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Bourse: ces opérations douteuses se multiplient et questionnent

Il y a trois semaines, la première entreprise industrielle américaine depuis trois décennies a fait son entrée en bourse.
Les marchés financiers enregistrent des records, malgré l'instabilité géopolitique et économique mondiale.Image: Bloomberg

Ces signes pointent vers «la plus grande bulle boursière de tous les temps»

Malgré l'abondance de problèmes économiques, politiques, sociaux et écologiques, les bourses célèbrent des records. Cette ambiance irrationnelle encourage les spéculations les plus effrontées.
07.05.2026, 20:5307.05.2026, 20:53
Daniel Zulauf

Il ne se passe pratiquement pas un jour sans qu'une interview vidéo du vétéran des marchés Jeremy Grantham ne surgisse quelque part, dans laquelle il livre, aussi aride et dénué d'humour qu'une déclaration d'impôts, son analyse sombre de l'état actuel des marchés financiers. Selon lui:

«Nous sommes dans la plus grande bulle boursière de tous les temps»

Le Britannique de 87 ans se définit lui-même comme un «perma-ours» (réd: un investisseur anticipant des baisses), ainsi qu'il se désigne dans son autobiographie parue en janvier.

Contrairement au pergélisol, les perma-ours dégèlent lorsque les températures sur les marchés actions se refroidissent, et se pétrifient lorsque le thermomètre a dépassé un certain seuil. Mais Jeremy Grantham apparaît en réalité quasi toujours dans les médias sous les traits d'un alarmiste. Mettre en garde fait partie de son modèle d'affaires.

Jeremy Grantham est cofondateur et stratège en chef de la société d'investissement GMO, basée à Boston.
Jeremy Grantham est cofondateur et stratège en chef de la société d'investissement GMO, basée à Boston.Image: Bloomberg

L'homme est un investisseur «value». En tant que directeur des investissements de la société de fonds GMO, qu'il a lui-même cofondée en 1977 et dont le siège se trouve à Boston, Jeremy Grantham est en quête permanente d'actions dont la valeur intrinsèque est supérieure au cours boursier. Cela lui a certes valu richesse et renommée, cependant, l'imiter est, par expérience, rarement payant.

Les signes d'une bulle boursière massive

On peut néanmoins apprendre beaucoup d'anciens maîtres comme lui. Jeremy Grantham a expliqué, dans l'une de ses nombreuses interviews, qu'un indicateur de bulle boursière se révèle notamment lorsque les cours d'actions de la vieille économie, comme Coca-Cola, recommencent soudainement à progresser plus vite que les valeurs vedettes de la nouvelle économie numérique. Ce serait le signe que les investisseurs ne dansent plus sur le parquet boursier parce qu'ils sont d'humeur à faire la fête, mais simplement parce que la musique continue de jouer.

La remarque n'était bien sûr pas sans fondement: depuis six mois, les actions Coca-Cola, avec une hausse de cours de 15%, devancent nettement Nvidia (1%), Apple (5%), Meta, anciennement Facebook (-2%), ou Amazon (12%) et d'autres supervaleurs qui donnent le tempo aux bourses mondiales depuis des années. Jeremy Grantham affirme que le problème ne réside pas dans les modèles d'affaires des entreprises numériques, mais dans les masses d'argent qui y ont été investies.

A l'époque victorienne, lorsqu'éclata en Angleterre le grand boom ferroviaire, pas moins de six lignes différentes auraient été planifiées entre les deux villes industrielles de Manchester et Leeds, cite Jeremy Grantham en s'appuyant sur l'histoire dans un entretien avec le quotidien britannique Telegraph. Il analyse le parallèle:

«Une seule ligne aurait suffi. Deux n'auraient pas encore été un désastre. Mais lorsqu'il y en a davantage, tous les investisseurs perdent leur argent, même ceux qui avaient investi en premier. Et ils l'ont perdu.»

Un possible exemple de manipulation du marché

L'affaire des actions Coca-Cola n'est peut-être que coïncidence. Toutefois, on peut également observer dans l'activité boursière actuelle d'autres transactions singulières, qui présentent un caractère éminemment spéculatif, voire manipulateur, et s'inscrivent comme un gant dans la théorie de la bulle de Jeremy Grantham.

Il y a une semaine, la société d'analyse américaine Grizzly Research a lancé une attaque virulente contre la société d'investissement et gestionnaire de fortune zougoise Partners Group, dont les actions figurent dans le Swiss Market Index des entreprises les plus valorisées de la bourse suisse.

Grizzly Research affirme que Partners Group opère avec de graves erreurs d'évaluation dans ses investissements au sein des fonds Evergreen ouverts aux investisseurs privés, ce qui constituerait une menace sérieuse pour le modèle d'affaires de l'entreprise et sa santé financière à long terme. Partners Group a répliqué sans délai: les affirmations seraient légères, diffamatoires et hautement trompeuses.

Cours de l'action Partners Group Holding AG sur une année complète.
Cours de l'action Partners Group Holding AG sur une année complète.Image: TradingView

Les échanges sont toujours aussi vifs lorsqu'un vendeur à découvert professionnel comme Grizzly Research prend une entreprise pour cible. Les vendeurs à découvert gagnent de l'argent lorsque les cours des actions qu'ils ont sélectionnées baissent. Ils ont donc un intérêt intrinsèque aux mauvaises nouvelles. Les vendeurs à découvert connaissent typiquement leurs heures de gloire en période de surchauffe boursière, lorsqu'il faut peu de chose pour rendre les investisseurs nerveux.

En ce sens, Partners Group est une proie rêvée: avec ses engagements en «private credit» dans une sorte de marché du crédit parallèle en dehors du système bancaire, l'entreprise est exposée dans un secteur actuellement en surchauffe.

Ce sont là des ingrédients qui attirent les vendeurs à découvert. Grizzly Research a, toutefois, manifestement présumé de ses forces. L'analyse, dont on attendrait de tels acteurs qu'elle soit particulièrement méticuleuse et précise, serait «fortement construite» et en partie «manifestement fausse et trompeuse», selon deux analystes boursiers cités par le média spécialisé suisse Finanz und Wirtschaft (Finance et économie, en français).

L'effondrement des cours escompté ne s'est pas produit. Il semble donc que Grizzly Research ait simplement tenté de faire du bruit à court terme pour conclure rapidement une opération.

La panique de la dernière chance

Le calcul par lequel le revendeur de jeux vidéo Gamestop entend financer le rachat d'eBay pour 56 milliards de dollars semble lui aussi bien superficiel et quelque peu manipulateur. Cinq ans après sa quasi-faillite, Gamestop ne dispose toujours pas d'un modèle d'affaires capable de générer suffisamment de revenus pour une telle acquisition.

En revanche, grâce à sa fidèle base d'actionnaires, dont beaucoup se considèrent comme des pirates de la bourse, l'entreprise dispose de quelques milliards de dollars en liquidités et surtout d'actions très fortement valorisées, qu'il est urgent de convertir en un modèle d'affaires viable.

Il n'est pas nécessaire d'être un perma-ours comme Jeremy Grantham pour constater que la panique de la dernière chance s'est emparée des bourses de toutes parts.

*The Making of a Permabear: The Perils of Long-Term Investing in a Short-Term World, Jeremy Grantham et Edward Chancellor, Grove.

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Depuis le début de la guerre en Iran, les courtiers en bourse suivent eux aussi de près l'évolution du prix du pétrole.Image: Bloomberg
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