La Suisse perd des millions à cause de cette habitude médicale
En Autriche, la majorité des personnes atteintes de sclérose en plaques (SEP) privilégient une forme de traitement simple et autonome: 58% d’entre elles s’administrent leur traitement au moyen d’un stylo injecteur, utilisable en dehors d’un cadre hospitalier.
En Suisse, la situation est inverse. Les patients reçoivent le plus souvent leur traitement par perfusion, sous supervision médicale. Le stylo injecteur ne représente que 21% des prescriptions, une proportion nettement inférieure à celle observée à l’étranger, selon des données de l’entreprise de santé Iqvia.
Mais alors, pourquoi cette solution plus pratique est-elle si peu prescrite en Suisse?
Une alternative qui n'a pourtant que du positif
L’efficacité et les effets secondaires de ces médicaments sont comparables. Il s’agit de traitements hautement performants, qui permettent de mieux maîtriser les poussées et les inflammations. Ce qui les distingue réside dans leur mode d’administration: les perfusions sont réalisées par un médecin, en cabinet ou à l’hôpital. Le stylo injecteur, lui, peut être utilisé de manière autonome par des patients formés. Une option non seulement plus simple, mais aussi nettement moins chronophage et coûteuse.
L’administration du traitement à domicile constitue un progrès important pour les personnes concernées, explique David Haerry. Ce représentant des patients est en contact étroit avec de nombreuses personnes atteintes de SEP, une maladie qui touche nettement plus souvent les femmes. Il souligne:
Beaucoup de patients exercent une activité professionnelle et ont une vie familiale. «Ils doivent répartir leur énergie avec attention», poursuit Haerry avant d'ajouter:
Ainsi, pouvoir éviter une hospitalisation de quatre heures est généralement vécu comme un réel soulagement.
Des préférences absentes des prescriptions
Si ce souhait ne se traduit pas dans la pratique, David Haerry l’explique notamment par des consultations trop succinctes:
Que choisiraient-ils donc s’ils connaissaient précisément les avantages et les inconvénients de chaque solution? C’est la question qu’a explorée une nouvelle étude de Polynomics, réalisée pour le compte de Novartis, fabricant du stylo injecteur.
Le résultat est sans appel: parmi près de 1000 personnes interrogées dans la population générale, une nette préférence se dégage en faveur d’une application rapide et simple. La majorité souhaiterait également éviter les déplacements à l’hôpital ou au cabinet médical. Ainsi, 80% des répondants indiquent qu’ils privilégieraient un traitement par stylo injecteur. Le principal inconvénient, par rapport à la perfusion, réside dans la fréquence d’utilisation: celle-ci n’est administrée que tous les six mois, tandis que le stylo doit être utilisé une fois par mois.
Chez les patients atteints de SEP, la préférence est plus mesurée. Parmi les 66 personnes concernées incluses dans l’échantillon, 51% déclarent qu’elles utiliseraient volontiers le stylo si cette option leur était proposée.
Les patients sont les plus réticents au changement
Si les personnes concernées se montrent plus réservées que les personnes en bonne santé, le responsable de l’étude, Marc Bill, n’en est pas surpris:
Un constat que confirme David Haerry:
Et comme les premières thérapies introduites sur le marché suisse étaient administrées par voie intraveineuse, ce mode d’application s’est durablement imposé. Le stylo injecteur, lui, n’est disponible que depuis environ cinq ans.
David Haerry pointe du doigt les «mauvaises incitations» du système: prescrire un stylo injecteur ne génère aucun revenu, tandis que les perfusions continuent d’exploiter le matériel et le personnel déjà disponibles.
Un important potentiel d’économies
Pour les caisses maladie, ces coûts sont loin d’être négligeables. C’est ce que met en évidence une seconde étude de Polynomics, également réalisée pour le compte de Novartis. Si la moitié des quelque 7000 patients atteints de SEP sous traitements optaient pour le stylo, conformément aux préférences exprimées, jusqu’à 16 millions de francs par an pourraient être économisés, sans que personne n’y perde en qualité de traitement.
Ces résultats commencent aussi à questionner la sphère politique. La conseillère nationale UDC Vroni Thalmann a déposé une interpellation parlementaire. Elle souhaite savoir si le potentiel d’économies lié au mode d’administration des médicaments est connu et comment il pourrait être exploité. Car, dans d’autres domaines également, comme la rhumatologie ou la prophylaxie de la migraine, l’administration à domicile pourrait permettre de réduire sensiblement les coûts.
Traduit et adapté de l'allemand par Léon Dietrich
