Que vous offriez de l'omble chevalier à vos invités pour Nouvel-An ou que vous dégustiez un skyr de la Coop aux myrtilles, il y a de grandes chances pour que vous trouviez un produit islandais dans votre assiette. Ceux-ci sont distribués par Jon Adalsteinsson, un Islandais d'origine qui vit depuis trente ans dans la région de Brugg (AG).
Aux côtés de sa femme Hilma Sveinsdottir, également originaire d'Islande, et d'une Suissesse, Marlise Umiker, l'entrepreneur a fondé en 1994 Ice-Co, une firme toute tournée vers le poisson. Si le siège social se trouve à Hafnarfjörður, en Islande, le bureau de vente est installé à Brugg, dans le canton d'Argovie.
L'entreprise est née d'un constat: «Ma femme et moi nous sommes toujours plaints du poisson en Suisse», explique Jon Adalsteinsson. Tous deux n'étaient pas habitués à la qualité inférieure et à l'offre réduite de nos contrées. «Nous nous sommes souvent demandé si nous ne pouvions pas changer ça.»
Et comme parfois dans la vie, le hasard fait bien les choses... «J'avais une entreprise informatique qui s'appelait 'Men&Mice', et nous nous occupions de marques suisses connues comme Migros ou UBS». Or, le père de son associé possède un petit élevage d'ombles en Islande. «A trois heures du matin, après avoir bu beaucoup de schnaps, il m'a demandé si nous pouvions vendre son poisson en Suisse et j'ai répondu avec euphorie: 'Bien sûr que nous pouvons le faire, santé'».
Cette soirée en Islande devait marquer le début de sa nouvelle carrière. Car, depuis lors, tout est allé très vite. «Il a alors envoyé trois ou quatre caisses d'ombles en Suisse et j'ai foncé à l'aéroport de Zurich avec ma petite Mitsubishi pour aller chercher le poisson».
Au début, dans la branche, cette idée saugrenue suscite des ricanements. Mais force est de constater qu'elle se transforme bientôt en quelque chose de durable. Les Adalsteinsson développent lentement mais sûrement leur entreprise. Outre l'omble, ils importent du sébaste, du turbot et du cabillaud - le poisson préféré de la population suisse, nous révèle l'homme d'affaires.
L'étape suivante et évidente pour la jeune entreprise de Brugg est de conquérir le coeur de Migros et de faire d'elle sa cliente. Suivi de Coop. «C'était déjà inhabituel que nous soyons les principaux fournisseurs des deux plus grands détaillants», se souvient Jon Adalsteinsson.
Après avoir mis en place la logistique, d'autres obstacles se dresseront sur leur route. Les acheteurs suisses exigent par exemple des poissons sauvages de la taille d'un biscuit et des portions qui ont toujours exactement la même taille. C'était sans compter sur le fait que les règles en matière de durabilité en Islande sont très strictes. Trouver un arrangement a demandé beaucoup de patience et de travail.
Entre-temps, l'entreprise a adapté son portefeuille. Par exemple, le cabillaud – pourtant un classique des fêtes – n'est plus fourni par l'entreprise Ice-Co de Brugg. «Le marché a changé. Lorsque nous avons commencé, l'Islande n'exportait pratiquement pas de poisson en Suisse.»
La rentabilité n'est plus assurée, c'est pourquoi l'entreprise s'est majoritairement retirée du marché du poisson. Elle continue à vendre de l'omble chevalier et se lancera bientôt dans le saumon fumé. Car en Islande, on planche actuellement sur un concept durable: le poisson n'est plus pêché en mer dans des enclos, mais dans un bassin sur la terre ferme. «Nous étudions actuellement les fermes de saumon et envisageons d'importer le poisson en Suisse». Mais pour l'instant, rien n'est encore prêt, précise le fondateur de Ice-Co.
En fait, l'entreprise mise aussi depuis peu sur un produit laitier crémeux et riche en protéines: le skyr. On peut dénicher la marque islandaise Isey chez Coop, pour qui Ice-Co fait de la publicité pour le produit. La marque sponsorise d'ailleurs l'équipe féminine de football islandaise, qui fera une halte en Suisse cet été pour le championnat d'Europe. L'entreprise de Brugg soutient également les prochains championnats du monde de chevaux islandais à Gebenstorf (AG). «Nous avons beaucoup de projets et voyons surtout un grand potentiel pour le skyr dans notre pays», poursuit l'entrepreneur.
Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci