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Que font des russophones dans les centrales nucléaires suisses?

Que font des expatriés russophones dans les centrales nucléaires suisses?

Des expatriés russophones sont suspectés d'espionnage après avoir visité plusieurs infrastructures critiques en Suisse, comme la centrale nucléaire de Gösgen.
Des expatriés russophones sont suspectés d'espionnage après avoir visité plusieurs infrastructures critiques en Suisse, comme la centrale nucléaire de Gösgen.Image: Keystone / Montage watson
Des groupes d'expatriés russophones ont effectué plusieurs visites d'infrastructures helvétiques qui interpellent. Selon eux, il s’agirait pourtant seulement d'intégration, et pas d'espionnage.
12.04.2026, 11:1212.04.2026, 15:03
Henry Habegger

Dimitri* a contacté CH Media vendredi par un e-mail signé sur un ton manifestement sarcastique: «Dima, espion russe». Selon ses dires, cet homme fait partie d’un groupe d’expatriés russophones qui a récemment visité à plusieurs reprises des infrastructures critiques helvétiques, telles que des centrales nucléaires. Le Russe est irrité:

«Je ne peux que secouer la tête face à une couverture médiatique aussi unilatérale»

Selon lui, il s’agit d’une campagne bon marché contre des «groupes russes» menée soit par les médias, soit par le Service de renseignement de la Confédération.

Des visites qui interpellent

Sa colère vise un article de CH Media publié mardi. Des recherches ont montré que certains groupes d’expatriés russophones ont récemment visité de manière particulièrement fréquente des infrastructures critiques présentant un grand intérêt pour les services de renseignement étrangers: centrales nucléaires, aéroports, installations ferroviaires, centres logistiques, etc. Le Service de renseignement de la Confédération a confirmé avoir eu «connaissance de visites de groupes dans des installations relevant des infrastructures critiques de la Suisse».

Dimitri se sent directement visé avec sa communauté. Les activités décrites correspondent exactement aux leurs:

«J’ai moi-même participé à presque toutes, y compris à la centrale nucléaire de Gösgen (SO)»

Ces groupes ne seraient toutefois pas des «groupes russes» au sens strict, mais des communautés internationales composées «d’expatriés, d’Allemands, de Suisses, d’Ukrainiens, etc., où l’on parle russe». Beaucoup seraient arrivés en Suisse pour des raisons professionnelles après le début de la guerre en Ukraine et chercheraient à s’intégrer, notamment par des activités communes et des visites éducatives. «On cuisine ensemble, on fait des excursions, on apprend l’allemand», explique-t-il.

Selon lui, ces visites visent à mieux comprendre le fonctionnement du pays, dans une logique d’intégration et non d’espionnage. Il explique l’intérêt pour les installations techniques par la formation scientifique de nombreux membres:

«Pour eux, des visites comme celle de la centrale nucléaire de Gösgen sont particulièrement intéressantes et constituent un moment fort. Mais dès qu’on fait cela, on est immédiatement considéré comme un espion, juste parce que l’on s’intéresse à la technique et qu’on parle russe».

Le groupe s’est «d’ailleurs rendu plusieurs fois» au CERN à Meyrin (GE). «Les visites y sont organisées par des Russes qui y travaillent. Peut-être que ce sont tous des espions aussi?», lance-t-il avec amertume. À cause de cette «campagne bon marché», le groupe essuierait désormais selon lui des refus qui frôleraient le racisme, pour certaines visites guidées.

Pas de sympathisants de Poutine

Il n’y aurait aucun sympathisant de Vladimir Poutine dans son groupe, affirme Dimitri. Une assertion que certains observateurs peinent toutefois à croire. Il ajoute:

«Vous pouvez compter sur les doigts d’une main les raisons qui font que ces gens vivent en Suisse et non plus en Russie ou en Ukraine»

Selon lui, ce type de couverture médiatique fait le jeu de la propagande russe. «Personne parmi ceux que je connais ici n’approuve la guerre», argumente-t-il, en poursuivant:

«Moi-même, je ne suis pas retourné en Russie depuis 2021. On m’a en quelque sorte volé ma patrie. Pouvez-vous imaginer cela?»

L’expatrié en colère critique également le Service de renseignement de la Confédération. Il se demande à quoi servent les impôts. Le service devrait plutôt «contrôler les banques qui blanchissent de l’argent ou les entreprises qui livrent des composants électroniques dans des zones de guerre par des voies détournées». Mais cela demanderait sans doute trop de travail, le service préférerait selon lui traquer des personnes vivant légalement en Suisse.

Dimitri voit une autre hypocrisie dans le fait que, par exemple, Axpo achète ses barres de combustible en Russie:

«Mais bien sûr, les espions sont les gens ordinaires qui vivent ici et s’inscrivent à des visites guidées publiques»

*Nom connu de la rédaction.

(btr/az)

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