Pourquoi la Suisse a laissé filer ce ministre iranien accusé de graves crimes
Les avocats d'un Irano-Suisse ont dénoncé, lundi, l'inaction des autorités helvétiques. Cet homme avait porté plainte en Suisse pour crimes contre l'humanité contre le vice-ministre des Affaires étrangères iranien Kazem Gharibabadi, alors que ce dernier se trouvait à Genève.
Cette plainte a été déposée le 23 février, la veille de discours successifs du vice-ministre devant la Conférence du Désarmement puis le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève.
«Alors qu'il était certain qu'il se trouvait sur le territoire helvétique, il a été demandé au Ministère public de la Confédération suisse de procéder à l'arrestation de Kazem Gharibabadi, haut dignitaire iranien, sur le fondement de la compétence universelle», ont rappelé les avocats français du plaignant William Bourdon et Philippine Vaganay.
«L'inaction du ministère public»
La visite du vice-ministre est survenue juste avant la tenue de nouvelles discussions indirectes entre l'Iran et les Etats-Unis sur le programme nucléaire iranien, en fin de semaine dernière.
Selon les avocats «ce contexte ne saurait justifier l'inaction du ministère public, qui avait le devoir de procéder à son interpellation au plus vite». Et ce d'autant plus que celui-ci «n'était pas membre de la délégation de négociation», ont-ils souligné.
La Suisse n‘arrête en principe jamais des représentants étrangers qui viennent pour des réunions internationales.
Dix ans dans les geôles iraniennes
La plainte, déposée au titre de la compétence universelle par un homme réfugié en Suisse après dix années passées dans les geôles iraniennes pour son engagement politique, accuse Gharibabadi de s'être rendu «coupable de crimes graves contraires au droit international» dans son pays, comme «coauteur» ou, a minima, comme «responsable».
Depuis 2011, la Suisse inscrit dans son droit les crimes contre l'humanité et se reconnaît une compétence universelle pour juger certains crimes graves en vertu du droit international.
Selon cette plainte, la responsabilité de Gharibabadi «pourrait être engagée» pour avoir «participé et couvert des faits de meurtre, de violences physiques et sexuelles, de détention arbitraire, de traitements inhumains ou dégradants et d'atteintes aux droits fondamentaux» lors de la répression de la vague de manifestations en Iran après la mort de Mahsa Amini en 2022.
A l'époque, rappelle cette plainte, Gharibabadi était un haut responsable du pouvoir judiciaire.
Par ailleurs, contrairement à ce que les deux avocats affirment, Gharababadi a bien participé jeudi aux pourparlers indirects entre les Etats-Unis et l‘Iran à Cologny (GE), comme l‘a constaté Keystone-ATS. (sda/ats/afp)
