Grève des femmes: cette Romande va utiliser la «broderie comme arme»
Le 13 juin 2026, une banderole, qui représentera les Femmes socialiste vaudoises, prendra les rues de Lausanne. Pas imprimée, pas collée, mais brodée. Cousue de mains en mains, de femme en femme, pendant plusieurs jours. Derrière ce projet, Laetitia Pascalin, artiste-brodeuse vaudoise de 33 ans, qui a fait de l'aiguille et du fil une forme de résistance.
Elle a d'abord appris la couture dans une école lausannoise, avant de poser ses cartables à la Head de Genève en design de mode. «Cela fait quinze ans que je fais de la couture», dit-elle. Mais la couture lui paraissait trop «conditionnée», il n'y avait que des femmes, dans des cadres très formatés, «très peu libre créativement». C'est à la Head qu'elle commence à «déconstruire» ce qu'on lui a enseigné. La broderie s'impose alors, non pas comme un retour en arrière, mais comme une sortie par le haut.
Elle a délibérément tourné le dos aux points traditionnels. «Le geste, finalement, est le même», précise-t-elle. Mais l'intention, elle, a changé:
Le projet «Feminista» est né d'une rencontre. Le 24 février, lors d'un événement culturel à Gland (VD), Laetitia Pascalin croise Albulenë Ukshini Sefa, co-présidente des Femmes socialistes vaudoises. Quelques semaines plus tard, avec l'appui de Sarah Morier, l'idée d'une banderole pour la grève féministe est scellée. «J'avais dans l'optique de faire de toute façon une banderole pour la grève. Mais Albulenë a ensuite amené l'idée au rang politique et structurel.»
Résultat, une banderole qui se déploie en triptyque:
- La lutte féministe, la communauté, les femmes qui luttent ensemble.
- L’absence. Les absentes, effacées ou décédées par le patriarcat. L’absence de soutien.
- L’oppression des femmes et individus par le système et la société patriarcale.
Trois tableaux qui se nouent en un seul geste, laissant les fils raconter une situation.
«J'ai détourné tous les codes de la couture», décrit l'artiste. Un tissu qui rappelle une nappe brute, des ourlets, une broderie qui, de loin, paraît décorative et poétique. «Mais si on regarde de près, le discours est brut.»
Ce qui rend Feminista singulier, c'est sa dimension collective. Laetitia Pascalin a organisé plusieurs ateliers d'environ deux heures, où d'autres femmes venaient broder en fonction de ce qui les inspirait. Elle transmettait le geste pour «broder son idée» et chacune intervenait directement sur le tissu, brodant slogans ou symboles liés aux trois thématiques. Elle insiste:
L'héritage familial «indirect»
La question de l'héritage s'impose naturellement. «Indirectement, peut-être», répond-elle. Son arrière-grand-mère paternelle était couturière, et elle-même très féministe. «Mais elle ne m'a rien transmis oralement.» Elle évoque aussi sa grand-mère maternelle — couturière, styliste, immigrée — qu'elle n'a jamais connue. Pour Laetitia Pascalin, la broderie relève avant tout «de la mémoire du corps.»
La broderie a toujours raconté des histoires; des batailles au Moyen-Age, des intérieurs bourgeois au XIXe siècle, des heures silencieuses volées entre deux tâches. Longtemps moquée, reléguée au rang de passe-temps féminin, elle a traversé les siècles avec la discrétion de ceux qu'on sous-estime. Aujourd'hui, elle descend dans la rue. «La broderie comme arme», dit le communiqué de presse.
Laetitia Pascalin, elle, parle d'une «occasion de donner la voix à des femmes de tous horizons» et de rendre ses lettres de noblesse à «un métier qui n'était pas un métier — un artisanat, un loisir qu'on avait assigné aux femmes.»
Une contestation tout en poésie, donc?
Après plus de six jours de labeur, elle sera là, le 13 juin, tendue entre des mains, brute, brodée, en marche.
