Suisse
Féminisme

Grève féministe: Laetitia Pascalin utilise la broderie comme arme

Laetitia Pascalin, artiste brodeuse vaudoise à l'origine des banderoles pour la grève des femmes du 13 juin à Lausanne.
Laetitia Pascalin, l'artiste derrière ce projet qui flottera dans le cortège de la grève féministe lausannois.

Grève des femmes: cette Romande va utiliser la «broderie comme arme»

Le 13 juin, une banderole brodée prendra les rues de Lausanne au milieu des cortèges de la grève féministe. Derrière ce projet collectif, Feminista, une artiste-brodeuse vaudoise de 33 ans, Laetitia Pascalin, qui a fait de l'aiguille et du fil une forme de résistance.
13.06.2026, 11:5313.06.2026, 11:53

Le 13 juin 2026, une banderole, qui représentera les Femmes socialiste vaudoises, prendra les rues de Lausanne. Pas imprimée, pas collée, mais brodée. Cousue de mains en mains, de femme en femme, pendant plusieurs jours. Derrière ce projet, Laetitia Pascalin, artiste-brodeuse vaudoise de 33 ans, qui a fait de l'aiguille et du fil une forme de résistance.

Elle a d'abord appris la couture dans une école lausannoise, avant de poser ses cartables à la Head de Genève en design de mode. «Cela fait quinze ans que je fais de la couture», dit-elle. Mais la couture lui paraissait trop «conditionnée», il n'y avait que des femmes, dans des cadres très formatés, «très peu libre créativement». C'est à la Head qu'elle commence à «déconstruire» ce qu'on lui a enseigné. La broderie s'impose alors, non pas comme un retour en arrière, mais comme une sortie par le haut.

Elle a délibérément tourné le dos aux points traditionnels. «Le geste, finalement, est le même», précise-t-elle. Mais l'intention, elle, a changé:

«C'est un acte engagé que de broder, de le détourner et de l'amener dans la rue»

Le projet «Feminista» est né d'une rencontre. Le 24 février, lors d'un événement culturel à Gland (VD), Laetitia Pascalin croise Albulenë Ukshini Sefa, co-présidente des Femmes socialistes vaudoises. Quelques semaines plus tard, avec l'appui de Sarah Morier, l'idée d'une banderole pour la grève féministe est scellée. «J'avais dans l'optique de faire de toute façon une banderole pour la grève. Mais Albulenë a ensuite amené l'idée au rang politique et structurel.»

Résultat, une banderole qui se déploie en triptyque:

  • La lutte féministe, la communauté, les femmes qui luttent ensemble.
  • L’absence. Les absentes, effacées ou décédées par le patriarcat. L’absence de soutien.
  • L’oppression des femmes et individus par le système et la société patriarcale.

Trois tableaux qui se nouent en un seul geste, laissant les fils raconter une situation.

Les banderoles pour la grève féministe du 13 juin 2026.
Image: © Laetitia Pascalin
Une banderole qui va flotter au milieu des femmes en grève le 13 juin 2026.
Image: © Laetitia Pascalin
Une des trois banderoles qui prendra place dans les cortèges de la grève féministe du 13 juin.
Image: © Laetitia Pascalin

«J'ai détourné tous les codes de la couture», décrit l'artiste. Un tissu qui rappelle une nappe brute, des ourlets, une broderie qui, de loin, paraît décorative et poétique. «Mais si on regarde de près, le discours est brut.»

Ce qui rend Feminista singulier, c'est sa dimension collective. Laetitia Pascalin a organisé plusieurs ateliers d'environ deux heures, où d'autres femmes venaient broder en fonction de ce qui les inspirait. Elle transmettait le geste pour «broder son idée» et chacune intervenait directement sur le tissu, brodant slogans ou symboles liés aux trois thématiques. Elle insiste:

«Il me tenait à cœur de co-créer»

L'héritage familial «indirect»

La question de l'héritage s'impose naturellement. «Indirectement, peut-être», répond-elle. Son arrière-grand-mère paternelle était couturière, et elle-même très féministe. «Mais elle ne m'a rien transmis oralement.» Elle évoque aussi sa grand-mère maternelle — couturière, styliste, immigrée — qu'elle n'a jamais connue. Pour Laetitia Pascalin, la broderie relève avant tout «de la mémoire du corps.»

La broderie a toujours raconté des histoires; des batailles au Moyen-Age, des intérieurs bourgeois au XIXe siècle, des heures silencieuses volées entre deux tâches. Longtemps moquée, reléguée au rang de passe-temps féminin, elle a traversé les siècles avec la discrétion de ceux qu'on sous-estime. Aujourd'hui, elle descend dans la rue. «La broderie comme arme», dit le communiqué de presse.

Un bout de la banderole qui sera visible lors de la grève féministe.
Image: © Laetitia Pascalin

Laetitia Pascalin, elle, parle d'une «occasion de donner la voix à des femmes de tous horizons» et de rendre ses lettres de noblesse à «un métier qui n'était pas un métier — un artisanat, un loisir qu'on avait assigné aux femmes.»

Une contestation tout en poésie, donc?

«Oui, à 100%. Et cela se traduit aussi dans ma banderole»

Après plus de six jours de labeur, elle sera là, le 13 juin, tendue entre des mains, brute, brodée, en marche.

La première grève féministe de Suisse le 14 juin 1991
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La première grève féministe de Suisse le 14 juin 1991
La première grève des femmes* de Suisse avait impliqué plus de 500 000 femmes à travers le pays.
source: keystone
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Video: watson
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