Suisse
Famille

Deux enfants et un seul salaire en Suisse, elle raconte

Serie Sackgasse Sparen
Elle a toujours dû faire attention à son budget: Claudia.Image: watson

«Je me sacrifie, mais je ne m'en sors pas»: une mère célibataire raconte

Pour beaucoup de personnes en Suisse, il devient de plus en plus difficile d'économiser. Claudia est l'une d'entre elles. Même si elle travaille, elle renonce à beaucoup de choses pour que ses enfants aient un jour une vie meilleure.
29.01.2026, 05:3329.01.2026, 07:28
Kilian Marti
Kilian Marti

«Jusqu'à présent, on s'en sort bien et mes enfants ne manquent de rien», déclare Claudia*. Elle sait que cette phrase peut facilement être mal interprétée.

Car beaucoup de choses qui vont de soi pour d'autres sont hors de portée pour elle. Une sortie mensuelle au restaurant en famille, par exemple. Ou commander à manger au lieu de cuisiner le soir. Claudia a appris à se contenter de peu et cela lui va «bien». Ce qu'elle sous-entend en fait, c'est que ça suffit tout juste.

Une situation qu'elle a toujours connue. Après sa formation d'infirmière, elle est directement partie de la maison. «Je n'avais pas un sou en poche», se souvient-elle. Un lit, un matelas, des meubles – tout s'est mis en place petit à petit, par la débrouille et les économies de bouts de chandelle. Une expérience qu'elle voulait épargner à ses enfants.

Démarrer du bon pied

Aujourd'hui, Claudia travaille à 80% comme infirmière en psychiatrie dans le canton de Zurich. A partir de janvier, elle passera à 90%, car ses enfants sont presque indépendants. Son fils a 17 ans et est en troisième année d'apprentissage. Sa fille de 19 ans a terminé sa formation cet été.

Depuis sa séparation il y a plus de dix ans, Claudia assume seule son ménage. Jusqu'à la fin de leur formation initiale, elle recevait 1200 francs de pension alimentaire par enfants. Elle s'en servait pour payer les primes d'assurance maladie, les abonnements de téléphone, la nourriture et les frais de transports publics. Elle mettait de côté ce qui restait, souvent 200 francs environ. Sur des comptes d'épargne pour les enfants.

«Mais ils ne pourront y toucher qu'à leurs 25 ans»
Serie Sackgasse Sparen
Réfléchir à chaque dépense, le quotidien de cette mère de familleImage: watson

Il ne lui serait jamais venu à l'esprit d'utiliser la pension alimentaire pour elle-même. Même lorsque les temps étaient durs. «J'ai l'habitude de subvenir à mes propres besoins». Elle a constamment augmenté son taux d'activité ces dernières années et gagne actuellement environ 5200 francs nets.

Ce qui paie sa caisse maladie, son appartement de 4,5 pièces, ses impôts, sa voiture et toutes ses dépenses fixes. Dès que possible, elle a épargné 100 francs par mois pour chaque enfant. «Je voulais leur offrir un autre départ dans la vie adulte», explique-t-elle. Grâce à ça, sa fille finance actuellement un tour du monde.

Ses dépenses mensuelles s'élèvent à 5225 francs contre des entrés de 5300 francs.

Prévoir plutôt que vivre

Alors que Claudia met tout en œuvre pour l'avenir de sa progéniture, elle s'inquiète pour son futur à elle. «Impossible d'épargner pour moi au sens classique du terme», constate-t-elle. Elle n'a pas les moyens de créer une réserve dans laquelle elle ne finirait pas par puiser rapidement pour des factures.

Mais elle garde tout de même systématiquement de quoi alimenter sa prévoyance. Claudia verse le montant maximal sur son pilier 3a, alors que cet argent pourrait lui servir au quotidien:

«Je me restreins aujourd'hui pour ne pas sombrer dans la pauvreté à la retraite»

Une stratégie qui a un prix. Un seul passage annuel chez le coiffeur, la résiliation de son abonnement de fitness, un ordinateur portable vieux de 13 ans. Les vacances avec les enfants étaient rares: quelques séjours en camping, un petit road trip aux Pays-Bas, une fois à la mer. C'était tout ce qu'ils pouvaient se permettre. La frustration s'invite donc parfois.

«Oui, parfois ça me rend vraiment furieuse»
Serie Sackgasse Sparen
«Cela me rend parfois vraiment furieuse».Image: watson

Une colère dirigée en partie vers les personnes qui reçoivent des aides de l'Etat sans pouvoir ou vouloir travailler:

«Je travaille dur, je me sacrifie, je m'occupe de tout et je n'arrive malgré tout pas à m'en sortir.»

Mais plus elle en parle, plus cela devient clair: elle n'en veut pas uniquement à ceux du bas de l'échelle sociale. Elle s'en prend aussi à ceux du haut:

«Quand je vois les bonus versés, les indemnités de départ, les sommes investies dans le WEF ou ce que gagne encore un conseiller fédéral à la retraite, je me demande où va l'argent qui manque à la classe moyenne.»

Sortir de l'impasse

Claudia puise son espoir dans les changements de situation qui se profilent. Quand ses enfants auront quitté le nid, elle n'aura plus besoin d'un appartement de 4,5 pièces. Son loyer baissera, tout comme ses frais fixes, surtout si elle emménage avec son compagnon:

«Je devrais alors pouvoir souffler»

Pour la première fois depuis des années, elle espère qu'il lui restera quelque chose à la fin du mois. Rien que pour elle. Elle espère sortir enfin de l'impasse.

Elle osera peut-être alors franchir une nouvelle étape: Claudia a déjà suivi un cursus de formatrice et aimerait se perfectionner pour devenir formatrice d'adultes. Mais pour cela, il faut investir du temps et de l'argent. La perspective de sacrifices à venir. Et d'encore plus de compromis entre ce qu'elle peut se permettre maintenant et ce qui doit attendre.

Claudia ne s'en plaint pas. Elle s'adapte et dit que cela lui convient «bien». Comme elle l'a toujours affirmé.

*Nom d'emprunt

Adaptation en français par Valentine Zenker

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