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Les grands noms de la gauche suisse s'abattent sur la Cicad

Johanne Gurfinkiel (Cicad), Lisa Mazzone (Les Vert.e.s), Micheline Calmy-Rey (PS).
Johanne Gurfinkiel (Cicad), Lisa Mazzone (Les Vert.e.s), Micheline Calmy-Rey (PS).image: watson

Les grands noms de la gauche suisse disent «stop» à la Cicad

La Cicad, association luttant contre l'antisémitisme, est indirectement visée par une pétition cosignée par les présidents du PS et des Verts pour avoir engagé des poursuites contre le député genevois Sylvain Thévoz. Le secrétaire général de la Cicad est, par ailleurs, accusé de calomnie par le procureur général genevois. watson a joint les protagonistes de la discorde.
17.09.2026, 19:0617.09.2026, 20:56

Le coprésident et la coprésidente du Parti socialiste, Cédric Wermuth et Mattea Meyer. La présidente des Verts, Lisa Mazzone. Une ancienne conseillère fédérale, Micheline Calmy-Rey. Les grands noms de la gauche dirigeante suisse apportent leur soutien à Sylvain Thévoz, député PS au Grand Conseil genevois. Ils le font dans une pétition lancée mardi par le cinéaste genevois Jacob Berger.

Pétition vs atteinte à la personnalité

Le texte, qui rassemble d’autres noms connus, Erica Deuber Ziegler, compagne de feu Jean Ziegler, l’humoriste Thomas Wiesel, le conseiller d’Etat PS Carlo Sommaruga ou encore l’ex-ambassadeur Jean-Daniel Ruch, est une réponse à l’action en justice intentée en avril dernier par la Cicad (Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation) contre Sylvain Thévoz, qui l’a lui-même rendue publique début septembre sur son compte Facebook en même temps qu’un article de Blick.

Adressée au tribunal de première instance du canton de Genève qui n'a pas encore rendu sa décision, la procédure engagée par la Cicad est de nature civile et non pas pénale. Elle demande au pouvoir judiciaire de reconnaître une atteinte à la personnalité contre la Cicad et son secrétaire général Johanne Gurfinkiel, avec en arrière-fond d’âpres disputes autour des notions d’antisémitisme et d’antisionisme.

Johanne Gurfinkiel accusé de «calomnie»

Dans une autre affaire, Johanne Gurfinkiel est la personne attaquée en justice. Cela fait suite au qualificatif «Judenrein», terme nazi signifiant «sans juifs», que le secrétaire général de la Cicad avait employé, en 2024, pour désigner le collectif Apartheid-Free Zone, lequel invitait à rejeter, entre autres, «les projets culturels, académiques ou sportifs venus d'Israël et visant à détourner l’attention du crime d’apartheid».

La Tribune de Genève le rapportait mercredi: pour «Judenrein», le procureur général genevois Olivier Jornot accuse Johanne Gurfinkiel de calomnie, laissant au tribunal le soin de prononcer ou non une peine. Dans l'entourage de la Cicad, on laisse entendre que l'accusation de calomnie sans demande de peine rend compte d'un doute du ministère public sur le chef de calomnie en tant que tel.

«Pro-génocide»

Revenons aux accusations d'atteinte à la personnalité visant Sylvain Thévoz. Sont en cause des publications du député PS sur le réseau Linkedin, dans lesquelles il lui est reproché de chercher systématiquement à dénigrer l’association et son secrétaire général en les associant à la politique «pro-génocide» du gouvernement israélien.

Précédente pétition contre la Cicad👇

Parmi les messages jugés attentatoires à la personnalité par la Cicad, cette republication, en septembre 2025, par le député socialiste genevois, d’un commentaire de Julia Steinberger, professeure à l’Université de Lausanne, experte du climat:

«Très fière d’avoir cosigné cette lettre critiquant l’amalgame du lobbyisme pro-Israël (c’est-à-dire pro-génocide, pro-famine, pro-apartheid, violant droits humains et droit international) de la Cicad avec la lutte contre l’antisémitisme, avec Jacob Berger, Quentin Mouron, Sylvain Thévoz et Dominique Ziegler.»
Republication sur Linkedin par Sylvain Thévoz

Julia Steinberger, de même que l’ensemble des personnes nommées dans la citation ci-dessus, font partie des signataires de la pétition en faveur de Sylvain Thévoz.

La lettre dont il est question dans cette republication est une opinion parue le 22 août de la même année dans la Tribune de Genève.

«La Cicad engage des procédures bâillon»

Joint par watson, Sylvain Thévoz affirme que cette lettre, publiée «avec le soutien du collectif juif décolonial Marad», vaut en quelque sorte «pièce à conviction pour la Cicad dans le procès qu'elle intente à la liberté d'expression et à tout un mouvement demandant l'arrêt du génocide».

Le député socialiste ajoute:

«Il ne s'agit pas ici d'un conflit de personne ou de caractère, mais d'un conflit politique entre celles et ceux qui défendent les droits humains, le droit international, et ceux qui ont pour mission de défendre Israël, quel que soit son gouvernement et les exactions qu'il commet. La Cicad engage des procédures-bâillon, mais elle ne fera jamais taire un mouvement. La justice tranchera, et j'ai confiance en elle. Le débat, la contestation, doivent pouvoir se poursuivre. Et n'oublions pas que pendant ce temps, des femmes et des enfants continuent de mourir sous des balles et des bombes.»
Sylvain Thévoz

«Ce que nous reprochons à Sylvain Thévoz»

Lionel Halpérin, vice-président de la Cicad et avocat de l’association dans l’action intentée contre le député genevois, également joint par watson, conteste la façon dont «Sylvain Thévoz présente, sur les réseaux sociaux, l’action en justice intentée contre lui par la Cicad»:

«Ce ne sont pas les déclarations et écrits de Sylvain Thévoz contre l’Etat d’Israël, ni ses accusations de génocide visant son gouvernement, qui lui sont reprochés par la Cicad. Il est libre de ses propos. Non, c’est d’y mêler la Cicad et de laisser croire que l’association soutiendrait la politique d’Israël, alors même que la Cicad ne s’exprime pas sur la politique du gouvernement israélien.»
Lionel Halpérin, vice-président et avocat de la Cicad

Lionel Halpérin ajoute:

«Les personnes qui soutiennent publiquement Monsieur Thévoz dans ces circonstances auraient été bien fondées de vérifier la réalité de ses accusations avant de se déterminer. Ce qui choque également dans la pétition qui circule est le fait qu'elle s'adresse à un tribunal en lien avec une affaire pendante et que des présidents de partis et des politiciens de gauche se soient sentis autorisés à piétiner le principe de la séparation des pouvoirs en essayant maladroitement d'influer sur une procédure en cours.»

«C'est message politique qu’on entend faire passer»

La pétition lancée par Jacob Berger en soutien à Sylvain Thévoz atteignait 1400 signatures, ce jeudi, en milieu d’après-midi. Contacté par watson, son auteur rejette le grief de la Cicad de non-respect de la séparation des pouvoirs.

«La plateforme Act.Campax qui héberge la pétition demande d’indiquer un destinataire. Nous n’allions pas l’adresser à la Cicad, au Conseil d’Etat ou au Grand Conseil. En l’occurrence, le destinataire n’est pas sujet. Ce qui compte, c’est le message politique qu’entend faire passer cette pétition en soutien.»
Jacob Berger, auteur de la pétition

Sur la forme, d’abord. Jacob Berger: «Il y a un déséquilibre entre une organisation comme la Cicad qui a beaucoup d’argent et un militant, fût-il élu politique ou non, qui n’en a pas beaucoup. Quand des militants sont poursuivis en justice, même si la poursuite est infondée, cela a des conséquences très lourdes pour ces militants.»

«La Cicad panique»

Sur le fond, ensuite:

«Cette action en justice de la Cicad contre un député genevois témoigne d’une forme de panique. Depuis le cessez-le-feu à Gaza, entré en vigueur en octobre 2025, les révélations sur les exactions de l’armée israélienne sur les civils gazaouis ont pris la dimension d’un tsunami. Il n’est plus possible, aujourd’hui, face à l’ampleur des crimes d’Israël, de rester sur une ligne no comment. A ce propos, même si la Cicad a retiré de ses statuts la défense de l’Etat d’Israël, il est évident qu’elle s’y emploie encore, notamment par le truchement de cette procédure-bâillon contre Sylvain Thévoz.»
Jacob Berger, auteur de la pétition

«Les pétitionnaires s'agitent, nos arguments sont justes»

Côté Cicad, on estime à l’inverse que la «panique» est du côté adverse.

«La Cicad n’aurait pas entrepris cette action en justice si elle ne pensait, par ses arguments, être en mesure de convaincre. Si cela s’agite avec cette pétition aujourd’hui, c’est précisément parce que nos reproches tombent juste et témoignent d’une entreprise de dénigrement de la seule association luttant efficacement en Suisse romande contre l’antisémitisme.»
Lionel Halpérin, vice-président et avocat de la Cicad

Le coprésident du PS genevois n'a pas signé la pétition

Le 7 septembre sur la chaîne Léman Bleu, le coprésident du PS genevois, Cyril Mizrahi, apportait son soutien à Sylvain Thévoz et demandait à la Cicad de mettre fin à ses poursuites contre le député. Au passage, il considérait que le slogan pro-palestinien «du fleuve à la mer» pouvait avoir un «caractère antisémite» dès lors qu’il signifie la disparition d’Israël.

Cyril Mizrahi n’a pas signé la pétition lancée par Jacob Berger. Pourquoi?

«Je n’ai pas été associé à la préparation de cette pétition ni sollicité pour faire partie des premiers signataires. Je ne l'aurais pas forcément formulée ainsi, et il n’est effectivement pas idéal de l’avoir adressée au tribunal devant juger l’affaire. Mais tout comme les signataires, je soutiens clairement Sylvain Thévoz contre cette procédure-bâillon.»
Cyril Mizrahi, coprésident du Parti socialiste genevois

Quant à l’action du gouvernement israélien à Gaza et dans les territoires occupés, Cyril Mizrahi la juge «contraire au droit international et à tout devoir d’humanité».

Silence de Wermuth et Calmy-Rey

Sollicités par watson en tant que cosignataires de la pétition, ni le coprésident du PS Suisse Cédric Wermuth, ni l'ex-conseillère fédérale et ancienne ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey n'ont donné suite. Quant à Lisa Mazzone, elle a répondu ne rien vouloir ajouter à ce qu'elle a déjà dit à la Tribune de Genève, à savoir:

«Je ne peux que répéter que j’estime important que le débat politique reste dans le champ politique.»
Lisa Mazzone, présidente des Verts
- Les highlights de Manzambi contre Coventry
Video: twitter
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