Le F-35 pourrait sauver des centaines d’emplois en Suisse
Les nouveaux avions de combat F-35 coûteront très cher à la Suisse, mais une part importante de cette somme va toutefois être réinvestie directement dans l’économie suisse. L’Office fédéral de l’armement (Armasuisse) a en effet indiqué que les «affaires compensatoires» («offset») représentaient 3,7 milliards de dollars. Jusqu’ici, le montant évoqué était de 3 milliards.
Environ un demi-milliard de dollars sera investi à Emmen (LU). C’est là que le groupe d’armement Ruag prévoit d’assurer lui-même l’assemblage final de plusieurs exemplaires du nouvel avion de combat. Ce vaste projet, baptisé «Rigi», serait sur le point d’aboutir à la signature d’un contrat avec le constructeur américain Lockheed Martin. Le nombre exact d’appareils qui seront assemblés à Emmen n’est pas encore connu. Armasuisse table toutefois sur trois à cinq exemplaires.
Emmen, centre européen
L’assemblage final s’étalera sur plusieurs années. Durant cette période, environ 120 spécialistes travailleront à Emmen sur le F-35. Une fois cette étape achevée, ces experts ne se retrouveront toutefois pas sans emploi. Ils seront affectés à la maintenance de l’avion de combat.
Mais Ruag ne se contentera pas d’entretenir les appareils suisses. L’entreprise souhaite également assurer la maintenance des F-35 appartenant à d’autres pays. L’objectif est de faire d’Emmen un centre européen de compétences pour le F-35.
Les armées européennes disposent en effet de plusieurs centaines de F-35, mais il n’existe aujourd’hui qu’un seul site en Europe capable d’effectuer des opérations de maintenance lourde sur cet appareil: la base aérienne militaire de Cameri, près de Milan. Selon Lockheed Martin, un deuxième site européen doit désormais être créé. Il s'agirait de la base d'Emmen et serait exploité par Ruag.
Début juin, le président du conseil d’administration de Ruag, Jürg Rötheli, déclarait dans l’émission Samstagsrundschau de la SRF que des discussions à ce sujet étaient déjà en cours avec deux pays «au nord de la Suisse». Ceux-ci manifesteraient «un grand intérêt» à envoyer leurs F-35 en Suisse pour leur entretien. Jürg Rötheli n’a toutefois pas révélé de quels pays il s’agissait. A l’heure actuelle, la Belgique, le Danemark, la Finlande, la Norvège et les Pays-Bas exploitent déjà la version F-35A. L’Allemagne, la Pologne et le Royaume-Uni les rejoindront prochainement.
La Belgique veut des F-35 «européens»
Il est tout à fait possible que la Belgique fasse partie des deux pays avec lesquels la Suisse est en discussion. En décembre, le ministre de la Défense Martin Pfister s’est rendu à Bruxelles afin d’inspecter les F-35 belges. La Belgique a commandé 45 appareils. Une douzaine d’entre eux ont déjà été livrés directement depuis l’usine de production située au Texas.
Les avions de combat restant à livrer devraient, au moins en partie, provenir d’Europe. Les F-35 belges doivent être «aussi européens que possible», a déclaré le ministre belge de la Défense. Le message est clair: même si l’Europe mise sur des avions de combat américains, elle ne veut pas dépendre totalement des Etats-Unis.
La Belgique souhaite donc faire assembler une partie de ses appareils à Cameri, en Italie. Ce site n’est pas seulement le centre européen de maintenance du F-35. C’est aussi, à l’heure actuelle, le seul endroit en Europe où l’assemblage final est possible. Or, cette usine fonctionne déjà à pleine capacité.
Le nouveau site d’Emmen pourrait donc également contribuer à désengorger la production. Pour l’instant, seul l’assemblage final des F-35 suisses est prévu à Emmen, mais il semble clair que les infrastructures et le savoir-faire pourront ensuite être proposés à des armées étrangères.
L'expertise de la Suisse reconnue
Jürg Rötheli explique que si la Suisse est appelée à exploiter ce nouveau centre européen du F-35, c’est grâce à l’excellente réputation acquise par Ruag avec le F/A-18. Selon lui, l’entreprise dispose d’une expertise en maintenance reconnue dans le monde entier.
Les jours du F/A-18 sont cependant comptés, tout comme ceux du F-5 Tiger. Les deux avions seront retirés du service au cours des prochaines années. Leur maintenance, qui occupe actuellement environ 400 personnes, disparaîtra donc elle aussi. Jusqu’à présent, il était toujours question d’une importante suppression de postes liée au retrait du F/A-18 et du Tiger. L’explication officielle avancée par Ruag et Armasuisse était simple: les F-35 modernes nécessitent beaucoup moins de maintenance que les anciens appareils, ce qui implique un besoin réduit en personnel.
Les perspectives semblent toutefois différentes aujourd'hui. Si le centre de compétences d’Emmen voit effectivement le jour et que suffisamment de contrats sont obtenus à l’étranger, la grande majorité des emplois actuels pourra être préservée, ce que Ruag nous a confirmé.
Des centaines de licenciements évités
Hormis les départs naturels, puisque de nombreux spécialistes partiront probablement à la retraite en même temps que «leur» F/A-18, aucun licenciement ne devrait être nécessaire. Tout cela reste néanmoins conditionné à la concrétisation du projet «Rigi». Le porte-parole de Ruag, Fabian Vogt, développe:
Cela vaut aussi bien pour la maintenance des appareils suisses que pour les mandats provenant de l’étranger. Ruag entend ainsi développer «des compétences précieuses et uniques». (btr/az)
