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Economie: voici pourquoi Partners Group souffre en bourse

Il n'existe pas de cours en temps réel pour les placements sur les marchés privés. Ce qui était autrefois un avantage pour Partners Group est désormais un inconvénient.
Il n'existe pas de cours en temps réel pour les placements sur les marchés privés. Ce qui était autrefois un avantage pour Partners Group est désormais un inconvénient.Image: Michael Nagle / Bloomberg

Le géant suisse de la finance perd son aura

Partners Group, fleuron suisse du private equity, voit son modèle bousculé. La chute du titre et les difficultés des fonds Evergreen alimentent les doutes sur sa croissance.
10.07.2026, 18:5210.07.2026, 18:52
Daniel Zulauf

Partners Group, l'un des noms les plus connus au monde en matière de placements sur les marchés privés, constitue l'histoire à succès la plus spectaculaire de ces 30 dernières années sur la place financière suisse. Cependant, les signes laissant penser que l’entreprise fondée en 1996 par les trois anciens banquiers de Goldman Sachs Alfred Gantner, Marcel Erni et Urs Wietlisbach a atteint son apogée se multiplient.

Le cours de l'action, actuellement à un peu moins de 670 francs, évolue environ 60% en dessous du record absolu que le titre avait atteint à la bourse suisse il y a cinq ans. Certes, tous les concurrents ressentent le fait que les conditions commerciales sont devenues nettement plus difficiles depuis la hausse des taux d'intérêt survenue aux Etats-Unis comme en Europe. Mais chez Partners Group, les investisseurs se montrent particulièrement prudents.

Une avance qui a fondu comme neige au soleil

Fin 2021, l'entreprise, qui comptait alors un peu plus de 1500 employés, valait en bourse environ 40 milliards de francs, soit le triple de la banque traditionnelle Julius Bär et ses 6700 employés. Quatre ans et demi plus tard, la capitalisation boursière de Partners Group n'atteint plus que 18 milliards de francs, bien que l'effectif du personnel ait, dans le même temps, encore augmenté d'un tiers pour dépasser les 2000 employés.

A l'inverse, la valeur boursière de Julius Bär a progressé d'environ 15% pour atteindre près de 16 milliards de francs, tandis que le nombre d'employés n'a, lui, que peu augmenté pour atteindre 7300.

Cette comparaison montre surtout une chose: l'avance immense qu'affichait encore Partners Group il y a quelques années à peine en matière de rentabilité et de croissance par rapport aux gestionnaires de fortune traditionnels s'est massivement réduite en peu de temps. Malgré cela, la foi en la croissance chez Partners Group n'a guère changé. Du moins, rien ne le laisse apparaître de l'extérieur.

La fin de l'ère «Evergreen»

Le président du conseil d'administration, Steffen Meister, a récemment affirmé dans un entretien à l'agence de presse Bloomberg:

«Nous ne voyons aucune raison de modifier notre stratégie en raison de ce qui s'est produit ces dernières semaines.»

Or, il s'est produit beaucoup de choses depuis que Partners Group a dû, début juin, faire comprendre à de nombreux investisseurs agités qu'ils devraient encore patienter avant de pouvoir vendre leurs parts dans les fonds dits «Evergreen» de Partners Group. Les fonds Evergreen permettent notamment aux investisseurs privés d'investir dans des placements illiquides sur les marchés privés.

Alfred Gantner, cofondateur, est la figure la plus connue de Partners Group.
Alfred Gantner, cofondateur, est la figure la plus connue de Partners Group.Image: Keystone / Anthony Anex

Jusqu'il y a quelques années encore, ce segment était presque exclusivement occupé par de grands investisseurs institutionnels, capables de bien supporter des cycles d'investissement d'une durée généralement proche de dix ans. Les fonds Evergreen offrent des possibilités de sortie intermédiaires, mais uniquement à hauteur de 5% de la fortune du fonds par trimestre. Les demandes de rachat des investisseurs dans certains fonds de Partners Group ont récemment été nettement plus élevées, en phase avec le climat morose qui règne dans l'ensemble du secteur.

Partners Group a particulièrement mis l'accent sur l'activité Evergreen ces dernières années, obtenant ainsi d'importants afflux de capitaux de la part de sa clientèle pour financer de nouveaux investissements et sa croissance. Entre 2019 et 2024, la part des investissements Evergreen dans le total des actifs sous gestion est passée de 26% à 32%.

Ce qui, à première vue, semble représenter peu, était en réalité considérable. Partners Group a dû aux fonds Evergreen plus de 40% de la croissance de l'ensemble de ses actifs sous gestion durant ces années. Fin 2025, les actifs sous gestion s'élevaient à 185 milliards de dollars (environ 149,5 milliards de francs). La semaine prochaine, Partners Group communiquera sur l'évolution de ses actifs pour le premier semestre.

Les actifs sous gestion constituent le facteur déterminant du potentiel bénéficiaire de l'entreprise et sont importants pour le cours de l'action. C'est pourquoi les fonds Evergreen étaient, en quelque sorte, le moteur de Partners Group.

Or, ce moteur s'est désormais grippé, a lui-même admis Steffen Meister dans l'entretien précédemment mentionné. Il a résumé:

«Certains fonds sont devenus trop grands»

Il s'agit désormais de trouver leur taille adéquate.

De telles proclamations ne plaisent guère aux actionnaires de Partners Group. Ils doivent s'attendre à une croissance moindre. Début juin, Partners Group avait annoncé, dans un communiqué de presse, un ralentissement de la croissance de ses actifs de 1% à 2% au second semestre 2026 et l'année prochaine. La raison: le marasme des fonds Evergreen.

Des rachats d'actions sans effet

La direction générale s'efforce de limiter les dégâts. Les fondateurs de Partners Group et certains de leurs plus hauts dirigeants ont fortement intensifié leurs achats d'actions propres en juin. Les annonces boursières relatives à ces transactions «d'initiés» légales en attestent clairement. Depuis début février, les dirigeants de Partners Group ont investi 97 millions de francs dans des actions de leur propre entreprise, soit le double de l'ensemble de l'année 2024. Mais ils n'ont guère trouvé d'émules, et pour de bonnes raisons.

De nombreux investisseurs ont perdu le goût du private equity. Plusieurs fonds sont assis sur des investissements réalisés à des prix excessifs durant les années fastes. Les pertes accumulées devraient, plus tôt que tard, peser négativement sur la performance des fonds, ce qui pourrait accentuer l'exode.

Steffen Meister évoque lui aussi un assainissement du marché en cours. Selon lui, les grands acteurs comme Partners Group devraient en profiter, car ils gagneraient des parts de marché sur les fonds plus petits. Cet exact argument a été avancé lundi, dans un entretien avec la NZZ, par Joe Bae, codirecteur de KKR, la plus grande société de private equity au monde. Néanmoins, nombreux sont les investisseurs qui n'y croient pas.

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