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Orbán est parti, mais son héritage lui survivra

FILE - Hungarian Prime Minister Viktor Orban waves has he walks onto stage to speak at the Conservative Political Action Conference (CPAC) in Dallas, Thursday, Aug. 4, 2022. (AP Photo/LM Otero,File)
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L’ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán à Budapest, à l’issue d’un mandat de seize ans marqué par la consolidation puis l’essoufflement de son projet politique.Keystone
Analyse

Orbán est parti, mais son héritage lui survivra

Le Premier ministre hongrois a échoué là où échouent généralement les populistes: à cause de leur incapacité à répondre durablement aux attentes qu’ils suscitent. Mais voir dans son départ le signe d’un tournant politique majeur en Europe serait prématuré.
18.04.2026, 19:0418.04.2026, 19:31
Remo Hess, Brüssel / ch media

Après 16 ans au pouvoir, les Hongrois ont mis fin au mandat de leur premier ministre Viktor Orbán. Celui-ci n’avait plus de réponse convaincante à offrir aux défis du pays.

Un signe que le cycle de progression de l'extrême droite en Europe toucherait à sa fin? Rien ne permet de l’affirmer à ce stade.

En Hongrie, l’érosion du pouvoir d’Orbán s’explique entre autres par les failles, bien connues, typiques des gouvernements populistes. Tandis que le système de santé, les infrastructures de transport et l’éducation se dégradaient, le chef du gouvernement s’est concentré sur un affrontement idéologique avec l’Union européenne.

À cela s’ajoute un climat de désenchantement chez les jeunes générations, confrontées à un système où l’ascension sociale semble conditionnée à la loyauté politique.

Ce qu'on pourrait appeler «l'Orbanisme» n’a pas tenu ses promesses

Pour l’internationale populiste, ce départ constitue un revers, sans pour autant fragiliser son existence. Car ces mouvements européens n’ont jamais réellement construit de coopération structurée au niveau transnational.

Les divergences entre figures nationalistes, à l’image de Marine Le Pen en France et d’Alice Weidel en Allemagne, illustrent par ailleurs les limites de l'aspect international de ce mouvement.

De façon plus fondamentale, le populisme se nourrit moins de ses alliances que de ses adversaires

Son fonctionnement repose sur une logique d’opposition, non pas proposer un projet: il s'agit avant tout de pointer du doigt des responsables, leur attribuant volontiers tous les malheurs du pays.

Tour à tour, les cibles peuvent être les étrangers, l’Union européenne ou les grandes entreprises — mais tout cela est souvent cumulé. Le discours reste toutefois constant: celui d’un système jugé défaillant, qu’il faudrait transformer en profondeur.

Cette grille de lecture s’inscrit dans un contexte de crises successives. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les sociétés occidentales évoluent dans un certain climat d’incertitude. La crise financière de 2008, la pandémie de Covid-19 du début de la décennie, et puis la guerre en Ukraine ont marqué toute une jeune génération européenne — une vraie succession de chocs économiques et politiques inhabituels à cette échelle.

Dans ce contexte, la défiance à l’égard des institutions s’est installée durablement. Le populisme apparaît moins comme une cause en soi, que comme un indicateur de cette perte de confiance.

Lorsque les citoyens estiment que le système ne répond plus à leurs attentes, ils se tournent vers des alternatives plus radicales

Le phénomène est particulièrement visible en Allemagne et en France. En Allemagne, l’AfD s’impose désormais en tête de plusieurs enquêtes d’opinion. En France, l’élection présidentielle de l’an prochain s’annonce décisive, dans un climat politique fortement polarisé.

Les gouvernements en place peinent à enrayer cette dynamique, malgré les engagements économiques affichés, notamment en Allemagne sous l’impulsion de Friedrich Merz.

Leur marge de manœuvre reste souvent limitée, face à des facteurs externes tels qu'une pandémie, des crises migratoires liées à des instabilités régionales à l'autre bout du monde, ou encore une guerre en Ukraine — tout près, cette fois — et le choc énergétique qui en a résulté.

Dans ce contexte, les formations populistes disposent d’un avantage structurel: elles ne sont pas tenues de proposer des réponses détaillées à des problèmes complexes. Leur discours repose essentiellement sur la critique du mainstream et la dénonciation de ses échecs supposés.

Dans un climat de défiance persistante, la tentation de l’alternance extrémiste demeure réelle. L’Allemagne comme la France pourraient, à leur tour, en faire l’expérience

Le départ de Viktor Orbán marque la fin d’un cycle politique en Hongrie. Mais les dynamiques qu’il incarne, elles, restent largement à l’œuvre en Europe.

Traduit de l'allemand par Tim Boekholt

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