«L'UDC est une Ferrari, le PS est une Opel»
Baptisé «initiative du chaos» par ses opposants, le texte «Pas de Suisse à 10 millions!» méritait bien un «cycle de formation» destiné aux adhérents et sympathisants socialistes. Ce sera chose faite les 27 avril et 12 mai prochains, avant la date fatidique de la votation, le 14 juin. L’exercice se fera en ligne, a communiqué le PS sur ses réseaux sociaux le 8 avril. La problématique de l’initiative soutenue par l’UDC sera abordée dans un thème plus global, intitulé:
Quatre intervenants prendront part à ces sessions précédées de la question fondamentale «Que faire?», comme empruntée au célèbre texte du révolutionnaire Lénine: les conseillers nationaux socialistes Samuel Bendahan (VD) et Valérie Piller Carrard (FR), ainsi que le politologue Oscar Mazzoleni, professeur à l’Université de Lausanne, expert en populisme, et son confrère de l’Université de Neuchâtel, Gianni d’Amato, spécialiste des études migratoires.
«L'UDC peut gagner le 14 juin»
Le conseiller national PS Christian Dandrès tirait le signal d’alarme le 27 mars dans une interview à watson: l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!» peut gagner le 14 juin, redoutait-il. Juriste à l’Asloca, l’association de défense des locataires, le Genevois sait que le texte de la droite nationaliste est taillé pour séduire un électorat populaire, notamment de gauche, toujours plus inquiet face à la pénurie grandissante de logements.
«En Suisse alémanique, les équipes de l'UDC ont placardé partout des affiches pour des loyers moins chers», relevait l’élu socialiste à propos de cette initiative qui entend agir sur les leviers de l’immigration – l’asile et le regroupement familial, entre autres – pour empêcher que la population résidant en Suisse n’atteigne le seuil des 10 millions d’habitants.
«Des arguments qui pourront servir sur les stands»
Vice-présidente du PS suisse, Valérie Piller Carrard explique les raisons du «cycle de formation» prévu par le parti avant la votation du 14 juin:
Soins, construction, restauration...
Le logement n’est pas le seul argument sur lequel le PS entend contrer l’UDC. Valérie Piller Carrard tire à son tour le signal d'alarme:
Les effets d’un «oui» se feraient «durement sentir dans le domaine de l’AVS», met par ailleurs en garde la porte-parole du PS Suisse, Elisa Jeanneret.
L'appel du PS sur Facebook👇
Côté UDC, l’argumentaire est déjà prêt. Il prend à rebours celui du PS. Joint par watson, le conseiller national UDC vaudois Yvan Pahud assure que l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» est celle de «la sauvegarde du pouvoir d’achat et du bien-être des citoyens».
«Une initiative omnibus»
Selon le politologue Oscar Mazzoleni, l’un des intervenants, «en tant qu’expert», tient-il à préciser, des sessions de formation organisées par le PS, on est face à une «initiative omnibus».
Le politologue rapproche la votation du 14 juin de trois salves de votations anti-immigration:
- «Les initiatives Schwarzenbach des années 1970, toutes rejetées, mais soutenues par des minorités significatives. Des initiatives qui visaient principalement les travailleurs venant d’Italie et d’Espagne.»
- «Il faut rajouter l’initiative sur l’immigration de masse, en février 2014: soutenue par l’UDC et acceptée, également une initiative omnibus.»
- «Enfin, l’initiative Ecopop, refusée en novembre de la même année. Portée par des écologistes conservateurs, mais combattue par l’UDC, elle entendait lutter "contre la surpopulation" et "préserver les ressources naturelles".»
Oscar Mazzoleni l'affirme:
«L'initiative pourrait séduire l'électorat urbain romand»
Avec «Pas de Suisse à 10 millions!», le logement tient décidément la corde. Le politologue Oscar Mazzoleni note encore:
La question, devenue cruciale, du logement donne à la gauche le regret de n’être pas majoritaire en Suisse.
Valérie Piller Carrard veut le croire:
En préambule de son «cycle de formation» des 27 avril et 12 mai prochains, le PS écrit: «En Suisse comme ailleurs, l’extrême droite use d’arguments et de tactiques qui reposent bien souvent sur des mensonges et des manipulations. Face à cela, la formation et l’information restent la meilleure défense.» Au cours de la première session, le PS examinera «pourquoi les promesses électorales des partis de droite trouvent un tel écho auprès de larges pans de la population».
Pour le Vaudois Samuel Bendahan, coprésident du groupe socialiste aux Chambres fédérales, le «constat» fait dans le préambule s’applique à l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!», comme il l’indique par écrit à watson:
L'élu vaudois ajoute:
Comme le dit ce sympathisant de gauche, qui envie parfois la capacité de l’UDC à séduire au-delà de ses rangs :
