Suisse
Economie

Les CFF ont besoin d'argent pour éviter un point de non-retour

Le réseau CFF menacé d'atteindre un «point de non-retour»

Le secteur réclame davantage de moyens financiers. Faute de quoi, l'état du réseau serait menacé.
17.04.2026, 16:5817.04.2026, 18:17
Pascal Michel / ch media

Pour l'instant, tout va encore pour le mieux dans le monde ferroviaire suisse. Les trains circulent à l'heure et en toute sécurité, les voies sont dans un état acceptable. Linus Looser, responsable de l'infrastructure aux CFF, met toutefois en garde:

«Nous tournons actuellement à plein régime et vivons sur nos réserves»

On est certes encore loin de la situation du réseau de la Deutsche Bahn (les chemins de fer allemands, en difficulté). Mais si l’on continue à repousser les investissements, la situation pourrait devenir critique d’ici dix à quinze ans.

Des ouvriers preparent le terrain pour le changement des aiguillages de la gare CFF de Fribourg a l'occasion des travaux de la ligne ferroviaire entre Berne et Fribourg le mardi 15 juillet 2025 a ...
Des ouvriers préparent le terrain pour le changement des aiguillages de la gare CFF de Fribourg.Image: KEYSTONE

A quel point est-ce grave?

Les CFF chiffrent le retard en matière d’entretien des infrastructures à 9,5 milliards de francs. Rien qu'en 2025, il a augmenté de 12%. L'ex-régie fédérale devrait en réalité investir cet argent dans de nouvelles voies, des installations électriques ou des gares. Mais les moyens font défaut. C’est pourquoi les CFF n’interviennent qu'en cas d'absolue nécessité.

Linus Looser prend la t�te de la division Infrastructure des CFF. (archive)
Linus Looser, en charge des infrastructure des CFF.Keystone

Ces interventions d'urgence s'avèrent beaucoup plus coûteuses à long terme que si elles étaient effectuées selon un calendrier préétabli. Un point de non-retour pourrait être atteint, avec les conséquences que l'on imagine en termes d'annulations ou de retards de trains. Un nouveau rapport sur l'état du réseau, publié vendredi par les CFF, illustre la gravité de la situation, même si l'état général du réseau est évalué comme «suffisant à bon».

Trouver de l'argent

Pour éviter de franchir le «point de non-retour», le secteur réclame désormais davantage de moyens financiers. Les responsables politiques doivent allouer des fonds supplémentaires à l’entretien et à l’exploitation dans le cadre du Fonds d’infrastructure ferroviaire (FIF), une caisse commune destinée à ces fins. Concrètement, ce montant devrait augmenter de 5% par an jusqu’en 2032, puis de 4% par la suite. Il convient en outre de tenir compte de l’inflation.

L'Union des transports publics (UTP) a déjà des idées précises quant à la provenance de ces fonds: prolonger l'augmentation de 0,1 point de pourcentage (1 pour mille) du taux de TVA, puiser dans la taxe sur les carburants ou renoncer aux mesures d'économie prévues.

Pourquoi ces problèmes?

Les raisons pour lesquelles le secteur se plaint d’un déficit de financement sont multiples. Les coûts d’entretien et d’exploitation montent en flèche en raison d’exigences toujours plus élevées. Parallèlement, le Conseil fédéral souhaite développer massivement le transport ferroviaire d’ici 2045.

Cela mobilise non seulement des moyens supplémentaires, mais alourdit également la facture des coûts d’entretien. Enfin, les nouvelles voies doivent également être entretenues. Etant donné que le FIF ne suffit pas, en particulier pour les extensions prévues, de nouvelles sources de financement sont nécessaires. Le projet sera prochainement mis en consultation et devrait être soumis au peuple en 2028.

C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre les mises en garde du directeur des CFF, Linus Looser: le secteur se positionne d'ores et déjà en vue du prochain vote. En clair, l’extension ne doit pas se faire au détriment de l’entretien. «Nous ne freinons pas l’extension», déclare Ueli Stückelberger, directeur de l’UTP, «mais elle doit se faire avec modération et ne doit pas nous amener à négliger la fiabilité et la ponctualité.»

Economiser des ressources

Les travaux d'extension doivent plutôt être réalisés là où ils répondent le mieux aux besoins des usagers. Autrement dit, là où il existe réellement des problèmes de capacité. Le Conseil fédéral prévoit actuellement plusieurs chantiers prioritaires:

  • L'axe Neuchâtel – La Chaux-de-Fonds.
  • L’extension de la gare de Genève Cornavin.
  • Celle de la gare de Bâle.
  • Le tunnel de base du Zimmerberg II.
  • La quatrième voie à Zurich Stadelhofen.
  • Une première étape de la gare de transit de Lucerne.
  • Le tunnel du Grimsel.

Stückelberger suggère ici de mettre l’accent sur les horaires plutôt que sur des projets individuels. Il faudrait en outre étudier les endroits où l’on pourrait construire des lignes de tram ou de métro à la place d’une ligne ferroviaire. Ce serait plus économique, mais nécessiterait de revoir les incitations financières: en l’état, les cantons ont tout intérêt à étendre le réseau ferroviaire, la Confédération en finançant entièrement les coûts.

Les exploitants ferroviaires ne se contentent pas de réclamer davantage de fonds. Ils souhaitent également les utiliser de manière plus rationnelle à l'avenir. Ainsi, pour les travaux d'entretien et de transformation, ce ne sont plus des solutions luxueuses et coûteuses qui doivent prévaloir, mais des approches pragmatiques.

Un groupe de travail s’emploie déjà à explorer la marge de manœuvre offerte par les directives propres au secteur et par la législation. Pour la seule gare centrale de Zurich, les CFF pourraient par exemple économiser 100 millions de francs s’ils n’avaient pas à réaménager une partie du quai au niveau de la courbe d’entrée pour le rendre accessible aux personnes à mobilité réduite. (trad.: mrs)

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