La Romandie dépend de la France pour le gaz (et c'est une bonne chose)
Alors que les prix du gaz remontent en Europe et que ce mouvement haussier pourrait se poursuivre, l'état des stocks sur le continent inquiète. En Suisse romande, Gaznat se veut rassurant et assure être prêt dès que les premiers frimas arriveront.
Lundi, vers 09h30 le cours du gaz TTF, référence en Europe, atteignait 65,70 euros par mégawattheure. La semaine passée, il se situait à des sommets jamais vus depuis plus de trois ans, au-dessus des 66 euros par mégawattheure. «Il y a beaucoup de nervosité autour du prix du gaz, liée au fait que la crise du détroit d'Ormuz n'est toujours pas résolue et que la demande asiatique est résiliente», a souligné Marc Elliott, spécialiste de l'investissement dans la transition énergétique et les ressources naturelles chez UBP à Genève, interviewé par l'agence AWP.
L'expert rappelle que «la Chine a baissé ses importations de barils de pétrole, mais ce n'est pas le cas pour le gaz. De plus, les stocks européens de gaz sont inférieurs à l'an passé. Une hausse du cours du gaz TTF vers les 100 euros n'est pas exclue. Un choc se profile, mais il ne sera pas aussi extrême qu'en 2022.»
L'année du déclenchement de la guerre en Ukraine reste en mémoire des professionnels de l'énergie, mais aussi des consommateurs en Europe. «À l'été 2022, le prix du gaz européen TTF a dépassé 300 euros/MWh, contre environ 20 euros/MWh avant la crise énergétique», a rappelé John Plassard, associé chez Cité Gestion dans une note à la mi-août.
Inquiétudes pour l'Allemagne
Au-delà du prix, c'est la disponibilité du gaz qui pose question, car l'Europe «a déplacé le centre de gravité du risque», a-t-il pointé. «L'Europe ne dépend plus autant de quelques grands gazoducs venus de Russie; elle dépend désormais davantage du marché mondial du GNL, donc de la météo asiatique, de la disponibilité des méthaniers, des terminaux, des prix internationaux et des routes maritimes», alors que la guerre au Moyen-Orient s'enlise.
C'est dans ce contexte que l'Europe dispose de réserves moins élevées à l'approche de l'automne. «Au 19 août, les stocks européens étaient remplis à 61,6%, contre 74,2% un an plus tôt», a constaté Frédéric Rivier, directeur du négoce chez Gaznat, interviewé par AWP. «C'est surtout l'Allemagne qui inquiète, car les stockages n'ont jamais été aussi bas depuis 2021». Ceux-ci sont remplis à 50,1% alors qu'ils atteignaient 67,1% il y a un an.
Mercredi dernier, «FNB Gas (l'association allemande des entreprises de transport de gaz) a prévenu que l'objectif de 71% ne serait pas atteint au 1er novembre. Le gouvernement parle lui de constituer des réserves stratégiques, mais seulement pour l'hiver suivant.» Si le rythme d'injection était maintenu, le taux de remplissage s'élèverait à environ 65% au 1er novembre.
Les stockages en France remplis à 78%
La Suisse romande dépend, elle, de son voisin français. «La France aussi dispose de stocks moins remplis, à 64,5%, alors qu'ils étaient pleins à 82,2% en 2025». «Mais ce n'est pas un souci pour Gaznat», a assuré Rivier, «car nos stockages en France, régis par un accord inter-états, sont remplis à 78%. Nous avons acheté des volumes à terme pour injection dans le stockage, c'est-à-dire à un prix fixé à l'avance. Nos stockages se remplissent, donc ils seront pleins cet automne.»
En revanche, la Suisse alémanique fait appel à l'Allemagne pour s'approvisionner en gaz. «Les services industriels ont aussi acheté à terme, donc le gaz sera livré. En revanche, ils peuvent faire face à un risque opérationnel si l'Allemagne décide de limiter ses exportations, comme ce qui est arrivé en janvier dernier», en raison de problèmes de congestion. Les exportations avaient alors «été limitées vers la Suisse et l'Italie».
Pour John Plassard, «l'Union européenne dispose toujours d'une trajectoire pour remplir davantage les cavités de stockage au cours des prochaines semaines», mais «elle n'a plus autant de marge d'erreur». De son côté, Marc Elliott se montre confiant. Il souligne que «de nouvelles capacités en gaz naturel liquéfié (GNL) arrivent notamment de la part des États-Unis». De plus, les pays européens se sont adaptés.
Ils «ont développé les énergies renouvelables – en hiver c'est surtout l'éolien qui est efficace -, les industriels ont revu leur consommation à la baisse et le phénomène El Niño pourrait entraîner un hiver doux, avec une demande de chauffage moins élevée.» (jzs/ats)
