Raiffeisen licencie «de manière brutale» et ça inquiète
Raiffeisen a toutes les raisons de se réjouir. Avec près de 660 millions de francs, le groupe bancaire a réalisé le deuxième meilleur bénéfice semestriel de son histoire, après celui de 2023. Il y a une semaine, le nouveau patron de Raiffeisen, Gabriel Brenna, avait d’ailleurs fait de ce «très bon» premier semestre son principal message. Dans le même temps, la banque annonçait la suppression de 180 postes, une information toutefois nettement moins mise en avant que les bons résultats. Elle était reléguée dans l’avant-dernier paragraphe d’un long communiqué de presse.
Les collaborateurs concernés au siège de Raiffeisen ont été informés encore plus tard. Ce n’est que dans l’après-midi qu’ils ont appris personnellement l’existence de ces suppressions de postes, comme Raiffeisen le confirme désormais à CH Media, éditeur de watson. La banque organisée sous forme de coopérative justifie cette manière de procéder, peu respectueuse de son personnel, par les «règles relatives à l’obligation de publicité événementielle» de la Bourse suisse.
Raiffeisen doit «tenir compte des restrictions qui en découlent», explique son porte-parole Jan Söntgerath. Selon la banque, il n’aurait donc pas été permis d’informer les collaborateurs à l’avance ni de leur accorder un traitement particulier.
L’Association suisse des employés de banque (Aseb) confirme elle aussi le déroulement des faits. Les collaborateurs avaient certes été conviés à l’avance à une séance d’information prévue le mercredi après-midi, indique-t-elle. Mais le communiqué de presse a été envoyé dès le mercredi matin. «Nous partons du principe que de nombreux collaborateurs ont d’abord appris la mauvaise nouvelle à la radio ou par une notification push sur leur téléphone», regrette Michael von Felten, président de l’Aseb. Avant d'ajouter:
L’association craint que «cette manière brutale de procéder devienne la nouvelle culture chez Raiffeisen». «Cela m’inquiète vraiment.»
«Jusqu’à 70 licenciements» chez Raiffeisen Suisse
Au total, environ 8% des quelque 2300 postes à plein temps du siège doivent être supprimés. La banque refuse toujours de préciser quels départements seront concrètement touchés. Elle ne veut pas non plus indiquer comment les suppressions de postes seront réparties entre Saint-Gall et Zurich, les deux principaux sites de Raiffeisen. Les décisions concernant le personnel ont pourtant été prises depuis longtemps. Selon des informations provenant de l’intérieur du deuxième établissement financier de Suisse, une liste de suppressions de postes comportant plus de 100 noms circulerait même en interne.
Selon les informations disponibles, de nombreux collaborateurs âgés figureraient également sur cette liste. Michael von Felten confirme:
Toutes les personnes figurant sur la liste ne devraient cependant pas être licenciées. «Jusqu’à 70 licenciements seront nécessaires», indique le porte-parole de la banque, Jan Söntgerath. Plusieurs collaborateurs de Raiffeisen devraient donc être poussés vers une retraite anticipée. Celle-ci est possible «à partir de 58 ans», précise le porte-parole. C’est ce que prévoit le plan social conclu avec la commission du personnel et l’association des employés de banque.
Une chose est sûre: Raiffeisen va vite. Toutes les personnes concernées devraient être fixées sur leur sort d’ici la fin de la semaine, selon des sources internes. Jan Söntgerath confirme que «les collaborateurs concernés par un licenciement seront informés au plus tard début septembre».
Un processus de suppressions de postes secret
Les collaborateurs sont donc placés devant le fait accompli. En coulisses, le plan de suppressions de postes était toutefois en préparation depuis longtemps. «Nous en avons eu connaissance en mai 2026», explique Michael von Felten. C’est également à ce moment-là que la procédure de consultation prévue par la loi a été menée. «La procédure s’est toutefois déroulée de manière confidentielle, ce que nous regrettons vivement et que nous avons critiqué à plusieurs reprises auprès de Raiffeisen Suisse», poursuit-il. Manifestement sans grand succès.
De manière générale, l’Association suisse des employés de banque juge ces suppressions de postes «très problématiques», explique Michael von Felten. Avant d'enfoncer le clou:
Le groupe Raiffeisen se défend toutefois et souligne que, même en tant que coopérative, il a «l’obligation» de «se développer et de s’organiser de manière durable afin de rester compétitif à long terme». Il incombe en outre à toute entreprise d’examiner régulièrement ses structures organisationnelles et, si nécessaire, de les réorienter. (trad. hun)
