Peut-être obligera-t-elle les partis politiques et les décideurs à aiguiser leurs profils. Ce qui restera effectivement – aussi politiquement – de ce traumatisme, seul l’avenir le montrera. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que cela ne restera de loin pas la seule crise du siècle en cours.
Baptiste Hurni: Le Covid est une épidémie grave, un risque pour la santé de toute la population. Nous devons faire preuve d’opiniâtreté, de rigueur et de sérieux dans sa gestion. Les solutions simplistes ou miracles n’existent pas. Je ne crois pas que cette crise modifiera profondément les rapports politiques, à tout le moins tant que la population soutient majoritairement les mesures. C’est pour cela qu’il faut être extrêmement soucieux de toujours faire la pesée des intérêts avant une nouvelle mesure. Les solutions qui n’emporteraient pas l’assentiment général risque d’ajouter une crise politique à une crise sanitaire. Et nous n’en avons vraiment pas besoin.

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source: sda / jonathan hayward
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Avant que Samuel Eto'o ne devienne candidat à la Fédération africaine de football, beaucoup d'anciens athlètes ont embrassé une carrière politique (surtout au PLR 😜), où ils ont capitalisé sur leur esprit de compétition et leur résistance au stress. Quatre d'entre eux témoignent de deux mondes qui se ressemblent, pour le meilleur et pour le pire.

Quand on leur demande si un bon sportif fait forcément un bon politicien, ils répondent un peu gênés que ce n'est pas toujours le cas, qu'il n'y a pas de règle universelle en la matière, mais tous conviennent aussi que leur expérience de champion leur a donné des outils précieux pour la chose politique. «Abnégation, goût de l'effort, esprit de compétition, acceptation des règles et de la défaite», dresse Philippe Leuba, conseiller d'Etat et ex-arbitre de football, avant d'ajouter, non sans malice: «Et la plus grande compétence de toutes: la capacité à surmonter les critiques des médias!».

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