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Ces accords entre Trump et la pharma suisse pourraient faire mal

Le directeur général de Novartis, Vas Narasimhan (2e à partir de la gauche), et la directrice générale de Genentech, filiale de Roche, Ashley Magargee (5e à partir de la droite), en visite à la Maison ...
Le directeur général de Novartis, Vas Narasimhan (2e à partir de la gauche), et la directrice générale de Genentech, filiale de Roche, Ashley Magargee (5e à partir de la droite), ici en visite à la Maison-Blanche.Image: Keystone

La pharma suisse «à un tournant» malgré les accords avec Trump

Donald Trump a choisi la Suisse comme pays de référence pour les prix des médicaments aux Etats-Unis. Les conséquences pourraient être considérables.
13.01.2026, 05:3313.01.2026, 05:33
Pascal Michel / ch media

Pour l’industrie pharmaceutique, la pilule que leur a donnée Donald Trump est amère. Avec sa menace de droits de douane, le président américain a contraint les entreprises à produire leurs médicaments directement aux Etats-Unis.

Une relocalisation dont les effets seront également ressentis en Suisse. Le président de Roche, Severin Schwan, a déjà averti que:

«Le gâteau des investissements dans le reste du monde devient toujours plus petit»

Des accords qui changent la donne

Mais le seul Made in USA ne suffit pas à Trump. Le président américain s’est également attaqué aussi aux prix des médicaments aux Etats-Unis, qui atteignent des records dans le monde. Et donc, indirectement, aux chiffres d’affaires et aux profits confortables du secteur.

Ces dernières semaines, Donald Trump a négocié des accords avec les grands groupes pharmaceutiques, dont Roche et Novartis. Les poids lourds helvétiques se sont engagés à corriger les prix de certains médicaments aux Etats-Unis. Des ajustements qui ne devraient toutefois pas frapper trop durement la branche.

Severin Schwan.
Severin Schwan, président de Roche.Image: Keystone

La pression reste, cependant, élevée sur l'industrie pharmaceutique. Président d’Interpharma, Jörg-Michael Rupp est même allé jusqu’à dire jeudi, lors d’une conférence de presse, que la pharma suisse se trouvait «à un tournant».

Car Donald Trump voit bien au-delà de ces récents deals. Le locataire de la Maison-Blanche prévoit, à plus long terme, d’imposer des baisses de prix sensibles dans trois grands programmes de santé publique.

Des changements préjudiciables à la Suisse

Pour ce faire, il entend appliquer le principe dit du MFN (Most Favoured Nation). Concrètement, les prix des médicaments aux Etats-Unis ne devraient plus dépasser ceux pratiqués dans le pays de référence le moins cher. L’administration Trump a déjà sélectionné plusieurs pays à cette fin.

Pour la Suisse et ses géants pharmaceutiques, les conséquences seraient directes, car elle figure parmi les pays de référence dans les trois programmes. Cela signifie que les prix fixés ici par la Confédération pour les nouveaux médicaments protégés par un brevet influenceront directement ceux pratiqués aux Etats-Unis.

Du point de vue de la branche, le problème est que la Suisse ne met pas suffisamment d’argent sur la table pour rembourser ce type de médicaments. Et à terme, cela pourrait faire pression sur les prix que Roche ou Novartis peuvent exiger aux Etats-Unis. Selon des estimations du cabinet de conseil Executive Insight Healthcare Consultants, ces baisses pourraient concerner jusqu’à 40% des dépenses annuelles américaines en médicaments. Patron de Novartis Suisse, David Traub explique:

«Il ne sera à l’avenir plus possible économiquement pour les entreprises pharmaceutiques de lancer en Suisse de nouveaux médicaments à un prix sensiblement plus bas. Car cela représenterait un risque pour le remboursement aux Etats-Unis.»

Dans cette logique, les entreprises suisses ne se contenteraient pas de négocier plus durement les prix, elles pourraient aussi renoncer à lancer de nouveaux médicaments en Suisse. En clair, mieux vaut ne pas afficher de prix qu’un prix trop bas, qui finirait par se répercuter outre-Atlantique.

Une hausse des prix

C’est pourquoi la branche fait désormais du lobbying pour que les prix des médicaments grimpent en Suisse, même si ses représentants préfèrent parler d’une «rémunération appropriée de l’innovation». Selon eux, cela permettrait d’éviter des pénuries d’approvisionnement et de limiter le risque d’un effondrement des revenus aux Etats-Unis.

Contacté, le directeur d’Interpharma, René Buholzer, n’a pas voulu avancer de cible chiffrée précise. Mais, selon lui, la Suisse devrait s’aligner sur d’autres pays de référence, comme l’Allemagne (0,67% du PIB), la France (0,82% du PIB) ou l’Italie (1,04% du PIB). Actuellement, la Suisse consacre 0,43% de son PIB aux médicaments protégés par un brevet. Jörg-Michael Rupp l’a formulé ainsi:

«Dans le nouvel ordre mondial, il n’y a plus de décisions de politique intérieure. Celui qui ne regarde que les coûts affaiblit l’industrie pharmaceutique suisse»

Il s'agit d'une industrie qui continue pourtant de générer, en Suisse, une valeur ajoutée considérable, des emplois et des recettes fiscales.

Le débat sur les prix aux Etats-Unis n'est qu’un élément d’un ensemble plus complexe. Car, selon Interpharma, l’arrivée de Donald Trump au pouvoir n’a fait qu’aggraver des problèmes déjà existants.

Des conséquences sur les primes d'assurances

Outre le remboursement des médicaments, la concurrence entre les sites dépend aussi de la fiscalité, de l’environnement de recherche, de la numérisation ou encore du marché du travail. Sur ces terrains également, la Suisse serait à la traîne, dénoncent les représentants de la branche. Jörg-Michael Rupp le résume ainsi:

«Quand la pharma va mal, c’est aussi la Suisse qui va mal»

Ces avertissements semblent désormais avoir été entendus à Berne, et le Conseil fédéral a amorcé un premier mouvement. Mais sur la question des prix des médicaments, aucune solution rapide ne se dessine. Jusqu’ici, l’Office fédéral de la santé publique s’y oppose clairement.

Le vice-directeur sortant, Thomas Christen, nous le rappelait encore dernièrement:

«Je m’étonne tout de même un peu lorsque les fabricants de médicaments réclament des prix plus élevés mais réalisent des bénéfices à deux chiffres en milliards.»

On ne peut pas, selon lui, ignorer les conséquences de hausses des prix sur les primes d’assurance-maladie.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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