Le plan ingénieux pour sauver les bancomats suisses a échoué
L'automne dernier, l’ambiance se voulait encore optimiste. Lors d’une table ronde réunissant des acteurs de premier plan, La Poste et le prestataire de services de paiement Six avaient présenté leur concept pour exploiter ensemble les bancomats à l’avenir.
Le projet bénéficiait aussi du soutien de la Banque nationale suisse. Celle-ci indiquait alors qu’elle mettait son expertise à contribution et coordonnait les échanges entre les parties.
Un super-réseau de bancomats
Afin que les différentes banques n’aient plus à exploiter leur propre réseau de distributeurs, coûteux à entretenir, la Poste et Six voulaient regrouper les bancomats au sein d’un réseau national commun. Un bancomat coûte en effet jusqu’à 55 000 francs par an à entretenir. Une transaction revient quant à elle à environ 2 francs.
En mutualisant leurs ressources, les deux partenaires entendaient stopper la disparition progressive des bancomats. Leur exploitation est en effet déficitaire, en particulier dans les lieux à faible fréquentation. La Suisse compte actuellement 5919 distributeurs. Il y a dix ans, ils étaient près d’un millier de plus.
La disparition des bancomats a aussi des conséquences sur l’utilisation de l’argent liquide. De plus en plus de Suisses se tournent vers la carte bancaire ou le téléphone portable. De moins en moins de commerces acceptent le cash. Et cette spirale négative tend à s’accélérer. Le président de la Banque nationale suisse, Martin Schlegel, attire régulièrement l’attention sur ce problème.
Le projet a perdu son élan
Il faudra toutefois que Martin Schlegel patiente avant de voir émerger une solution. A peine six mois après l’élan observé lors de la table ronde, le projet de mutualisation a provisoirement échoué, rapporte l’agence de presse AWP.
Un porte-parole de Six explique à CH Media (éditeur de watson) que l’étude de faisabilité ainsi qu’une «validation du marché» ont montré que:
L’idée n’a toutefois pas été totalement abandonnée. «Les bases d’un projet commun de mutualisation ont été créées», ajoute le porte-parole. Il dit:
Les banques ne sont pas prêtes
Selon des sources du secteur, de nombreux établissements bancaires ont fait preuve de retenue parce que les économies potentielles s'étaient finalement révélées trop faibles par rapport aux inconvénients financiers.
Le porte-parole de Six explique que les retours des banques ont été «moins motivés par la question des coûts que par le moment choisi pour lancer la démarche». Selon lui, les banques sont actuellement confrontées à d’autres problèmes plus urgents et n’accordent pas la priorité la plus élevée à la question des bancomats. Pour La Poste comme pour Six, la mutualisation reste toutefois pertinente, mais les deux entreprises poursuivent désormais chacune leur solution.
Six a développé un modèle qui repose sur les infrastructures existantes. Le porte-parole explique:
Pour les clients, l’avantage est un accès à un plus grand nombre de distributeurs.
La Poste fait cavalier seul
De son côté, La Poste souligne qu’elle exploite environ 740 bancomats et dispose donc d’une vaste expérience en la matière. Elle entend désormais ouvrir son réseau à des partenaires tiers. La Poste explique:
L’entreprise publique a déjà réalisé un partenariat avec la Banque cantonale de Thurgovie. A l’automne dernier, un premier distributeur commun a été mis en service à Güttingen (TG). Dans ce projet pilote, les clients de la TKB et de PostFinance peuvent y retirer gratuitement et en tout temps des francs suisses et des euros.
Il y a deux ans, Thomas Baur, un membre de la direction de La Poste, déclarait:
Reste à savoir si cette initiative pourra aboutir.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
