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Interview

Vous n'y comprenez plus rien au variant Delta? On décortique

Image: Shutterstock/DR/watson
Le variant Delta inquiète la planète. Plus contagieux, plus dangereux, résistant aux vaccins, annonciateur d'une nouvelle vague en Suisse? Pour remettre un peu d'ordre (et de calme) dans ce que l'on sait et ce que l'on ne sait pas encore sur ce variant, nous avons posé neuf questions à Pauline Vetter, médecin cheffe de clinique au Service des maladies infectieuses des HUG.
07.07.2021, 05:5909.07.2021, 08:38
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C'est quoi, ce variant Delta?

Pauline Vetter: L’apparition d’un variant résulte de l’évolution naturelle d’un virus avec le temps, qui accumule des mutations à chaque fois qu’il se multiplie. Le variant Delta est un des quatre variants que l’on considère comme préoccupants, car ils sont associés notamment à des augmentations locales du nombre de cas de Covid-19.

A quel point le variant Delta est contagieux?

Il est plus transmissible que les autres variants qui circulaient avant. Des données épidémiologiques nous venant d’Angleterre indiquent qu’il serait environ 50 à 60% plus contagieux que le variant Alpha (anciennement appelé variant anglais). Delta a l’avantage sur les autres variants, il peut donc les remplacer progressivement et peut devenir, un jour, majoritaire.

A quel point le variant Delta est dangereux?

Un plus grand risque d’hospitalisation et une sévérité plus importante de la maladie ont été suggérés avec tous les variants, même si cela n’a pas toujours été confirmé. Mais pour Delta, quelques données anglaises nous donnent l’impression qu’il pourrait y avoir un risque augmenté d’hospitalisation dans les populations non-vaccinées infectées.

Le variant Delta va-t-il devenir majoritaire en Suisse?

Il est déjà en train de le devenir en Suisse. On observe cette tendance depuis plusieurs semaines. Même sans augmentation nette du nombre de cas, la proportion attribuée à Delta grimpe.

Vous le voyez, en vert? Sa proportion augmente dans notre pays au fil des jours

Image: covariants.org

Les vaccins nous protègent-ils contre le variant Delta?

Tous les vaccins ne sont pas égaux contre tous les variants. Nous avons de bonnes données à l’heure actuelle qui soutiennent que les vaccins ARN messagers, utilisés en Suisse, font partie de ceux qui offrent une des meilleures protections contre tous les variants. De plus, ils gardent une très bonne efficacité contre Delta.

En Angleterre, on observe une discrète diminution de la protection contre l’infection, mais celle-ci se situe encore à 79%. Les vaccins ARN messagers protègent encore mieux contre une maladie symptomatique, à 88%, alors qu’ils sont efficaces à 96% contre une maladie sévère (et donc l’hospitalisation). Attention, il faut avoir une vaccination complète pour être protégé au mieux, soit avoir reçu deux doses, soit une seule dose après avoir été déjà infecté.

Les vaccinés contaminés par le Delta peuvent-ils transmettre le virus?

Des personnes vaccinées peuvent en effet être infectées car la vaccination ne protègent pas à 100% contre cela. De plus, certaines catégories de population ont un système immunitaire moins bon et vont moins bien répondre à la vaccination. Je pense aux personnes âgées ou à celles qui doivent prendre des traitements immunosuppresseurs, notamment.

«Cependant, quand on est infecté après avoir été vacciné, les données montrent que nous avons moins de risque d’être hospitalisés et de mourir»

On voit aussi que, même si on est porteur du virus après le vaccin, ce sera pour une durée plus courte et la charge virale sera plus basse que chez les non-vaccinés, donc les occasions de transmissions peuvent être réduites.

Le variant Delta va-t-il créer une troisième vague en Suisse?

On peut s’attendre au moins à petite augmentation des cas, d’autant que les personnes vont voyager et que les mesures ont été levées. En parallèle, la proportion de Delta augmente. Il est possible que ce variant circule dans les populations les moins vaccinées.

Le rebond des infections est possible; par contre nous n’aimerions pas voir de rebond des hospitalisations. Pour éviter cela, la vaccination est la clé pour protéger de la maladie grave, et donc de l’hospitalisation. Il faut aussi rappeler que les masques, les distances et le lavage des mains restent efficaces contre tous les variants.

Les jeunes et les enfants seront-ils les grands propagateurs du variant Delta?

En Angleterre, les données indiquent que ce variant circule majoritairement chez les 20-40 ans. Ce sont les groupes d’âges qui n’ont pas été vaccinés de façon majoritaire (enfants exclus).

Cette population est aussi celle qui sort davantage avec la levée des mesures, et donc qui a le plus d’opportunités de transmettre le virus. Concernant les enfants, je ne vais pas parler à la place des pédiatres.

«Pour limiter au maximum la transmission du virus, il faut vacciner le plus de personnes possibles, et il reste encore une partie de la population notamment adulte non vaccinée»

Le variant Delta Plus, c'est quoi?

C’est un «variant du variant» Delta, qui a accumulé des mutations. On le surveille. Si on veut éviter que tous ces variants continuent à muter, nous devons éviter de laisser le virus se propager. Je le dis donc encore une fois: la vaccination, c’est la clé.

La 2G ne baissera pas le nombre de spectateurs dans les patinoires
Il faut désormais être vacciné ou guéri («geimpft oder genesen» en allemand, d'où les 2G) pour aller voir des matchs de hockey sur glace en Suisse. Les clubs de National League et Swiss League se sont enfin décidés mardi à prendre cette sage décision. Ils l'ont fait à l'unanimité. Et ça ne les impactera pas négativement.

La règle des 2G s'applique désormais à tous les matchs de National League et de Swiss League ainsi qu'à la Coupe Spengler. Donc, oui, ceux qui le souhaitent peuvent parler d'une «vaccination obligatoire» pour tous les fans de hockey à partir de seize ans. Les voix critiques ne manqueront pas. Alors les clubs ont-ils des répercussions à craindre? Non.

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