La méthode Poutine se répand et menace le portefeuille des Suisses
Les années 2020 semblent de plus en plus avoir marqué un tournant, avec une inflation et des taux d’intérêt plus élevés qu’au cours de la décennie précédente. Une époque où le coût de la vie de chacun dépend des conflits et des crises. L'instigateur de cette nouvelle ère s'appelle Vladimir Poutine. Pour refaire de la Russie un empire, il a attaqué l’Ukraine en 2022.
Dès le début, le président russe s’est attaqué au portefeuille des Européens. Son but: suspendre le soutien de Bruxelles à Kiev. Il a coupé l’approvisionnement en gaz, augmentant son prix et provoquant une crise énergétique. Il s'est ensuite attaqué à l'électricité et à l'alimentation. En Allemagne, le prix du pain a augmenté de 30% en deux ans.
Poutine a bouleversé les budgets des ménages occidentaux, ce qui lui a permis de se moquer des «Européens lambdas» lors d’un forum à Moscou. Selon lui, ils payaient désormais leur énergie trois fois plus cher. Il ironisait alors:
La tentative de chantage de Poutine a aggravé le choc provoqué par la crise du Covid. L’inflation a atteint des niveaux records. Puis elle a rapidement reculé. En 2025, elle est revenue à 2% dans la zone euro. La situation semblait donc à nouveau sous contrôle, comme avant la pandémie. Un retour en arrière paraissait possible.
Mais les agissements d'un certain Donald Trump ont laissé craindre un tout autre scénario.
Les Etats-Unis paient le prix des droits de douane
Le 2 avril 2025, le milliardaire républicain a imposé des droits de douane massifs au monde entier. Aussi bien à une île exclusivement peuplée de manchots qu’à l’Union européenne (UE), pourtant alliée des Etats-Unis, ou encore à la Suisse. Il promettait alors de réduire ces taxes seulement en échange de contreparties: des investissements européens aux Etats-Unis à hauteur de 600 milliards de dollars. Et d'affirmer:
Avec ses droits de douane, Trump menaçait en théorie l’économie européenne. Mais, au final, ce sont moins les Européens que les consommateurs américains eux-mêmes qui ont trinqué, à hauteur de 90 à 96%, selon certaines estimations.
Les Américains ont notamment subi une inversion de tendance sur les voitures, les meubles ou l’électronique. Auparavant, le prix de ces produits baissait constamment; après l'introduction des droits de douane, ils ont recommencé à augmenter. C’est pour cette raison, entre autres, que l’inflation américaine a passablement grimpé en 2025: entre 0,5 et 0,8 point de pourcentage selon les estimations.
Dans l’ensemble, toutefois, le grand choc inflationniste mondial n’a pas eu lieu. L’inflation et les taux d’intérêt ont renoué avec leurs niveaux historiquement bas d’avant les crises combinées du Covid et du déclenchement de la guerre en Ukraine. L’espoir d’un retour à l’ancienne normalité subsistait. Puis une nouvelle crise est arrivée.
Le détroit d'Ormuz dans toutes les têtes
Dans la guerre avec l’Iran, c’est désormais Trump qui se retrouve sous pression, entraînant les consommateurs européens dans sa tourmente. Téhéran contrôle en grande partie le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitaient jusque-là 20% de l’offre mondiale de pétrole. Le prix du baril n’a certes pas grimpé jusqu’aux 200 dollars redoutés, mais il dépasse largement les 100 dollars, et cela suffit à alimenter l’inflation mondiale.
En Suisse, îlot de stabilité, les hausses restent comme d’habitude plus contenues. Mais tout de même, l’inflation annuelle a fini de stagner: elle atteint désormais 0,6%. Dans la zone euro, on parlait de 3% en avril, selon une première estimation. Son plus haut niveau depuis l’automne 2023. C’est toutefois aux Etats-Unis qu’elle est actuellement la plus forte, et cela agite les marchés financiers.
En avril, les prix étaient supérieurs de 3,8% à ceux de l’année précédente, selon les derniers chiffres publiés. L’inflation connait ainsi son niveau le plus élevé depuis trois ans. A l’époque, elle reculait encore. Désormais, elle repart à la hausse.
Du jamais vu depuis 2007
Cette situation inquiète les investisseurs. Les Etats-Unis en ont fait l’expérience directement après la publication du taux actualisé. Lorsque le ministère des finances a émis une obligation d’Etat à 30 ans, les investisseurs ont soudain exigé un rendement de 5%, rapporte le Financial Times, soit un niveau inédit depuis 2007.
Tout cela est lié à la crise iranienne. Trump se retrouve sous pression, et sa popularité dégringole toujours davantage. La géopolitique et le coût de la vie se percutent de plein fouet.
On constate des phénomènes similaires en Europe, et dans une moindre mesure en Suisse. En Allemagne, le rendement des obligations d’Etat à dix ans n'a jamais été aussi haut depuis 2011. En Suisse, ce taux a plus que doublé par rapport à février.
Agacés, les investisseurs réclament des rendements plus élevés, ce qui renchérit les hypothèques. En Europe comme aux Etats-Unis, les banques centrales n’ont pourtant pas relevé leurs taux directeurs. Malgré cela, la réalité décrite en une du Financial Times au début de la semaine s’impose:
Tout porte donc à croire, provisoirement au moins, que la forte inflation de la première moitié des années 2020 n’était pas un simple accident de parcours. Elle pourrait bien devenir la nouvelle norme.
(Traduit et adapté par Valentine Zenker)
