Orbán est parti, mais son héritage lui survivra
Après 16 ans au pouvoir, les Hongrois ont mis fin au mandat de leur premier ministre Viktor Orbán. Celui-ci n’avait plus de réponse convaincante à offrir aux défis du pays.
Un signe que le cycle de progression de l'extrême droite en Europe toucherait à sa fin? Rien ne permet de l’affirmer à ce stade.
En Hongrie, l’érosion du pouvoir d’Orbán s’explique entre autres par les failles, bien connues, typiques des gouvernements populistes. Tandis que le système de santé, les infrastructures de transport et l’éducation se dégradaient, le chef du gouvernement s’est concentré sur un affrontement idéologique avec l’Union européenne.
À cela s’ajoute un climat de désenchantement chez les jeunes générations, confrontées à un système où l’ascension sociale semble conditionnée à la loyauté politique.
Pour l’internationale populiste, ce départ constitue un revers, sans pour autant fragiliser son existence. Car ces mouvements européens n’ont jamais réellement construit de coopération structurée au niveau transnational.
Les divergences entre figures nationalistes, à l’image de Marine Le Pen en France et d’Alice Weidel en Allemagne, illustrent par ailleurs les limites de l'aspect international de ce mouvement.
Son fonctionnement repose sur une logique d’opposition, non pas proposer un projet: il s'agit avant tout de pointer du doigt des responsables, leur attribuant volontiers tous les malheurs du pays.
Tour à tour, les cibles peuvent être les étrangers, l’Union européenne ou les grandes entreprises — mais tout cela est souvent cumulé. Le discours reste toutefois constant: celui d’un système jugé défaillant, qu’il faudrait transformer en profondeur.
Cette grille de lecture s’inscrit dans un contexte de crises successives. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les sociétés occidentales évoluent dans un certain climat d’incertitude. La crise financière de 2008, la pandémie de Covid-19 du début de la décennie, et puis la guerre en Ukraine ont marqué toute une jeune génération européenne — une vraie succession de chocs économiques et politiques inhabituels à cette échelle.
Dans ce contexte, la défiance à l’égard des institutions s’est installée durablement. Le populisme apparaît moins comme une cause en soi, que comme un indicateur de cette perte de confiance.
Le phénomène est particulièrement visible en Allemagne et en France. En Allemagne, l’AfD s’impose désormais en tête de plusieurs enquêtes d’opinion. En France, l’élection présidentielle de l’an prochain s’annonce décisive, dans un climat politique fortement polarisé.
Les gouvernements en place peinent à enrayer cette dynamique, malgré les engagements économiques affichés, notamment en Allemagne sous l’impulsion de Friedrich Merz.
Leur marge de manœuvre reste souvent limitée, face à des facteurs externes tels qu'une pandémie, des crises migratoires liées à des instabilités régionales à l'autre bout du monde, ou encore une guerre en Ukraine — tout près, cette fois — et le choc énergétique qui en a résulté.
Dans ce contexte, les formations populistes disposent d’un avantage structurel: elles ne sont pas tenues de proposer des réponses détaillées à des problèmes complexes. Leur discours repose essentiellement sur la critique du mainstream et la dénonciation de ses échecs supposés.
Le départ de Viktor Orbán marque la fin d’un cycle politique en Hongrie. Mais les dynamiques qu’il incarne, elles, restent largement à l’œuvre en Europe.
Traduit de l'allemand par Tim Boekholt
