Suisse
Incendie

Car Postal: la syndique de Chiètres sort du silence et raconte

«Et là, on apprend qu'un élève est concerné»: la syndique de Chiètres raconte

L’incendie du car postal à Chiètres la semaine dernière a complètement pris la commune au dépourvu. La syndique Andrea Kaufmann se confie.
17.03.2026, 11:5517.03.2026, 13:19
Urs Haenni / ch media

Andrea Kaufmann, syndique de Chiètres, rentrait chez elle mardi après le travail lorsqu’elle a appris le dramatique incendie d'un car postal. En l’espace de quelques minutes, il a fallu gérer la crise et soutenir les équipes d’intervention. Celles-ci sont désormais reparties, mais le travail des autorités se poursuit. L'élue raconte.

«Cette tragédie a dévasté notre village».
«Cette tragédie a dévasté notre village».image: Urs Haenni

Six personnes ont perdu la vie mardi soir dans ce bus et cinq autres ont été blessées. Pour vous, s’agit-il d’un accident, d’un incendie, d’un homicide, d’un suicide…?
Andrea Kaufmann: Il est presque impossible de mettre des mots sur cet événement. Pour moi, c’est une tragédie qui nous a profondément bouleversés.

«Elle s’est déroulée au centre du village et nous atteint en plein cœur»

Qu’a provoqué cette tragédie à Chiètres?
Elle a suscité une immense consternation. Des gens sont en permanence sur place, s’arrêtent, se recueillent, déposent des fleurs, signent le livre de condoléances. En tant qu’autorité communale, nous restons en pensée auprès des victimes et de leurs proches. Je ressens aussi une forte solidarité, une entraide considérable de toutes parts. Les équipes d’intervention ont accompli un travail remarquable, pour lequel nous leur sommes profondément reconnaissants. De nombreuses personnes ont proposé leur aide de manière spontanée et très simple.

Comment percevez-vous l’ambiance dans le village, près d’une semaine après les faits?
Une atmosphère de recueillement persiste, notamment au centre, où les événements se sont produits et où les traces restent visibles. Les conversations tournent naturellement autour du drame. Il est omniprésent, et le restera.

Il existe des événements marquants pour lesquels on se souvient de l’endroit où l’on se trouvait au moment où ils se sont produits. C'est le cas ici?
Tous nos concitoyens sauront sans doute toujours dire précisément où ils étaient lorsqu’ils ont appris la nouvelle.

«Parce que ce fut un choc total, qui a frappé notre village de manière totalement inattendue»

Où étiez-vous, vous-même?
Je rentrais du travail et j’ai entendu des sirènes en chemin. A ce moment-là, le préfet m’a informée qu’il s’agissait de l'incendie d'un car postal. Il m’a demandé de me rendre à la maison communale, car il était nécessaire d’utiliser des locaux. Cinq minutes plus tard, j’étais sur place avec le responsable des finances et nous avons ouvert les portes.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez compris l’ampleur de la catastrophe?
Quand la préfecture appelle, on comprend immédiatement qu’il s’agit de quelque chose de grave.

«Au départ, il n’était question que d’un incendie, sans plus de détails. Puis, toutes les cinq minutes, de nouveaux éléments tragiques sont apparus»

Le préfet et le vice-syndic, Urs Hecht, qui étaient sur place, m’ont tenue informée en continu. Le responsable des finances et le secrétaire communal ont ensuite vidé des bureaux pour permettre à la police de travailler. Très tôt, on a appris qu’un élève du cycle d’orientation pourrait figurer parmi les victimes. On a alors coordonné les démarches avec les autorités scolaires. Bien entendu, j’ai tenu l’ensemble du conseil communal informé. Peu avant minuit, le préfet et moi avons décidé de mettre en place un dispositif de recueillement pour les proches et la population. Le lendemain, une tente avec des tables, des fleurs et un livre de condoléances a été installée sur les lieux du drame.

Quand avez-vous enfin pu relâcher la pression?
A la maison communale, l’atmosphère est restée très calme. Chacun a agit avec professionnalisme, en répondant aux appels et en mettant en place des conditions de travail adéquates. C’est seulement une fois chez soi que l’on réalise vraiment ce qui s’est passé.

Portrait
Andrea Kaufmann est syndique de Chiètres depuis 2022. Elle a rejoint le conseil communal en 2021, d’abord à la tête du dicastère de l’aménagement pendant un an. Née en 1983, elle a grandi dans la commune. Elle travaille comme avocate indépendante.
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Comment s’est déroulé le «jour d'après» pour la commune?
On a tenu une séance de conseil tôt le matin. On a défini ensemble les étapes suivantes. On a publié un message de condoléances sur notre site et on a remercié les équipes de secours. A son arrivée au travail, on a réuni le personnel communal pour l’informer et le préparer à ce qui pouvait arriver. Le personnel a relevé ce défi avec brio. Dans la matinée, les visites du président de la Confédération, Guy Parmelin et des conseillers d’État fribourgeois se sont précisées. L’équipe de Guy Parmelin est venue à la maison de commune pour discuter de l’organisation du moment de recueillement. Le soir, le vice-syndic et moi avons représenté la commune lors de l’office religieux.

«Il y avait un intérêt médiatique énorme ce jour-là, mais notre priorité a été et reste de soutenir toutes les personnes concernées ainsi que la population»

Où la coordination s’est-elle opérée?
Du côté de la commune, le contact et la communication passaient par le préfet. Il m’a transmis les besoins des différentes instances impliquées. Nous avons ensuite cherché des solutions en interne avec nos services. Cela a parfaitement fonctionné. Les circuits étaient courts, ce qui a permis d’agir très rapidement.

La commune disposait-elle d’un concept de gestion de crise?
Nous réfléchissons en permanence aux situations exceptionnelles. Mais un événement comme celui-ci était impossible à anticiper. L’essentiel est que la collaboration et la répartition des responsabilités au sein de la commune, ainsi que les échanges avec la préfecture et les services de secours, fonctionnent déjà bien en temps normal. Cela se vérifie ensuite dans une situation aussi exceptionnelle. Ce fut le cas dès le début: chacun pouvait compter sur l’autre.

Chiètres est un village de taille moyenne, avec un système de milice. Ce modèle a-t-il atteint ses limites?
Il est encore trop tôt pour le dire. Mais à ce stade, on peut affirmer que les structures communales ont tenu. La collaboration à tous les niveaux a fonctionné dans cette situation extraordinaire. Des améliorations restent toujours possibles, et on procédera bien sûr à une évaluation quand on aura davantage de recul.

Un espace a été aménagé dans la Seelandhalle pour accompagner les personnes touchées. Avez-vous vous-même envisagé de faire appel à l'équipe de soutien psychologique (Care Team)?
Dès le départ, la commune a mentionné l’offre du Care Team sur place ainsi que sur la hotline cantonale. Le besoin pour ce type de soutien était évident. Personnellement, je n’y ai pas eu recours, mais je me suis rendue à la Seelandhalle pour remercier le Care Team. Dans un premier temps, nous avons essayé d’agir de la manière la plus professionnelle possible.

«Le travail émotionnel prendra du temps»

Comment la commune poursuivra-t-elle son travail lié à cette tragédie dans les prochains jours?
Les échanges entre le préfet, le vice-syndic et moi se sont poursuivis durant le week-end et ils continuent cette semaine. Des réunions sont déjà prévues. Il existe toujours un besoin en locaux, notamment pour des entretiens. Le conseil communal est également en contact avec l’école. Le soutien aux personnes concernées commence véritablement maintenant. On reste à leurs côtés.

Le moment viendra où il faudra revenir à une certaine normalité. Comment ce processus se déroule-t-il?
J’imagine qu’il s’agira d’un long processus. En collaboration avec les autres autorités, on réfléchira à la manière de donner une place à cet événement tragique lorsque le quotidien reprendra.

Quelles leçons une commune peut-elle tirer d’une telle situation?
On analysera cela en détail au sein du conseil plus tard, notamment la manière dont on a assumé notre rôle et nos responsabilités. Pour l’heure, on se concentre sur les victimes, leurs proches et les services de secours: on veut continuer à apporter le soutien nécessaire avant d’entamer ce travail d’analyse.

Que ressentez-vous lorsque vous passez aujourd’hui sur les lieux du drame?
De la tristesse et de la consternation. C’est au cœur du village. On habite tous ici, on passe là chaque jour, on y fait nos courses. La douleur est visible. Cela suscite une profonde émotion.

«En même temps, on a reçu une solidarité incroyable: du village, de la région, de tout le canton de Fribourg. Cela fait que, en tant que commune, on ne se sent pas seuls»

(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)

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