Les Suisses sont piégés par une inégalité du marché immobilier
Contrairement à une idée répandue, la situation immobilière ne s’est pas dégradée pour tous. Entre 2016 et 2025, les salaires ont progressé de 8,4%, alors que les loyers des locataires déjà en place n’ont augmenté que d’environ 5%. Pour ces ménages-ci, la charge du logement est donc restée globalement stable.
Mais le constat est tout autre pour les nouveaux arrivants ou ceux qui souhaitent déménager, écrit le quotidien genevois Le Temps. Sur dix ans, les loyers proposés sur le marché ont bondi d’environ 17%. En 2025, ils dépassent en moyenne de 10,5% ceux des baux existants. Cette différence crée un véritable marché à deux vitesses, entre locataires installés, relativement protégés, et nouveaux entrants confrontés à des prix nettement plus élevés.
Genève, cas extrême de l'immobilier
Les écarts sont particulièrement marqués à Genève. Dans le canton, les loyers proposés peuvent dépasser de plus de 50% ceux des baux en cours. On parle d’environ 392 francs par mètre carré pour les nouvelles locations, contre 253 francs pour les logements déjà occupés. Plusieurs facteurs expliquent cette situation: un taux de vacance extrêmement bas (0,34%, le plus bas de Suisse), une part importante de logements subventionnés et une réglementation stricte, notamment la LDTR, qui protège les locataires en place et limite les hausses après rénovation.
En conséquence, on observe un phénomène de «lock-in». Les locataires bénéficiant d’un loyer «avantageux» hésitent fortement à déménager, même si leur logement ne correspond plus à leurs besoins. La durée moyenne d’occupation atteint ainsi 8,5 ans en Suisse, et dépasse même 13 ans à Genève. Cette faible rotation du parc accentue la pénurie pour les nouveaux locataires.
Le Temps indique encore enfin qu'une «grande partie des logements – en particulier les plus abordables – n’apparaît pas dans les annonces officielles et circule plutôt via des réseaux informels.»
Le jeune adulte, première victime de la pénurie de logement
Ce système pénalise particulièrement les jeunes ménages. Avec des revenus souvent plus modestes en début de carrière, ils doivent faire face à des loyers bien plus élevés que ceux payés par les locataires de longue date. Résultat, l’accès au logement se complique et le départ du domicile parental est souvent retardé.
Pour Wüest Partner, cette situation est structurelle. Elle résulte d’un manque d’offre, d’un parc immobilier dominé par les locataires et de prix déjà élevés. Et malgré la construction de nouveaux logements, la croissance du parc reste limitée. Le marché locatif suisse apparaît donc de plus en plus verrouillé et inégal: stable pour ceux qui y sont déjà, mais de plus en plus difficile d’accès pour les autres. (hun)
