Une augmentation d'impôt de 400%, voire de 500%: qui dit mieux? L'indignation a été grande lorsque les automobilistes du canton de Genève ont reçu en novembre les factures de la taxe sur les véhicules à moteur. Une modification législative a entraîné une hausse parfois massive des montants, pour laquelle ni le parlement, ni le gouvernement, ni l'administration ne voulaient assumer la responsabilité.
Certes, la réforme largement soutenue et approuvée par le peuple visait à taxer davantage les véhicules polluants et à alléger la charge pour les véhicules respectueux de l'environnement. Mais il semble que personne n'avait anticipé que la progression fiscale serait aussi sévère, entraînant ainsi des montants élevés de plusieurs milliers de francs pour les voitures anciennes.
Dans l’urgence, le parlement cantonal a entrepris de limiter les dégâts et a décidé que, pour les trois prochaines années, les taxes automobiles ne pourraient pas doubler par rapport à l’ancien système. Pendant ce temps, une solution à plus long terme doit être élaborée.
Mais le calme n'est pas encore revenu, et l'affaire continue à faire les gros titres. Le week-end dernier, Le Matin Dimanche a montré que, malgré les mesures d'urgence, les taxes sur les voitures sont souvent plus élevées à Genève que dans les autres cantons romands, en particulier le Valais.
La RTS a rapporté que certains Genevois cherchent à se débarrasser de leur voiture le plus rapidement possible en raison de la hausse des taxes. Selon Ilir Bajraktari, concessionnaire chez Gold Automobiles, les voitures anciennes datant de 1997 à 2003, dotées de moteurs puissants, affluent dans son garage. Son entreprise connaît une activité rarement vue auparavant. De nombreux propriétaires ont tenté de vendre leur véhicule avant la fin de l'année pour éviter de payer les taxes automobiles en 2025.
D'autres concessionnaires d'occasion que nous avons interrogés rapportent des expériences similaires. Fabien Thys, d'AutoPrix, confirme une augmentation du nombre de personnes souhaitant vendre leur voiture, mais également «un peu plus» d'acheteurs potentiels provenant d'autres cantons, espérant trouver de bonnes affaires à Genève.
Les autorités tentent de minimiser la situation. Le service des automobiles enregistre environ 200 changements de véhicule par jour, indique-t-on sur demande. Il est donc difficile d’analyser les causes précises. Le nombre de plaques d'immatriculation temporairement ou définitivement restituées n'est pas recensé statistiquement. Le canton peut seulement fournir le chiffre de 38 701 voitures d'occasion nouvellement immatriculées en 2024. La différence par rapport à l'année précédente n'est pas significative.
Mais cela ne veut pas dire grand-chose: il est peu probable que les voitures arrivées en masse chez les concessionnaires d'occasion soient à nouveau immatriculées à Genève. Qui achèterait une voiture d'occasion dont les anciens propriétaires se sont débarrassés à cause de taxes élevées?
Dans le commerce de voitures d’occasion genevois, on mise donc sur une clientèle venant du canton de Vaud, ou bien les véhicules concernés sont directement revendus dans des cantons où les voitures plus anciennes ou à plus fortes émissions sont moins lourdement taxées. Selon plusieurs garagistes, le Valais se prête particulièrement bien à ce type de transactions.
Un vendeur de voitures d'occasion donne l'exemple d'une ancienne Aston Martin qu'il a récemment acquise, pour laquelle la taxe automobile à Genève est désormais de 3600 francs au lieu de 1800. Cette voiture, dit-il, il ne la vendra «certainement pas à Genève», mais dans un autre canton. Là, on peut donc s'attendre à de bonnes affaires, ou se plaindre de l'afflux de «poubelles roulantes», selon le point de vue.
Traduit et adapté par Noëline Flippe