Des extrémistes de droite pro-Poutine vont défiler en Suisse
«Notre chère patrie est au bord du gouffre», avertit Nicolas A. Rimoldi dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Il est président du groupe Mass-Voll, né dans le sillage du mouvement d'opposition aux mesures Covid.
Liberté, démocratie, fédéralisme, prospérité: la Suisse risquerait de «tout perdre ce qui nous définit» si elle signait le «traité de servitude européen». C'est ainsi que Rimoldi décrit le nouveau paquet d'accords entre la Suisse et l'Union européenne.
Des personnalités venues de l'étranger
Face à cela, il entend résister: le 9 mai, Mass-Voll organise une manifestation à Lucerne. La Ville précise qu'une autorisation a été accordée pour le rassemblement, assortie de «conditions et exigences» non précisées.
Des invités étrangers défileront également lors de la manifestation. Mass-Voll l'a annoncé dans un message public de félicitations adressé au parti d'extrême droite hongrois Mi Hazánk («Notre Patrie», en français), qui a pu défendre ses six sièges au Parlement de 199 membres lors des élections hongroises du 12 avril.
Pour la peine de mort et l'amitié avec Poutine
Contacté, le président de Mass-Voll confirme la participation des invités hongrois. Des représentants du parti bulgare Vazrazhdane («Renaissance», en français) sont également attendus, selon Rimoldi.
Ces partis ont, comme Mass-Voll, rejeté pendant la période Covid les mesures de lutte contre la pandémie ainsi que les vaccinations.
Ils se situent à l'extrême droite de l'échiquier politique. Tous deux réclament le retrait de l'UE, une ligne plus dure contre les migrants et l'extension territoriale de leurs pays à des régions qui se trouvent aujourd'hui en Ukraine (Mi Hazánk) et en Macédoine du Nord (Vazrazhdane). Leurs représentants tiennent des propos homophobes, antisémites et racistes. Mi Hazánk, en Hongrie, souhaite en outre rétablir la peine de mort.
Des relations plus étroites avec la Russie figurent également à l'agenda des deux groupes. Vazrazhdane a même signé un accord de coopération officiel avec le parti gouvernemental russe du président Vladimir Poutine.
Des relations de longue date
Pourquoi Mass-Voll se rapproche-t-il de tels partis? Rimoldi explique:
Il souligne en outre que Mass-Voll a participé, en mars 2025, à une manifestation contre l'Otan à Bellinzone (TI), organisée par le Parti communiste du canton du Tessin, «bien que nous ne soyons vraiment pas des communistes», a-t-il précisé.
Avec Mi Hazánk et Vazrazhdane, on partagerait le rejet de l'UE et la défense d'«une Europe des nations souveraines», selon Rimoldi. Sur d'autres questions, on aurait en revanche «des divergences fondamentales».
La manifestation du 9 mai à Lucerne n'est pas la première rencontre entre Mass-Voll et les partis d'extrême droite d'Europe de l'Est. En août 2023, Rimoldi a participé, sur invitation de Mi Hazánk, à une «Conférence sur la souveraineté» à Budapest. Il fut également invité un an plus tard par Vazrazhdane à Sofia. Des rencontres ont également eu lieu en Suisse: en avril 2024, des représentants des deux partis ont participé à un rassemblement organisé par Rimoldi à Berne contre l'accord pandémique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Pas d'interdiction d'entrée prévue
Par le passé, les autorités fédérales ont pris des mesures d'interdiction d'entrée à l'encontre de certains extrémistes de droite étrangers. Ainsi, l'Autrichien Martin Sellner a été arrêté à la frontière de Kreuzlingen (TG) en octobre 2024. Il voulait se rendre dans la région de Zurich pour assister à une conférence organisée par le groupe d'extrême droite «Junge Tat», malgré l'interdiction d'entrée en vigueur prononcée par l'Office fédéral de la police (Fedpol).
En décembre dernier, le Tribunal administratif fédéral a déclaré cette interdiction d'entrée invalide, les conditions légales requises n'étant pas remplies. Auparavant, l'ancienne directrice de Fedpol, Nicoletta Della Valle, avait déjà essuyé une réprimande du Parlement. Elle avait en effet ignoré les recommandations de ses propres experts.
Du côté de Fedpol, on indique qu'une vision du monde extrémiste ne justifie pas à elle seule des mesures juridiques, telles que des interdictions d'entrée, tant qu'il n'existe pas d'indices de propension à la violence. Dans le cas de Mi Hazánk et de Vazrazhdane, Fedpol ne semble disposer d’aucun élément de ce type.
Nicolas A. Rimoldi annonce, quant à lui, une manifestation pacifique et salue les échanges constructifs avec la Ville de Lucerne et la police lucernoise. Mass-Voll assume l'entière responsabilité organisationnelle du rassemblement. Mais naturellement, les participants d'autres groupements sont les bienvenus. L'appel à manifester est abondamment partagé sur les réseaux sociaux, y compris, selon Rimoldi, par des membres de l'UDC.
