Ce fleuron de l'aviation suisse a perdu 20 millions à cause de Trump
Hansueli Loosli est connu, puisqu'il dirige la Coop. Mais il est également président du conseil d’administration de Pilatus, l'un des fleurons de l'industrie suisse.
L'année dernière, le constructeur aéronautique basé à Stans (NW) a subi de plein fouet la politique douanière de Donald Trump. Mais malgré les turbulences et le franc fort, l'entreprise continue sa croissance en Suisse et surtout aux Etats-Unis.
Etes-vous allé aux Etats-Unis l’an dernier?
Hansueli Loosli: Je m’y suis rendu à plusieurs reprises et j’ai rencontré des collaborateurs, des distributeurs, des fournisseurs et des clients.
Vous n’avez pas fait de lobbying, avec un joli cadeau?
(Rires) Non, mais bien sûr, nous avons aussi fait du lobbying durant cette période. C’est notre CEO Markus Bucher qui s'en est chargé. L’an dernier, il a rencontré à plusieurs reprises des représentants du gouvernement américain. Nous étions en outre en contact avec le Secrétariat d’Etat à l’économie.
Ce lobbying a finalement porté ses fruits. Quel droits de douane s’appliquaient pour vous l’an dernier?
Durant les trois premiers mois, comme à l'habitude, nous n’avons payé aucun droit de douane sur les exportations vers les Etats-Unis. Cette exemption fait partie d’un accord aéronautique international en vigueur depuis 1979. Le 2 avril dernier, Donald Trump a annoncé des droits de douane de 31% sur les exportations suisses, et le 9 avril 2025, ceux-ci sont brièvement entrés en vigueur.
Peu après, en raison de turbulences sur les marchés financiers, ce taux a toutefois été suspendu durant 90 jours, ce qui a temporairement conduit à un taux de base uniforme de 10%. Dès le mois de mai, nous avons repris les livraisons.
Puis est arrivé le coup de massue des droits de douane le jour du 1er août...
Exactement. Ces 39% s’appliquaient aussi à nous. A ce moment-là, tous nos concurrents n’avaient pas de droits de douane ou des droits plus faibles, ce qui représentait un énorme désavantage concurrentiel. Nous avons alors décidé d’arrêter temporairement nos livraisons une deuxième fois, afin de mener des discussions avec notre réseau de distributeurs et nos clients.
Le gouvernement américain a également introduit des droits de douane de 50% sur l’acier et l’aluminium, et ceux-ci continuent aussi de s’appliquer à notre commerce. Au final, nous nous en sommes sortis avec des dégâts limités.
Combien les droits de douane américains vous ont-ils coûté?
Si nous n’avions pas suspendu les livraisons pendant deux mois, le montant aurait été encore plus élevé. Nos distributeurs et les clients finaux ont en outre pris en charge une partie de ces droits de douane, alors qu'ils n'y étaient pas contraints contractuellement. Cela m’a beaucoup réjoui de voir que, dans une telle situation de crise, tout le monde a fait front commun.
Allez-vous demander au gouvernement américain d'être remboursé pour ces pertes?
Pour l'instant, nous attendons et nous observons l’évolution de la situation. La Cour suprême des Etats-Unis a certes jugé les droits de douane non conformes à la loi, mais elle n'a rien dit concernant un éventuel remboursement.
Outre les droits de douane, la faiblesse du dollar vous pose également problème. En 2025, combien avez-vous perdu à cause du taux de change?
Nous avons commencé l’année 2025 avec un dollar autour de 90 centimes. Aujourd’hui, celui-ci se situe autour de 77 centimes. Rien que cette baisse du taux de change nous a coûté l’an dernier 60 millions de francs de chiffre d’affaires et de résultat opérationnel par rapport à l’année précédente.
Pour Pilatus, le problème des devises est-il donc plus grave que les droits de douane?
Les deux sont pesants, mais oui, la perte de change est beaucoup plus importante et nous pose d’autres défis que les droits de douane.
Malgré cela, vous maintenez votre activité aux Etats-Unis.
Cela ne fait aucun doute. Les Etats-Unis sont de loin le marché le plus important dans le secteur des avions d’affaires.
Au cours des 30 dernières années, nous avons investi environ 120 millions de francs aux Etats-Unis. Sans compter la nouvelle usine en Floride, que nous souhaitons achever avant fin 2027.
Compte tenu du comportement erratique de leur président, cela vaut-il la peine d'investir aux Etats-Unis?
La question est de savoir ce qui est le plus durable: les gouvernements, ou les relations d’affaires? Plus de la moitié des quelque 2200 PC-12 dans le monde volent aux Etats-Unis. Rien que pour l’entretien et les pièces de rechange pour ces appareils, notre présence sur place est nécessaire.
Des voix critiques disent que l’expansion aux Etats-Unis se fait au détriment du siège principal en Suisse.
En termes de surface et de personnel, nous ne pouvons pratiquement plus croître à Stans. Malgré des investissements importants, nos capacités ont atteint une limite. Les clients commandent davantage d’avions que nous ne pouvons en produire en Suisse.
C’est pourquoi nous voulons assembler le PC-12 à Sarasota, en Floride. En Espagne, nous produisons désormais nous-mêmes des structures qui étaient auparavant fabriquées pour nous par un fournisseur. Nous continuons néanmoins à créer des emplois en Suisse, plus de 250 l’an dernier. A peu près autant que les années précédentes.
Cette croissance tend-elle toutefois à ralentir?
Cette année, nous devrions à nouveau créer 150 à 200 postes en Suisse. C’est peut-être un peu moins que les années précédentes, mais de nos jours, quelle autre entreprise industrielle crée encore autant d’emplois ici?
