La pression monte. Les coûts de la santé augmentent, les primes grimpent en flèche. Même les opposants aux deux initiatives sur la santé reconnaissent que le double non n'est pas un signe de repli sur soi.
«Le pourcentage élevé de "oui" à l'initiative sur les primes dans certains cantons est la preuve que les coûts de la santé préoccupent les gens», lance Lukas Engelberger, le directeur bâlois de la Santé, qui préside la Conférence des directeurs cantonaux de la santé.
Les cantons sont eux-mêmes en ligne de mire. La critique: fidèles à la devise «à chaque vallée son hôpital», les cantons n'abordent pas la planification hospitalière de manière assez conséquente, ce qui conduit à des surcapacités coûteuses. C'est ce que dénonçait déjà un groupe d'experts en 2017.
Il y a maintenant de nouveaux mouvements dans ce dossier. Le conseiller national Patrick Hässig (PVL/ZH) demande dans une intervention que la Confédération se charge de la planification hospitalière – en étroite collaboration avec les cantons. Son analyse? «Jusqu'à présent, les cantons n'ont pas eu le courage de faire une planification hospitalière conséquente», explique Hässig.
Il faut voir de quels hôpitaux on a vraiment besoin – et surtout quelles prestations chaque hôpital doit offrir. Une bonne planification hospitalière n'entraînerait pas de perte de qualité, au contraire, dit Hässig:
La motion de Hässig a été signée par des représentants de tous les partis sauf l'UDC, dont Manuela Weichelt, ancienne conseillère d'Etat zougoise. «Une bonne planification hospitalière permettrait d'économiser des coûts sans que la qualité n'en pâtisse», explique-t-elle, «mais quel directeur de la santé fermerait un hôpital»?
Regine Sauter est conseillère nationale (PLR/ZH) et présidente de l'association des hôpitaux H+. L'organisation du système de santé n'est pas optimale, dit-elle, avant d'ajouter: «Nous devons penser à l'échelle suprarégionale». La proposition de Hässig est certes un peu trop dirigiste à son goût.
La grande question est la suivante: la Confédération serait-elle vraiment mieux placée pour prendre de telles décisions? Ou y aurait-il de meilleures options pour une bonne planification hospitalière suprarégionale?
La conseillère nationale Sarah Wyss (PS/BS) veut charger le Conseil fédéral par voie d'intervention d'examiner trois modèles. Une planification hospitalière nationale, imposée par la Confédération, est l'ultime solution, dit-elle:
Une voie médiane praticable serait, selon elle, que les cantons soient obligés de procéder à une planification suprarégionale, à l'instar de la médecine hautement spécialisée.
Le Conseil fédéral n'est pas fermé à cette discussion: il a recommandé d'accepter le postulat Wyss. Au début de l'année, la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider avait énuméré l'amélioration de la collaboration entre la Confédération et les cantons comme l'une des quatre priorités de la politique de santé - et avait explicitement mentionné la planification hospitalière.
Sans surprise, les cantons s'opposent à un transfert de pouvoir à la Confédération. «Donner la compétence de la planification hospitalière à la Confédération ne serait pas à la hauteur de notre système décentralisé et fédéral», déclare Lukas Engelberger (au centre), président de la Conférence des directeurs de la santé.
Engelberger rejette clairement le reproche selon lequel les cantons poussent à la croissance des coûts avec leur planification hospitalière.
Engelberger rappelle que Bâle-Ville et Bâle-Campagne se sont mis d'accord sur une planification hospitalière commune, tout comme Saint-Gall et les deux Appenzell. De plus, les cantons piloteraient tout à fait les prestations par le biais des listes hospitalières.
Ce sont des exemples positifs, mais jusqu'à présent, ce sont des exceptions. Cela suffira-t-il à la politique? La pression pour une planification suprarégionale devrait continuer à croître – tout comme les coûts de la santé.
(Traduit et adapté par Chiara Lecca)