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Ces politiciens veulent réformer nos hôpitaux pour économiser

Les cantons coordonneraient difficilement leur planification hospitalière entre eux.
Les cantons coordonneraient difficilement leur planification hospitalière.Image: Andrea Zahler / CH Médias

Ces élus veulent transformer nos hôpitaux pour faire des économies

Les hôpitaux offriraient trop de prestations feraient inutilement grimper les coûts, assurent de nombreux élus. La Confédération doit-elle prendre le contrôle? Cette revendication gagne du terrain.
11.06.2024, 11:58
Maja Briner / ch media
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La pression monte. Les coûts de la santé augmentent, les primes grimpent en flèche. Même les opposants aux deux initiatives sur la santé reconnaissent que le double non n'est pas un signe de repli sur soi.

«Le pourcentage élevé de "oui" à l'initiative sur les primes dans certains cantons est la preuve que les coûts de la santé préoccupent les gens», lance Lukas Engelberger, le directeur bâlois de la Santé, qui préside la Conférence des directeurs cantonaux de la santé.

«Nous devons veiller à ce que le système de santé reste finançable à long terme»
Lukas Engelberger
Lukas Engelberger, directeur de la santé de Bâle.
Lukas Engelberger.Image: Dlovan Shaheri / CH Media

Les cantons sont eux-mêmes en ligne de mire. La critique: fidèles à la devise «à chaque vallée son hôpital», les cantons n'abordent pas la planification hospitalière de manière assez conséquente, ce qui conduit à des surcapacités coûteuses. C'est ce que dénonçait déjà un groupe d'experts en 2017.

Baisser les coûts, mais sans réduire la qualité

Il y a maintenant de nouveaux mouvements dans ce dossier. Le conseiller national Patrick Hässig (PVL/ZH) demande dans une intervention que la Confédération se charge de la planification hospitalière – en étroite collaboration avec les cantons. Son analyse? «Jusqu'à présent, les cantons n'ont pas eu le courage de faire une planification hospitalière conséquente», explique Hässig.

«Cela ne peut pas continuer ainsi»
Patrick Hässig
Patrick Hässig, conseiller national et spécialiste des soins infirmiers.
Patrick Hässig, conseiller national et spécialiste des soins infirmiers.Image: Valentine Hehli / MAN

Il faut voir de quels hôpitaux on a vraiment besoin – et surtout quelles prestations chaque hôpital doit offrir. Une bonne planification hospitalière n'entraînerait pas de perte de qualité, au contraire, dit Hässig:

«Je préfère aller dans un hôpital qui pratique une opération dix fois par jour plutôt que seulement dix fois par an.»

La motion de Hässig a été signée par des représentants de tous les partis sauf l'UDC, dont Manuela Weichelt, ancienne conseillère d'Etat zougoise. «Une bonne planification hospitalière permettrait d'économiser des coûts sans que la qualité n'en pâtisse», explique-t-elle, «mais quel directeur de la santé fermerait un hôpital»?

Recherche d'une voie médiane

Regine Sauter est conseillère nationale (PLR/ZH) et présidente de l'association des hôpitaux H+. L'organisation du système de santé n'est pas optimale, dit-elle, avant d'ajouter: «Nous devons penser à l'échelle suprarégionale». La proposition de Hässig est certes un peu trop dirigiste à son goût.

«Mais nous devons fixer les conditions-cadres de manière à ce que cela aille dans cette direction»
Regine Sauter

La grande question est la suivante: la Confédération serait-elle vraiment mieux placée pour prendre de telles décisions? Ou y aurait-il de meilleures options pour une bonne planification hospitalière suprarégionale?

La conseillère nationale Sarah Wyss (PS/BS) veut charger le Conseil fédéral par voie d'intervention d'examiner trois modèles. Une planification hospitalière nationale, imposée par la Confédération, est l'ultime solution, dit-elle:

«Avant de procéder à un tel transfert de compétences, il faudrait examiner des mesures moins drastiques»

Une voie médiane praticable serait, selon elle, que les cantons soient obligés de procéder à une planification suprarégionale, à l'instar de la médecine hautement spécialisée.

Le Conseil fédéral n'est pas fermé à cette discussion: il a recommandé d'accepter le postulat Wyss. Au début de l'année, la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider avait énuméré l'amélioration de la collaboration entre la Confédération et les cantons comme l'une des quatre priorités de la politique de santé - et avait explicitement mentionné la planification hospitalière.

Le fédéralisme remis en question

Sans surprise, les cantons s'opposent à un transfert de pouvoir à la Confédération. «Donner la compétence de la planification hospitalière à la Confédération ne serait pas à la hauteur de notre système décentralisé et fédéral», déclare Lukas Engelberger (au centre), président de la Conférence des directeurs de la santé.

Engelberger rejette clairement le reproche selon lequel les cantons poussent à la croissance des coûts avec leur planification hospitalière.

«Les cantons gèrent les prestations hospitalières stationnaires, et celles-ci augmentent très modérément»
Lukas Engelberger

Engelberger rappelle que Bâle-Ville et Bâle-Campagne se sont mis d'accord sur une planification hospitalière commune, tout comme Saint-Gall et les deux Appenzell. De plus, les cantons piloteraient tout à fait les prestations par le biais des listes hospitalières.

Ce sont des exemples positifs, mais jusqu'à présent, ce sont des exceptions. Cela suffira-t-il à la politique? La pression pour une planification suprarégionale devrait continuer à croître – tout comme les coûts de la santé.

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(Traduit et adapté par Chiara Lecca)

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