Suisse
Ecologie

Pour l’EPFL, il faut sortir des énergies fossiles en dix ans

Pour ce chercheur de l’EPFL, il faut sortir des énergies fossiles en dix ans

Face aux risques d’effondrement écologique, le chercheur de l’EPFL Sascha Nick plaide pour une transformation profonde du territoire et de nos modes de vie.
31.05.2026, 16:2631.05.2026, 16:26
Les Ecoles polytechniques f�d�rales, comme celle � Lausanne, b�n�ficieront de 50 millions de francs de plus en 2025, a d�cid� le Parlement (archives).
Il défend notamment une sortie rapide des énergies fossiles et des quartiers où tous les services essentiels seraient accessibles à pied.Keystone

Sascha Nick travaille au Laboratoire d'économie urbaine et de l'environnement de l'EPFL. Depuis longtemps, le chercheur s'inquiète du poids que fait peser notre mode de vie sur les écosystèmes. Ses travaux l'amènent à plaider pour un changement de cap drastique. Ses efforts portent notamment sur le réaménagement du territoire.

L'urgence est là et il n'est plus temps d'attendre. Si l'on ne fait rien et que l'on continue à tout voir sous le prisme de la croissance économique, alors «nous nous dirigeons vers un effondrement certain», explique Sascha Nick à l'agence Keystone-ATS. La destruction de l'environnement se poursuivra, menaçant l'avenir de l'humanité.

«Je crains notamment une défaillance de production alimentaire qui se produirait sur deux ou trois continents simultanément», avertit le scientifique, qui est physicien de formation. Les conséquences d'un tel phénomène seraient terribles, avec l'apparition de famines, de guerres et des déplacements forcés de populations.

«Il y a de quoi se faire du souci, mais cela ne doit pas nous empêcher d'agir»
Sascha Nick

Alors que des solutions pour réduire le trafic aérien, par exemple, nécessiteraient des discussions internationales, d'autres mesures pourraient parfaitement être mises en oeuvre localement.

Critère d'accessibilité

En ce moment, Sascha Nick et son équipe travaillent sur un modèle d'aménagement du territoire en Suisse qui permettrait de limiter les longs déplacements. Un indicateur mesurant l'accessibilité a été développé. Allant de 0 à 100, il varie en fonction de la distance à parcourir pour accéder depuis chez soi à 10 services essentiels.

Pour l'ensemble de la population suisse, l'accessibilité moyenne est actuellement de 40. Elle est très bonne dans les grandes et petites villes, où elle tourne autour de 80. En revanche, elle est très mauvaise ailleurs, oscillant entre 0 et 10. Dans ces lieux, il est impossible d'éviter de fastidieux trajets, souvent motorisés.

L'ambition du chercheur serait de «transformer toute la Suisse» en concevant des quartiers d'habitations où tout serait accessible à 8 minutes à pied maximum, soit un score supérieur à 60.

«C'est un enjeu majeur d'inclusion sociale, de santé et d'écologie»

En matière de coûts, la société serait également gagnante.

Rénovation toute

Selon Sascha Nick, cette transformation pourrait se faire sans construire un seul nouveau bâtiment. Elle serait réalisable en misant uniquement sur la rénovation et la reconfiguration des constructions. Pour loger plus de personnes, il faudrait par exemple offrir plus de parties communes dans les immeubles d'habitation.

En s'occupant chaque année de 6% du parc immobilier, «le pays serait rénové en 15 ans», souligne le chercheur. Si l'on repensait l'aménagement d'une commune comme Confignon (GE) avec ces critères, l'indicateur d'accessibilité bondirait de 48 à 78. Pour le canton de Genève, on pourrait arriver à 78, au lieu de 59 aujourd'hui.

Ce programme de recherche est soutenu par l'Office fédéral de l'énergie. Des immeubles mieux isolés, des déplacements moins longs, c'est aussi une manière de renforcer la sécurité énergétique de la Suisse en réduisant sa dépendance aux importations d'énergies fossiles.

Se passer des énergies fossiles

S'il devait faire une recommandation, Sascha Nick prendrait des mesures radicales. «Je fixerais un cap clair: une sortie des énergies fossiles d'ici à 10 ans», indique-t-il. Une échéance couperet qui devrait inciter à la construction d'installations d'énergies renouvelables. «Refuser des éoliennes impliquerait d'accepter une consommation d'énergie plus faible, surtout en hiver».

Le chercheur décréterait aussi un moratoire sur toutes les nouvelles constructions. Une façon de pousser les métiers du bâtiment à se concentrer sur les rénovations et les isolations d'immeubles existants. Au niveau alimentaire, il préconiserait une sortie rapide des méthodes de production agroindustrielles.

La nouvelle société imaginée par le chercheur serait moins mondialisée, moins mobile, «tout en atteignant une meilleure qualité de vie, plus de santé et plus de résilience». Aux yeux de Sascha Nick, les besoins humains sont plutôt sociaux. Mieux y répondre augmenterait le bien-être de tous. (dal/ats)

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