«La Suisse a contribué à stabiliser le régime iranien meurtrier»
Le guide suprême, Ali Khamenei, est mort samedi matin lors d’une frappe israélienne sur Téhéran. Les autorités iraniennes l'ont proclamé martyr et annoncé des représailles. Tous les signaux sont donc au rouge. Et la Suisse est directement concernée.
Dans le cadre de ses bons offices, elle représente depuis 1980 les intérêts des Etats-Unis en Iran au titre d’un mandat de puissance protectrice. Il s’agit du plus important des huit mandats de ce type actuellement exercés par la Suisse.
Concrètement, la Suisse assume des tâches consulaires ou diplomatiques lorsque deux Etats rompent totalement ou partiellement leurs relations. Ce mécanisme permet aux pays ennemis de maintenir un minimum de contacts. Dans le jargon du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), on parle de «fonction de messager».
Au vu de l’offensive américano-israélienne contre le régime iranien, on peut toutefois douter que Téhéran et Washington aient beaucoup à se dire en ce moment. Le canal suisse reste néanmoins actif dans le cadre du mandat de puissance protectrice, comme l'a indiqué le DFAE.
Samedi, le département s'est dit «profondément préoccupé» par les attaques dans un message publié sur les réseaux sociaux, appelant au «respect sans restriction du droit international et du droit international humanitaire». Le canal de communication est «à disposition des deux parties et dans les deux sens», précise le DFAE.
Bons offices ou opportunisme?
Cette position suscite des critiques en Suisse. Gerhard Pfister, conseiller national et spécialiste en politique extérieure, a déclaré à 20 Minutes:
Contacét, le Zougois explique défendre cette position depuis des années: selon lui, ces bons offices se sont révélés être de «mauvais services pour le peuple iranien». Il affirme:
Après l’attaque américaine, il est d’autant plus urgent d’abandonner le mandat de puissance protectrice, selon l'ancien président du Centre. Il estime que le Conseil fédéral s’en sert comme prétexte pour éviter de se positionner clairement. Or, selon lui, l’objectif de la Suisse dans la phase de transition qui s’ouvre devrait être limpide:
Pour Gerhard Pfister, le DFAE ne peut pas se retrancher derrière son rôle de messager entre la dictature des mollahs et l’administration Trump:
Le conseiller national reproche en outre à la diplomatie suisse de présenter les mandats de puissance protectrice tantôt comme une mission essentielle de politique extérieure, tantôt comme de simples tâches formelles de routine, selon les opportunités:
De son côté, le DFAE rappelle qu’un mandat de puissance protectrice n’est en règle générale résilié qu’à la demande de l’Etat mandant. Rien n’indique qu’une telle requête ait été formulée par les Etats-Unis dans le cas iranien.
Sur son site internet, le département fédéral présente les bons offices comme un instrument traditionnel de la politique extérieure suisse. La Suisse peut créer de la confiance et générer des ponts là où les liens sont rompus. Dans un rapport publié en 2018, le Conseil fédéral écrivait:
Désescalade à coups de fax
Lors de précédents affrontements entre Washington et le régime des mollahs, l’ambassade suisse à Téhéran a joué un rôle clé de communication, contribuant à désamorcer les tensions. Par exemple en janvier 2020, lorsque Donald Trump a ordonné une frappe de drone à Bagdad, tuant Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods et numéro deux de facto du régime iranien. L’Iran a alors répliqué par des tirs de missiles contre des bases américaines dans la région.
Alors que Donald Trump et ses ministres, tout comme les dirigeants iraniens, multipliaient les déclarations enflammées en public, le ton était tout autre sur le canal sécurisé de l’ambassade suisse. Washington et Téhéran se sont entendus par messages faxés: l’Iran se limiterait à une riposte militaire ciblée, et les Etats-Unis s’abstiendraient de toute nouvelle escalade. (adapt. tam)
