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La Suisse fait tampon entre l'Iran et les Etats-Unis et ça agace

Gerhard Pfister demande l'abandon de la médiation suisse entre Iran et USA
Depuis 1980, la Suisse représente les intérêts des Etats-Unis en Iran. Une solution qui déplaît à Gerhard Pfister.Image: shutterstock/keystone

«La Suisse a contribué à stabiliser le régime iranien meurtrier»

L’attaque américaine contre le régime des mollahs touche directement la diplomatie suisse. Depuis 1980, la Suisse représente les intérêts des Etats-Unis à Téhéran. L’ancien président du Centre, Gerhard Pfister, exige la fin de ce mandat.
02.03.2026, 16:5802.03.2026, 16:58
Christoph Bernet
Christoph Bernet

Le guide suprême, Ali Khamenei, est mort samedi matin lors d’une frappe israélienne sur Téhéran. Les autorités iraniennes l'ont proclamé martyr et annoncé des représailles. Tous les signaux sont donc au rouge. Et la Suisse est directement concernée.

Dans le cadre de ses bons offices, elle représente depuis 1980 les intérêts des Etats-Unis en Iran au titre d’un mandat de puissance protectrice. Il s’agit du plus important des huit mandats de ce type actuellement exercés par la Suisse.

Concrètement, la Suisse assume des tâches consulaires ou diplomatiques lorsque deux Etats rompent totalement ou partiellement leurs relations. Ce mécanisme permet aux pays ennemis de maintenir un minimum de contacts. Dans le jargon du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), on parle de «fonction de messager».

Ignazio Cassis et son homologue iranien Abbas Araghchi le 17 février 2026 à Genève
Le ministre suisse des Affaires étrangères Ignazio Cassis (à droite) et son homologue iranien Abbas Araghchi, le 17 février à Genève.Image: keystone

Au vu de l’offensive américano-israélienne contre le régime iranien, on peut toutefois douter que Téhéran et Washington aient beaucoup à se dire en ce moment. Le canal suisse reste néanmoins actif dans le cadre du mandat de puissance protectrice, comme l'a indiqué le DFAE.

Samedi, le département s'est dit «profondément préoccupé» par les attaques dans un message publié sur les réseaux sociaux, appelant au «respect sans restriction du droit international et du droit international humanitaire». Le canal de communication est «à disposition des deux parties et dans les deux sens», précise le DFAE.

Bons offices ou opportunisme?

Cette position suscite des critiques en Suisse. Gerhard Pfister, conseiller national et spécialiste en politique extérieure, a déclaré à 20 Minutes:

«La Suisse devrait abandonner au plus vite son mandat de médiation pour les Etats-Unis en Iran»

Contacét, le Zougois explique défendre cette position depuis des années: selon lui, ces bons offices se sont révélés être de «mauvais services pour le peuple iranien». Il affirme:

«La médiation suisse entre Téhéran et Washington a contribué à stabiliser le régime meurtrier iranien»

Après l’attaque américaine, il est d’autant plus urgent d’abandonner le mandat de puissance protectrice, selon l'ancien président du Centre. Il estime que le Conseil fédéral s’en sert comme prétexte pour éviter de se positionner clairement. Or, selon lui, l’objectif de la Suisse dans la phase de transition qui s’ouvre devrait être limpide:

«Soutenir le peuple iranien dans la construction d’une société plus démocratique»

Pour Gerhard Pfister, le DFAE ne peut pas se retrancher derrière son rôle de messager entre la dictature des mollahs et l’administration Trump:

«D'autant qu’on ne sait pas si les Etats-Unis ont réellement intérêt à un changement démocratique en Iran ou s’ils ne chercheront pas rapidement un arrangement avec des éléments du régime dur»

Le conseiller national reproche en outre à la diplomatie suisse de présenter les mandats de puissance protectrice tantôt comme une mission essentielle de politique extérieure, tantôt comme de simples tâches formelles de routine, selon les opportunités:

«On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre»

De son côté, le DFAE rappelle qu’un mandat de puissance protectrice n’est en règle générale résilié qu’à la demande de l’Etat mandant. Rien n’indique qu’une telle requête ait été formulée par les Etats-Unis dans le cas iranien.

Sur son site internet, le département fédéral présente les bons offices comme un instrument traditionnel de la politique extérieure suisse. La Suisse peut créer de la confiance et générer des ponts là où les liens sont rompus. Dans un rapport publié en 2018, le Conseil fédéral écrivait:

«Ces bons offices créent une valeur ajoutée et servent la réputation de la Suisse»

Désescalade à coups de fax

Lors de précédents affrontements entre Washington et le régime des mollahs, l’ambassade suisse à Téhéran a joué un rôle clé de communication, contribuant à désamorcer les tensions. Par exemple en janvier 2020, lorsque Donald Trump a ordonné une frappe de drone à Bagdad, tuant Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods et numéro deux de facto du régime iranien. L’Iran a alors répliqué par des tirs de missiles contre des bases américaines dans la région.

Alors que Donald Trump et ses ministres, tout comme les dirigeants iraniens, multipliaient les déclarations enflammées en public, le ton était tout autre sur le canal sécurisé de l’ambassade suisse. Washington et Téhéran se sont entendus par messages faxés: l’Iran se limiterait à une riposte militaire ciblée, et les Etats-Unis s’abstiendraient de toute nouvelle escalade. (adapt. tam)

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Video: watson
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