Enfants attaqués à Zurich: la défense plaide l'acquittement
L'auteur de l'attaque au couteau sur les enfants d'une garderie à Zurich-Oerlikon en 2024 a comparu jeudi devant les juges. Le ressortissant chinois, aujourd'hui âgé de 25 ans, est accusé de tentatives d'assassinat pour avoir blessé grièvement trois petits garçons. La responsabilité pénale du prévenu, qui risque 15 ans de prison, figure au coeur du procès. La défense réclame l'acquittement.
L'audience s'est ouverte devant le Tribunal de district de Zurich avec les questions des juges au prévenu sur sa personnalité. Au moment des faits, le 1er octobre 2024, le jeune homme était «fou», a-t-il répondu à la Cour. Il se trouvait enfermé dans son propre monde parallèle, dont il n'avait plus réussi à s'extraire, a-t-il expliqué.
Environ trois semaines avant l’agression, il aurait entendu une voix masculine dans sa tête qui l'aurait sommé: «soit tu meurs, soit tu tues des enfants», a-t-il déclaré devant le tribunal. Il ne se souvient plus aujourd’hui de nombreux détails mais a affirmé en souffrir.
La responsabilité de l'accusé face à ses actes figure au coeur de ce procès. Une expertise psychiatrique la met en doute et atteste que le jeune homme souffrait de graves troubles psychotiques au moment des faits. Il a entre-temps reçu un suivi psychiatrique.
La défense demande l’acquittement
Pour l’expert psychiatrique, les troubles mentaux auraient débuté en mai ou juin 2024 par une phase dépressive. La radicalisation s’est opérée à mesure que la maladie progressait, son délire s’étant nourri de sujets d’actualité tels que des agressions au couteau en Chine.
Pour l’expert, l’intention de tuer est une conséquence évidente de la maladie. Il estime que le prévenu ne présente actuellement aucun symptôme aigu et que le risque de récidive pour des actes de violences est faible.
Dans son plaidoyer, l'avocat de la défense s’est largement fondé sur l’expertise psychiatrique pour réclamer l'acquittement. Selon cette expertise l'accusé présentait une perte de contrôle au moment des faits et était donc totalement irresponsable pénalement. Même une personne agissant avec intention peut être irresponsable pénalement, a souligné la défense.
ChatGPT consulté
Le procureur n'a pas retenu l’hypothèse d’un trouble mental. Contrairement à l'expertise psychiatrique, il a estimé que l'auteur était pénalement responsable et a requis une condamnation pour tentatives d'assassinat. Il réclame une peine privative de liberté de 15 ans assortie d'un traitement ambulatoire ainsi qu’une expulsion du territoire d'une durée de 15 ans.
Pour le procureur, l'étudiant aurait minutieusement planifié son acte pendant des semaines. Dès le mois d'août 2024, il aurait recherché avec ChatGPT les conséquences juridiques d'homicides à l'arme blanche sur des victimes visées au hasard ou encore l'anatomie du corps humain. Le prévenu aurait en outre commandé en ligne un set de couteaux dès septembre.
La veille de son passage à l'acte, il aurait acheté un morceau de viande de boeuf pour s'entraîner à porter des coups de couteau. Le jour des faits, il a perpétré l'attaque avec un couteau dont la lame mesurait environ 8,5 cm. Selon l'accusation, il a agi avec une cruauté particulière lors de cette attaque, motivé par un désir de vengeance et un besoin de reconnaissance.
Lettre de parents
L'agression est survenue le 1er octobre 2024 peu après midi à Zurich-Oerlikon. La justice reproche au prévenu d'avoir attaqué en pleine rue des élèves d'une école enfantine qui se déplaçaient durant la pause de midi sous la surveillance d'une employée de garderie. L'accompagnatrice avait réussi avec l'aide de passants à maîtriser l'agresseur.
Un garçon de 5 ans avait été grièvement blessé et avait nécessité une opération en urgence. Deux autres garçonnets du même âge avaient été touchés, l'un au thorax l'autre au poumon et à l’oreille droite.
Les avocats des familles des victimes réclament une réparation morale et des dommages-intérêts. Dans une lettre, des parents qui n’ont pas assisté au procès en raison du poids émotionnel ont décrit comment leur fils souffre depuis les faits de troubles du sommeil et a peur de ses propres rêves.
La lecture du jugement est attendue vendredi en fin d'après-midi. (sda/ats)
