Suisse
Economie

Ce que cacherait une fusion entre UBS et Morgan Stanley

Morgan Stanley building in New York The new signage on the Morgan Stanley building in Times Square in New York on Wednesday, September 23, 2026. PUBLICATIONxNOTxINxUSAxUK RichardxB.xLevine
L'immeuble de la banque Morgan Stanley à New York. Une fusion avec UBS présenterait des difficultés.Image: www.imago-images.de

Cette rumeur de fusion autour d’UBS cache un calcul bancal

Il est démontré que les grandes fusions et acquisitions atteignent rarement leurs objectifs financiers. Dans le cas d’une fusion transatlantique entre deux grandes banques, l’échec serait presque probable.
01.10.2026, 05:3001.10.2026, 05:30
Daniel Zulauf

La semaine dernière, le Parlement suisse a fait comprendre à UBS qu’elle devait s’attendre à un durcissement de la loi sur les banques et à des exigences nettement plus strictes en matière de fonds propres. Bien avant cela, la banque avait averti, directement et indirectement par l’intermédiaire de l’Association suisse des banquiers, que le projet de loi «extrême» privilégié par le Conseil fédéral lui ferait perdre sa compétitivité et pourrait la contraindre à s’exiler à l’étranger par le biais d’un rachat ou d’une fusion.

Trois jours seulement après la décision du Conseil des Etats, les marchés financiers ont voulu tester pour la première fois l’hypothèse d’un départ. Des rumeurs relayées par les agences de presse concernant d’éventuels rapprochements d’UBS avec Morgan Stanley, Deutsche Bank ou Standard Chartered ont entraîné une nette hausse du cours de l’action UBS.

Derrière cette hausse se cache l’idée qu’une fusion avec une grande banque étrangère permettrait de faire sortir UBS de Suisse et, par conséquent, de la sphère d’influence de la politique helvétique. Si le siège d’UBS n’était plus dans notre pays, la réglementation et les exigences en matière de fonds propres ne relèveraient plus en premier lieu des autorités et du monde politique suisses.

Les actionnaires d'UBS pensent à leurs dividendes

Ainsi, certains actionnaires d’UBS semblent penser qu’un régulateur étranger – beaucoup songent avant tout aux autorités américaines – pourrait leur permettre de toucher des dividendes plus généreux, puisque la banque serait tenue d’immobiliser moins de fonds propres.

Dans le jargon financier, ce type de stratégie est appelé «arbitrage réglementaire». C’est le cœur des dernières spéculations boursières. Mais ces rumeurs laissent aussi entendre que les dirigeants d’UBS, leur ego ayant été blessé, seraient désormais d’autant plus disposés à jouer le jeu. Aucun de ces deux arguments ne convainc.

Certes, Morgan Stanley, la banque américaine qu’UBS cherche notoirement à imiter, affiche un rendement des fonds propres environ deux fois supérieur à celui de la grande banque suisse. Mais le président d’UBS, Colm Kelleher, qui a passé trente ans chez Morgan Stanley, sait aussi bien que son directeur général Sergio Ermotti qu’un régime de fonds propres moins strict ne suffirait pas à combler cet écart. La raison est très simple: c'est l’énorme différence de taux d’intérêt entre la Suisse et les Etats-Unis qui stimule la rentabilité des banques américaines et freine celle des banques suisses.

Cette différence de taux d’intérêt cache aussi l’une des principales raisons qui poussent les très riches clients d’UBS à déposer une partie de leur fortune auprès d’une banque suisse. Faible inflation, stabilité politique, monnaie forte: telle est la recette du succès de la banque privée suisse.

Ted Pick, patron de Morgan Stanley, la connaît aussi bien que les dirigeants d’UBS. Et les deux camps le savent: les «Ultra High Net Worth Individuals», comme le secteur désigne les clients de la gestion de fortune disposant d’un patrimoine net investissable d’au moins 50 millions de dollars, ne veulent surtout pas mettre tous leurs œufs dans le même panier.

Les intérêts d'une fusion entre Morgan Stanley et UBS

Les riches et les ultrariches du monde entier répartissent délibérément et systématiquement leur fortune entre différents pays, avec des systèmes, des législations et des monnaies différents. Le résultat d’une fusion entre Morgan Stanley et UBS ne correspondrait donc jamais à l’équation 1+1=2. Il serait assurément inférieur – et probablement aussi au bénéfice que les actionnaires d’UBS pourraient espérer tirer d’un arbitrage réglementaire.

La direction d’UBS pourrait peut-être créer de la valeur pour ses actionnaires en scindant judicieusement la banque. C’est une méthode connue et éprouvée qui permet aux grands groupes de se spécialiser et de gagner en efficacité. Mais les dirigeants préfèrent, comme chacun sait, faire grandir leur entreprise plutôt que la réduire.

Une fusion avec Morgan Stanley ne résoudrait pas non plus le dilemme des dirigeants d’UBS. En termes de capitalisation boursière, la banque américaine pèse environ deux fois plus que la première banque suisse. Difficile d’imaginer Sergio Ermotti et Colm Kelleher se satisfaire d’un rôle de partenaire junior. Le scénario le plus probable est donc que, pour l’instant, rien ne change. (trad. hun)

Ceci pourrait également vous intéresser:
Sylvester Stallone parle français grâce à la Suisse
Dans une interview accordée au Figaro, Sylvester Stallone se confie sur ses liens avec la langue de Molière. L'occasion d'une révélation pour le moins savoureuse: l'acteur affirme «maîtriser le français» grâce aux années passées dans le canton de Vaud, bien avant de devenir une légende d’Hollywood.
Fermez les yeux, imaginez. Sylvester Stallone, pas encore vingt ans, ni les muscles de Rambo ni les gants de Rocky. Et, surtout, sans l'aura hollywoodienne ni le moindre dollar en poche. Au milieu des années 1960, le futur monstre sacré du cinéma américain se trouve à Leysin, dans le canton de Vaud.
L’article