Suisse
Economie

Un pro de la finance condamné à Lausanne après treize ans d'enquête

Teaserbild pour le procès et la condamnation à Lausanne d'un gestionnaire de fortune franco-suisse résidant aux Bahamas et dont la société était basée en terres vaudoises.
Condamné à Lausanne, ce gestionnaire de fortune franco-suisse réside aux BahamasImage: watson

Il s'est enrichi sur le dos de clients romands: un pro de la finance condamné

Le Tribunal de police de Lausanne a reconnu coupable de gestion déloyale aggravée un gestionnaire de fortune franco-suisse. Cet ancien professeur d'économie avait privilégié ses propres intérêts plutôt que ceux de ses clients dans la gestion de leur patrimoine. Il annonce qu'il fera appel.
05.08.2026, 05:3105.08.2026, 05:31

«Le seul aux commandes!» C'est par cette formule que le procureur Eric Reynaud a résumé le rôle qu'il attribue à Henri* dans ce dossier pénal financier vieux de treize ans. Pendant toute cette procédure, experts, procureur et avocats se sont affrontés sur une même question: le gestionnaire de fortune a-t-il géré les avoirs de ses clients dans leur intérêt en tenant compte des consignes, ou dans le sien? La justice vaudoise vient de trancher.

Le financier franco-suisse a été reconnu coupable et condamné à 225 jours-amende à 500 francs, avec sursis durant trois ans, ainsi qu'à une amende de 10 000 francs. Il devra également verser 343 754 frs d'indemnité au plaignant François*, présent au procès. Henri a annoncé qu'il saisirait la Cour d'appel. L'affaire trouve son origine dans la gestion de la fortune de la mère de François, au sein d'une fondation, puis à son décès celle de ce dernier.

En 2011, Henri place près de 650 000 euros, soit environ 23% du portefeuille de la Fondation Véronique Internationale, dans un fonds d'investissement installé aux Bahamas. Pour le Ministère public, ce choix contrevenait au mandat reçu. Les clients demandaient une stratégie conservatrice destinée avant tout à préserver leur patrimoine. Or le fonds perdra environ 24% de sa valeur en 2011.

Un montage financier litigieux

Le reproche principal ne porte toutefois pas uniquement sur cette perte. L'accusation estime que Henri occupait plusieurs positions au sein du montage financier et bénéficiait lui-même des rémunérations générées par cette structure. «Il était omniprésent à chaque étape», a résumé le représentant du Ministère public.

«Plus il générait de profits, plus il encaissait, et ce au mépris du profil de risque fixé par ses clients»
Le procureur

Face à la Cour, le prévenu et son défenseur, Me Robert Fox, ont rejeté cette analyse. Selon lui, les experts ont mélangé dans leurs rapports les portefeuilles de François avec ceux de la Fondation Véronique, alors qu'ils répondaient à des stratégies différentes. Il a également soutenu que François suivait de près ses investissements et qu'il avait répondu régulièrement aux interrogations de son client. Les pertes s'expliqueraient aussi par d'importants retraits effectués au plus fort de la crise financière de 2008, qui auraient obligé à vendre certains titres prématurément.

Deux visions irréconciliables

Les représentants de François ont décrit un tout autre scénario. «La mission était de préserver cette fortune», a rappelé Me Laurent Pfeiffer. Selon lui, Henri a progressivement mis en place un système opaque de sociétés offshore lui permettant de multiplier les frais et les rémunérations, tout en rassurant ses clients lorsque ceux-ci commençaient à s'inquiéter.

Sa consoeur Me Tracy Salamin a, elle, dénoncé un «conflit d'intérêts crasse», estimant que le prévenu cumulait les fonctions de gestionnaire et de décideur afin de continuer à tirer profit du fonds dans lequel il avait investi les avoirs de la famille. Le procureur a, quant à lui, aussi défendu l'idée d'un dispositif conçu pour enrichir son concepteur. «Seul aux commandes», Henri aurait privilégié ses intérêts plutôt que ceux de ses mandants.

L'instruction, ouverte en 2013, portait initialement sur de nombreux soupçons, notamment de blanchiment d'argent, de faux dans les titres, de corruption privée ou encore de commissions occultes. La plupart de ces volets ont finalement été classés, faute de preuves suffisantes ou parce qu'ils étaient prescrits. L'enquête a donné lieu à plusieurs perquisitions en Suisse romande et au séquestre de près de six millions de francs.

Si Henri réside aujourd'hui officiellement aux Bahamas, le procès s'est tenu en terres vaudoises, car c'est depuis le siège lausannois de sa société Financière Translémanique que la justice estime que les décisions litigieuses ont été prises. Au terme de cette longue procédure, le procès s'est donc concentré sur un seul pan de l'affaire: l'investissement réalisé en 2011 dans le fonds bahaméen et le conflit d'intérêts qui en découlait.

*Prénoms d'emprunt

Un migrant de Ceuta témoigne
Video: watson
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