Les grands noms de la gauche suisse disent «stop» à la Cicad
Le coprésident et la coprésidente du Parti socialiste, Cédric Wermuth et Mattea Meyer. La présidente des Verts, Lisa Mazzone. Une ancienne conseillère fédérale, Micheline Calmy-Rey. Les grands noms de la gauche dirigeante suisse apportent leur soutien à Sylvain Thévoz, député PS au Grand Conseil genevois. Ils le font dans une pétition lancée mardi par le cinéaste genevois Jacob Berger.
Pétition vs atteinte à la personnalité
Le texte, qui rassemble d’autres noms connus, Erica Deuber Ziegler, compagne de feu Jean Ziegler, l’humoriste Thomas Wiesel, le conseiller d’Etat PS Carlo Sommaruga ou encore l’ex-ambassadeur Jean-Daniel Ruch, est une réponse à l’action en justice intentée en avril dernier par la Cicad (Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation) contre Sylvain Thévoz, qui l’a lui-même rendue publique début septembre sur son compte Facebook en même temps qu’un article de Blick.
Adressée au tribunal de première instance du canton de Genève qui n'a pas encore rendu sa décision, la procédure engagée par la Cicad est de nature civile et non pas pénale. Elle demande au pouvoir judiciaire de reconnaître une atteinte à la personnalité contre la Cicad et son secrétaire général Johanne Gurfinkiel, avec en arrière-fond d’âpres disputes autour des notions d’antisémitisme et d’antisionisme.
Johanne Gurfinkiel accusé de «calomnie»
Dans une autre affaire, Johanne Gurfinkiel est la personne attaquée en justice. Cela fait suite au qualificatif «Judenrein», terme nazi signifiant «sans juifs», que le secrétaire général de la Cicad avait employé, en 2024, pour désigner le collectif Apartheid-Free Zone, lequel invitait à rejeter, entre autres, «les projets culturels, académiques ou sportifs venus d'Israël et visant à détourner l’attention du crime d’apartheid».
La Tribune de Genève le rapportait mercredi: pour «Judenrein», le procureur général genevois Olivier Jornot accuse Johanne Gurfinkiel de calomnie, laissant au tribunal le soin de prononcer ou non une peine. Dans l'entourage de la Cicad, on laisse entendre que l'accusation de calomnie sans demande de peine rend compte d'un doute du ministère public sur le chef de calomnie en tant que tel.
«Pro-génocide»
Revenons aux accusations d'atteinte à la personnalité visant Sylvain Thévoz. Sont en cause des publications du député PS sur le réseau Linkedin, dans lesquelles il lui est reproché de chercher systématiquement à dénigrer l’association et son secrétaire général en les associant à la politique «pro-génocide» du gouvernement israélien.
Parmi les messages jugés attentatoires à la personnalité par la Cicad, cette republication, en septembre 2025, par le député socialiste genevois, d’un commentaire de Julia Steinberger, professeure à l’Université de Lausanne, experte du climat:
Julia Steinberger, de même que l’ensemble des personnes nommées dans la citation ci-dessus, font partie des signataires de la pétition en faveur de Sylvain Thévoz.
La lettre dont il est question dans cette republication est une opinion parue le 22 août de la même année dans la Tribune de Genève.
«La Cicad engage des procédures bâillon»
Joint par watson, Sylvain Thévoz affirme que cette lettre, publiée «avec le soutien du collectif juif décolonial Marad», vaut en quelque sorte «pièce à conviction pour la Cicad dans le procès qu'elle intente à la liberté d'expression et à tout un mouvement demandant l'arrêt du génocide».
Le député socialiste ajoute:
«Ce que nous reprochons à Sylvain Thévoz»
Lionel Halpérin, vice-président de la Cicad et avocat de l’association dans l’action intentée contre le député genevois, également joint par watson, conteste la façon dont «Sylvain Thévoz présente, sur les réseaux sociaux, l’action en justice intentée contre lui par la Cicad»:
Lionel Halpérin ajoute:
«C'est message politique qu’on entend faire passer»
La pétition lancée par Jacob Berger en soutien à Sylvain Thévoz atteignait 1400 signatures, ce jeudi, en milieu d’après-midi. Contacté par watson, son auteur rejette le grief de la Cicad de non-respect de la séparation des pouvoirs.
Sur la forme, d’abord. Jacob Berger: «Il y a un déséquilibre entre une organisation comme la Cicad qui a beaucoup d’argent et un militant, fût-il élu politique ou non, qui n’en a pas beaucoup. Quand des militants sont poursuivis en justice, même si la poursuite est infondée, cela a des conséquences très lourdes pour ces militants.»
«La Cicad panique»
Sur le fond, ensuite:
«Les pétitionnaires s'agitent, nos arguments sont justes»
Côté Cicad, on estime à l’inverse que la «panique» est du côté adverse.
Le coprésident du PS genevois n'a pas signé la pétition
Le 7 septembre sur la chaîne Léman Bleu, le coprésident du PS genevois, Cyril Mizrahi, apportait son soutien à Sylvain Thévoz et demandait à la Cicad de mettre fin à ses poursuites contre le député. Au passage, il considérait que le slogan pro-palestinien «du fleuve à la mer» pouvait avoir un «caractère antisémite» dès lors qu’il signifie la disparition d’Israël.
Cyril Mizrahi n’a pas signé la pétition lancée par Jacob Berger. Pourquoi?
Quant à l’action du gouvernement israélien à Gaza et dans les territoires occupés, Cyril Mizrahi la juge «contraire au droit international et à tout devoir d’humanité».
Silence de Wermuth et Calmy-Rey
Sollicités par watson en tant que cosignataires de la pétition, ni le coprésident du PS Suisse Cédric Wermuth, ni l'ex-conseillère fédérale et ancienne ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey n'ont donné suite. Quant à Lisa Mazzone, elle a répondu ne rien vouloir ajouter à ce qu'elle a déjà dit à la Tribune de Genève, à savoir:
